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III. — Sages-femmes et accoucheurs pensionnés

Jusqu’à la fin du xvne siècle, sauf pour le service des pestiférées, nous ne rencontrons qu’une sage-femme pensionnée par la ville. La première de ces pensions date de 1691 :

Le 27 avril 1691, la Loy assemblée, a esté résolu, à la recommandation de Mgr le Mareschal duc de Humières, et de l’agréement de M. de Bagnols, intendant du pays, de donner une pension de 300 livres monnaie de France, à la femme du sieur Bonin, maître d’hôtel de mondit seigneur, pour venir en cette ville faire les fonctions de sage-dame, attendu ses mérites et capacité (1).

Une autre nomination de sage-femme, avec pension, fut faite le 16 mai 1696 :

A Messieurs les mayeur et eschevins de Lille.

Supplie très humblement Magdeleine Corbillet, sage femme françoise, demeurant à Tournay, disant que l’intention de Mgr le Maréchal est qu’elle vienne s’establir en cette ville en la qualité cy dessus, comme il est de la connoissance de Vos Seigneuries ; ce considéré, Messieurs, il vous plaise la recevoir aux fonctions de sage femme, luy accordant à cet effet une pension annuelle de 300 florins, son logement et l’exemption des droits. Quoy faisant, elle sera sensiblement obligée à vos seigneuries.

Apostille : Nous permettons à la suppliante de s’establir en ceste ville et y exercer sa profession, luy accordant, jusques au rappel, pension de 300 florins par an, à compter du jour de son establissement. Fait en conclave, ce 16 may 1696. Signé : H. Herreng.

Aujourd’huy, 13e jour de juin 16D6, est comparue au greffe du sieur procureur de ceste ville ladite Magdeleine Corbillet, laquelle a déclaré que, pour satisfaire à l’ordonnance couchée sur la requête dont copie est cy dessus, elle vient s’establir en ceste ville à commencer de ce jour d’huy, dans une maison qu’elle a pris en louage, rue du Curé Saint Etienne (2).

(1) Registre aux résolutions, n° 15, f° 20.

(2) Registre aux résolutions, n° 15, f° 275.

La conduite irrégulière de celte pensionnée obligea le Magistrat a la révoquer, du moins temporairement, car il la remit, après quelques mois, en possession de sa charge.

Le 7° de février 1099, la Loy assemblée, a esté résolu de congédier Marie-Magdeleine Corbillet, sage femme françoise, pour sa conduite irrégulière, de ne plus rien païer de sa "pension et de révoquer ses exemption (1).

Le 23 juillet 1699, la Loy assemblée, nous avons résolu de donner à Marie-Magdeleine Corbillet, sage femme françoise, ses exemptions et pensions dans lesquels nous l’avons restablie à commencer ce jour d’huy, en perdant par elle le passé depuis sa destitution, à charge de par elle se conformer aux ordonnances faites et à faire pour le fait des sages femmes ; et pour la tenir dans le devoir, nous avons ordonné que sa pension luy sera païée par chaque trois mois sur les billets d’ordre qu’elle tirera du greffe du procureur de cette ville (2).

En 1711 apparaît un accoucheur pensionné pour la vil'e.

A Messieurs les mayeur et eschevins de Lille.

Supplie très humblement Jean Millaud, maître chirurgien et accoucheur juré de cette ville de Lille, disant qu’il y a vingt deux ans ou environ qu’il est établi dans cette ville, qu’il a rendu service au public et particulièrement #aux pauvres de cette ville dans sa profession d’accoucheur, sans en avoir eu de récompense ; et comme il s’y est acquis une parfaite connaissance des dangers qui accompagnent les maux d’enfants par la longue expérience qu’il a faite et les différentes rencontres ou occasions qui se sont présentées à soulager le public, tant en cette ville qu’en celles voisines, dans lesquelles ayant eu l’avantage de réussir, la réputation dudit suppliant s’estant épandue dans le pays, il vient de recevoir une lettre par laquelle on lui mande que, s’il vouloit aller s’establir dans une ville voisine, les magistrats d’icelle ofTroient de luy donner une pension raisonnable, outre l’ exemption de tailles et d’impôts ; et, comme il a lieu d’espérer que Vos Seigneuries, faisant attention aux services qu’il a rendus jusques à présent aux pauvres de cette ville et qu’il s’engage à leur rendre à l’avenir, auront la bonté de lui accorder les mêmes avantages ; ce considéré, Messieurs, il vous plaise

(1) Registre aux résolutions, nu 16, f° 108 v\

(2) Ibidem , f° 130 v°.

de luv accorder une pension avec une pareille exemption ou telle autre qu’il plaira à Vos Seigneuries, avec d autant plus de raison qu’il y a eu une sage femme qui a eu cy-devant

VeiAppostille. — Avis du collège des médecins sur la capacité et expérience du remontrant. Fait en halle, le 2 juin 1711. Signé : Philippes Goudeman.

Avis du collège. — Pour répondre sur l’avis demande par Messieurs du Magistrat au collège des médecins de cette ville de Lille sur la capacité du suppliant, les doyen, accesseurs et Greffier dudit collège, aïant veu que ledit suppliant avoit été^exàminé sur le fait des accouchemens dans l’année 1694, et qu’ aïant travaillé du depuis avec succès et en présence de plusieurs médecins dudit collège, concluent qu’il en est d autant plus capable. Fait au collège des médecins de cette ville, le 10 juin 1711. Témoin : N. Prévôt.

Veu la présente requête et l’avis du collège des médecins couché au pied de ladite requête, nous accordons au suppliant 50 florins par an, pour avoir heu jusques au rappel. Fait en conclave, le 13 juin 1711. Signé : H. F. Le Roy (1).

Cette modique pension fut doublée le 19 octobre 1713.

A Messieurs les mayeur et eschevins de Lille.

Supplie très humblement Jean Millaud, maître chirurgien et accoucheur juré, demeurant en cette ville de Lille, disant que, depuis qu’il a plû à Vos Seigneuries de luy accorder une pension pour les accouchemens qu’il fait gratis pour les pauvres personnes qui l’appellent à ces fins, le nombre en est tellement augmen’é qu’il se trouve presque chaque jour occupé à de pareilles opérations ; et le publicq content de son travail pourra vous persuader avec plus d’efficace, Messieurs, de la vérité de ce que dessus, des peines et des devoirs qu’il s’est donné depuis et qu’il se donne encore aujourd’huy pour s’acquitter dignement de sa profession. Et comme une pension aussi modique ne suffit constamment pas (parlant avec tout le respect deû) pour les peines et devoirs considérables qu’il rend pour tous les pauvres indistinctement, tant de nuit que de jour, ce considéré, Messieurs, il vous plaise d’avoir la bonté d’augmenter ladite pension d’une manière raisonnable et proportionnée à ses dites peines et travaux, eu égard qu’il n’en refuse aucun et aux meilleurs temps. Ce faisant, etc.

Appostille. Nous accordons au suppliant 100 florins

(L Kegistre aux résolutions, n° 19, f° 131 v°.

de pension, y compris les 50 florins qu’il a. Fait en conclave, le 19 octobre 1713. Signé : H. J. Herreng (1).

En, 1728, Jean Millaud n’étant plus « en vogue », paraît-il, fut sur le. point de se voir supprimer sa pension.

Dans 1’assemblée de loy du 31 décembre 1728, il a été dit ce qui suit : La ville a accordé au sieur Millaud, accoucheur, cent florins de pension par .an ; il en a jouy passé longtemps, mais il semble qu’on pourrait bien la révoquer, puisque le sieur Millaud n’est plus à la mode.

En marge : Sera continué (2).

En fait, la pension d’accoucheur fut supprimée à la mort de Millaud en 1745, malgré l’avis du Procureur syndic qui s’exprimait ainsi :

Veu les requêtes d’Antoine Alexandre et Philippe-Joseph Guffroy, maîtres chirurgiens et accoucheurs jurés de cette ville, toutes deux à fin que la pension de cent florins qu’avait de cette ville Jean Millaud, maître chirurgien et accoucheur juré, leur soit accordée, et les ordonnances par lesquelles vous demandez mon avis.

Quoy qu’il n’y ait point de nécessité absolue de continuer cette pension, j’estime néantmoins, Messieurs, qu’il est du bien public de l’accorder à l’un ou à l’autre des supplians, pour exciter l’émulation, entre ceux qui exercent cet art, à rendre service aux pauvres dans des cas aussi importans que ceux des accouchemens par l’espérance d’être une fois récompensés par cette pension. Si vous êtes dans l’intention de la continuer, il me semble que le sieur Guffroy doit être préféré. D’un côté, Messieurs, il est déjà attaché à votre service par sa charge de chirurgien juré de cette ville ; d’un autre, il apporte des certificats de tous les pasteurs des paroisses de cette ville qui prouvent qu’il rend charitablement et gratis de grands services aux pauvres femmes de toutes les paroisses dans leurs accouchemens et autrement. Alexandre ne rapporte point de pareils témoignages. Pour quoy, Messieurs, je requiers que la pension de cent florins dont jouissait Jean Millaud,

(1) Registre aux résolutions, n° 20, f° 85.

(2) Registre aux résolutions, n° 24, f° 170 v\

DE l’histoire DE LA CHIRURGIE A LILLE

soit accordée audit Philippe- Joseph GuiTroy jusqu’au rappel. Fait ce 8 janvier 1745. E. Delavallée.

Appostille. Le 24 mai 1745, le sieur Millaud étant mort, il a été résolu de supprimer la pension dont il jouissait en qualité d’accoucheur et de n’en plus donner à l’avenir, y ayant aujourd'huy suffisamment d'accoucheurs (1).

En marge : Six cuillères à thé (2).

On maintint toutefois la pension accordée à une accoucheuse pour les pauvres, comme en font foi les actes suivants :

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