VI. — Un enseignement extraordinaire
Madame Ducoudray à Lille.
Nous n’avons pas à donner ici la biographie de la fameuse accoucheuse, Mme Le Boursier du Coudray ; nous nous occuperons d’elle seulement à cause de son passage à Lille,
(1) Registre aux délibérations du Conseil municipal, t. 7, p. 53, n° 741.
(2) Cette société avait remplacé le collège depuis le 22 ventôse an V
(3) Archives communales de Lille. - Période moderne. - Papiers non classes. - Nous empruntons ces derniers documents au Dr M. de Chabert, dans sa thèse inaugurale : Le Corps médical dans le Nord depuis 1789 (Lille, 1904, in-8»).
qui nous fournit quelques anecdotes intéressantes pour l’histoire des accouchements en cette ville. (1)
Le 5 juin 1774, le Magistrat de Lille recevait de l’Intendant Caumartin la lettre suivante :
Vous savez, Messieurs, que l’impéritie des Sages-Femmes fait périr journellement, surtout dans la Campagne, un nombre considérable de Femmes et d’Enfans ; les exemples en sont si fréquens, que j’ai cru devoir à l’humanité et au bien public, de ne pas différer d’employer tous les moyens qui s’offriroient à moi pour prévenir ces accidens dans mon Département. J’ai jugé que le plus propre à remplir cet objet, étoit celui de pourvoir à l’instruction des Sages-Femmes, & vous pourrez, avec votre zèle ordinaire, contribuer au succès de mes vues à ce sujet.
J’ai invité Madame Dncoudray, Maîtresse Accoucheuse brevetée du Roi, & pensionnée par Sa Majesté pour enseigner dans tout le Royaume l’Art d’accoucher, à venir à Lille, faire un Cours de cet Art, afin d’y instruire, pendant deux mois, les Sages-Femmes des Villes & de la Campagne, ainsi que les Femmes qui, n’ayant pas encore exercé cette profession, s’y destineront pour l’avenir.
Les Leçons de cette Accoucheuse, ne se bornent point à de simples explications de Théorie, elle a inventé, & elle fait porter avec elle des Machines imitant parfaitement la nature, sur lesquelles elle opère & fait opérer manuellement, pour faire connoître à ses Elèves tous les dangers qui peuvent survenir dans un Accouchement laborieux, & leur apprendre les différentes manières d’y remédier.
Ce Cours si intéressant s’ouvrira le 20 du mois prochain : l’utilité de l’objet me persuade, Messieurs, que vous ne négligerez rien pour inviter les Sages-Femmes des Paroisses de votre Châtellenie, à profiter des instructions qui leur sont offertes, en leur faisant connoître tous les avantages qu’elles en retireront.
Mais comme il pourioit arriver que malgré le désir qu’elles auroient de déférer aux instances que vous leur ferez à cet égard, elles en fussent détournées par l’impuissance où elles se trouveraient de subvenir à la dépense que leur causeroit leur déplacement & leur séjour à Lille, vous pourrez leur assurer
(1) On trouvera d’intéressants détails sur Madame Ducoudray, sur son «train de voyage» et sur son enseignement, dans le travail que M. Louis Dubreuil-Chambardel publie en ce moment dans la France Médicale (N° du 25 avril 1910) : L'enseignement des sages-femmes en Touraine.
qu’elles recevront 20 livres par mois, tant que dureront les instructions; & vous pourrez porter dans le compte prochain cette dépense, que je ne ferai nulle difïiculté d’approuver.
D’après cela, j’ai lieu de présumer, Messieurs, qu’il vous sera facile de déterminer les Sages-Femmes de votre Châtellenie, ou les Elèves qui se destineroient à en exercer la profession, à se rendre à Lille avant le 20 du mois prochain, pour y suivre le Cours de Madame Ducoudray. Je vous observe cependant, qu’elles ne pourront y être admises que depuis l’âge de 20 jusqu’à 40 ans, passé lequel temps, elles seront réputées trop âgées pour opérer avec assurance d’après les procédés & instructions de Madame Ducoudray. Persuadé de votre zèle pour la conservation des Citoyens de votre ressort, je me repose avec confiance sur l’empressement avec lequel je ne doute point que vous ne secondiez mes vues dans un établissement si intéressant pour l’humanité.
Je suis très-parfaitement, Messieurs, votre très-humble Sc très-obéissant Serviteur. Signé, Caumartin. (1)
Le Magistrat paraît avoir été quelque peu surpris de cette lettre ; l’initiative de l’Intendant lui semblait-elle un blâme indirect à l’enseignement existant à Lille depuis de longues années déjà ? Il se permit de l’insinuer respectueusement dans sa lettre du 25 juin :
Monseigneur, " "
Nous avons reçu les difïérens exemplaires de la lettre imprimée que vous nous avez fait l’honneur de nous adresser le 5 de ce mois, et comme il nous a paru, Monseigneur, qu’elle avoit principalement pour objet d’inviter les sages femmes de la Châtellenie à profiter des leçons que la dame du Coudray, maîtresse accoucheuse, se proposoit de venir donner en cette ville, nous en avons informé MM. les baillis, qui nous ont fait réponse qu ayant reçu de votre part il y a quelque tems certains avertissemens relatifs au même objet, ils vous avoient fait parvenir leurs observations à cet égard. Au fond, Monseigneur, nous croions devoir vous observer qu’en exécution de la déclaration du Roi du lPr juin 1772, le corps de la chirurgie entretient en cette ville une école dans laquelle on donne des leçons sur l’art des accouchements. Nous Sommes avec respect, Monseigneur, vos très humbles et très obéissans serviteurs Les Rewart, Mayeur, Eschevins, Conseil et Huit hommes de la ville de Lille. (2)
(1) Affaires générales, carton 1281, dossier 8.
(2) Ibidem. •»
Le 20 août, nouvelle lettre de l’Intendant, annonçant l’arrivée de Mme Ducoudray pour le 15 octobre:
Madame Ducoudray, au sujet de laquelle je vous ai écrit le 5 juin dernier, m’annonce. Messieurs, que, comme elle désire fixer au 15 octobre prochain, l’époque du cours d’accouchement qu’elle doit faire à Lille, elle se dispose à s’y rendre vers les premiers jours du même mois. Le succès que cette dame a eu dans la Flandre maritime, depuis qu’elle y a établi son cours, les témoignages que j’en reçois de la part des officiers municipaux de Dunkerque, me persuadent, Messieurs, que vous n’aurez pas moins d’empressement qu’eux à procurer à Mme Ducoudray un logement convenable qui la mette à portée de remplir l’objet^qu’elle se propose et que vous ne lui facilitiez tous les moyens qui pourront contribuer au succès de ses opérations (1).
Sans enthousiasme et plutôt par obéissance aux ordres de l’Intendant, le Magistrat, d’ailleurs embarrassé, consulta celui de Dunkerque, le 25 août :
M. de Caumartin nous ayant mandé que M° du Coudray doit se rendre en cette ville, dans le courant d’octobre prochain, pour y commencer le cours d’accouchement qu’elle doit y faire ; étant informé qu’elle en a fait un chez vous, nous vous prions de nous mander quelle sorte de logement vous lui avez procuré, pour que nous puissions nous régler en conséquence.
Les édiles dunkerquois répondirent le 27 :
En réponse à la lettre que vous nous avez fait l’honneur de nous écrire le 25 de ce mois, nous avons logé Mad. du Coudray, de l’agrément de Mgr l’Intendant, dans l’hôtel qu’il a en cette ville. Elle y a une grande antichambre où elle donne ses leçons, une cuisine et quatre chambres hautes et nous lui fournissons le linge de table et de lit, une batterie de cuisine, de la vaisselle, le bois et le charbon pour la cuisine et la lumière (2).
(1) Affaires générales, carton 1281, dossier 8.
(2) Ibidem.
Le 27 septembre parvient au Magistrat une troisième annonce de l’arrivée de Madame Ducoudray ; cette fois la lettre émane du subdélégué de l’intendant :
Madame du Coudray m’annonce, Messieurs, qu’elle compte se rendre à Lille dans les premiers jours du mois prochain, pour y faire le cours d’accouchement qu’elle a fixé au 15 du même mois ; j’ai l’honneur de vous en prévenir afin que vous lui procuriez, avec le logement qui lui est nécessaire, tous les secours qui pourront contribuer au succès de ses opérations, et je ne doute pas qu’elle ne se loue autant de vos dispositions à les seconder qu’elle a lieu de le faire pour le cours qu’elle vient de terminer à Dunkerque.
Craignant peut-être de n’avoir pas assez précisé, le subdélégué écrivit le 12 octobre à M. Vanzeller, commissaire aux logements :
Monsieur Vanzeler voudra bien procurer à Madame du Coudray dans le logement que le Magistrat lui a procuré chez le sieur Delcroix tous les ustensiles qui sont nécessaires, tels que le bois, la lumière, le charbon, le linge de table et quelque vaisselle de fayence ; ces objets lui sont fournis dans toutes les villes. Il est d’autant plus urgent d’y pourvoir qu’elle arrive ce soir à Lille (1).
M. Vanzeller en référa au Magistrat, qui s’exécuta, mais d’assez mauvaise grâce :
Le 13 octobre 1774, la Loy assemblée, rapport fait par le sieur de Vanzeleer, commissaire aux logements, que le sieur Veytard, subdélégué général de Monsieur l’Intendant, lui avoit fait demander de procurer chez le sieur de Croix à la dame du Coudray, maîtresse accoucheuse brevetée du Roy, qui devoit se rendre en cette ville pour y instruire les sages femmes des villes et de la campagne, les ustensiles qui lui sont nécessaires, tels que le bois, la lumière, les linges de tabte et quelque vaisselle de faïence. La matière mise en délibération, il a été résolu, à l’exemple des villes voisines, d accorder ladite demande et néantmoins de marquer par lettre audit sieur Veytard que nous espérions qu’il voudroit bien engager Messieurs les baillis cà nous indemniser en partie de cet objet et du logement de cette dame. (2)
(1) Affaires générales, carton 1281, dossier 8.
(2) Registre aux résolutions, n° 52, f° 114.
Enfin Madame Ducoudray fait son entrée dans la bonne ville de Lille et, dès son arj-ivée, elle présente au Magistrat la requête suivante :
Supplie humblement la dame Ducoudray, mailresse sage femme, brévetée et pensionnée du Roy pour démontrer dans toute la France l’art des accouchements, disant que s’étant rendue dans cette ville, par ordre de M. Caumartin, intendant de Flandre, pour y donner un cours d’instructions pour l’art des accouchements et y former des sages femmes, elle espère de votre bonté que vous lui donnerez une exemption de droit pour une pièce de vin qu’elle fait venir de Dunkerque et pour la bière dont elle a besoin pour son usage pendant son séjour dans cette ville, faveur qui lui est toujours accordée par MM. les Magistrats où elle réside et tout récemment par ceux de la ville de Dunkerque ; la suppliante sera pleine de reconnaissance après l’obtention de cette grâce- Du Coudray.
Apposiille. — Le procureur sindic authorise de déclarer aux fermiers des bières et vins qu’ils peuvent laisser jouir Me Du Coudray de l’exemption dont il s’agit et que la ville leur tiendra compte. — Lille, le 18 octobre 1774. — Desfontaines Delabarre (1).
Le 28 octobre, le subdélégué adressait au conseiller pensionnaire de la ville « plusieurs exemplaires » à lui remis par Mme Ducoudray et qui sont simplement une réclame pour sa « machine de démonstration ».
J’ai l’honneur de vous adresser ci-joint, Monsieur, plusieurs exemplaires qui m’ont été remis par Madame du Coudray sur les cours publics d’accouchement qu’elle a faits à Moulins avec un autre mémoire manuscrit sur le même objet. Si vous jugez à propos d’écrire aux Magistrats de la Flandre Autrichienne à ce sujet et conformément à ce manuscrit, je vous prie de faire part à Madame du Coudray des réponses que vous en recevrez, afin qu’elle puisse faire travailler aux machines nécessaires, dans le cas où on en adopte l’usage.
J’ai l’honneur d’être avec un sincère attachement, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur. Signé : Veylarcl.
(1) Affaires générales, carton 1281, dossier 8.
En marge de cette lettre le Magistrat fit simplement inscrire ce nota :
« Il a paru que c’étoit l’affaire de la dame du Coudray à écrire dans les villes voisines si elle trouvoit convenir. » (1)
Nous n’avons pas de renseignements précis sur le succès et les résultats du cours de Madame Ducoudray ; il y a lieu de croire que, somme toute, le Magistrat n’en, fut pas trop mécontent, car nous trouvons dans les pièces comptables cette mention significative :
A N. Baudoux, maître orphèvre, pour livraison d’une caffetière d’argent livrée à la ville, qui a été donnée à la dame du Coudray, accoucheuse 285 fl. 15 p. (2).
Quelques mois après son départ, le Magistrat résolut de faire l’inventaire des objets d’enseignement qu’elle avait procurés à la ville, moyennant payement :
Ledit jour 4 février 1775, il a été résolu de tenir des inventaires de ce que contiennent deux coffres pour la démonstration des accouchemens que la Dame du Coudray, sage femme de Paris, a procuré à cette ville et de remettre sous récipissé. un de ces coffres au nommé Arnould, chirurgien de cette ville et de la partie des accouchemens, et l’autre dans la chambre de l’école de dessin qui sert à l’usage de la bibliothèque (3).
Nous reproduisons textuellement ce curieux document :
Inventaire de pièces servant à la démonstration des accouchemens, procurées à la ville de Lille par la dame du Coudray, maitresse accoucheuse de Paris, brevetée et pensionnée du Roy, contenues dans un coffre de bois blanc peint en brun et fermant à clef, lesquelles pièces, MM. du Magistrat ont résolu le 4 février 1775, de déposer à la bibliothèque de l’école de dessin, architecture.
(1) Affaires générales, carton 1281, dossier 8.
(2) Registre aux ordonnances dépêchées sur M. Virnot de Lanissart commencé en 1758. (Affaires générales, carton 1281, dossier 8.)
(3) Registre aux résolutions, N" 52, f° 171.
Premièrement, un tronc de femme garni et monté sur son support avec toutes les parties de la matrice, dans lequel se trouve un enfant enveloppé de ses membranes, le tout en taffetas rose ;
2° Une matrice ouverte, dans laquelle se trouve un enfant enveloppé de ses membranes ;
3° Trois pièces en taffetas couleur de roi servant à démontrer les différons degrés de dilatation de la matrice ;
4° Deux enfants enveloppés dans leurs membranes aussi de taffetas de même couleur ;
5° La tête d’un enfant vivant, aussi de taffetas de même couleur ;
6° La tête d’un enfant mort, de même étoffe ;
7° Une matrice dans son état naturel, aussi de même étoffe ;
8° Une matrice dans l’état de grossesse, de même étoffe ;
9° Le cordon d’un enfant vivant, de toile ;
10° Une matrice de taffetas avec tous ses dépendances ;
11° Trois pièces de mousseline représentant les difîérens états des eaux ;
12° Un modèle en toile, du vagin et de ses différentes parties ;
13° Un cordon en toile, d’un enfant mort ;
14° Un modèle servant de carcasse pour faire des représentations d’enfant ;
15° Un livre relié en maroquin rouge entouré de dentelles d’or, doré sur tranches, enrichi de figures, en taille douce et enluminé, intitulé : Abrégé de l’art des accouchemens par Mad. Le Boursier du Coudrai.
Ainsi fait et dressé, le 21 février 1775, par le procureur du Roy, syndic de la ville de Lille. — Du Chasteau de Willermont (1).
Ces instruments avaient été confiés au sieur Arnould, maître chirurgien, qui devait ouvrir un cours d’accouchement, d’après les principes de M nie Dueoudray ; c’est ce que nous apprend une lettre du subdélégué au Magistrat, du 15 juillet 1775 :
Le sieur Arnould, maître en chirurgie et professeur royal en l’art des accouchements à qui vous ave/, remis les machines qui ont seivi l’année dernière aux démonstrations de Mad.
(1) Affaires générales, carton 1281, dossier 11.
DE l’iIISTOIRE DE LA CHIRURGIE A LILLE
Du Coudray, se propose d’ouvrir le 21 du mois prochain un cours complet d’accouchement, auquel il invite toutes les personnes des deux sexes qui se destinent à la profession de cet art. Comme le Sr Arnould procède dans les démonstrations d’après les principes et les instructions de Mme du Coudray et qu’on a généralement reconnu l’utilité, de ses cours, je ne doute pas, Messieurs, d’après le zèle que vous avez montré l’année dernière pour la conservation des cytoiens que vous ne secondiez encore de tout ce . qui dépendra de vous les projets du Sr Arnould dont le but est si intéressant pour l’humanité. (1)
Le Magistrat se contenta de faire lire la lettre dans son assemblée du 19 juillet 1775. (2)
Le cours d’Arnould fut annoncé par voie d’affiche :
De par le Roy,
Conformément aux ordonnances du Roy poitant réglement pouf l’établissement d’une école de cliiruigie à Lille, le sieur Arnould, maître en chirurgie, accoucheur et professeur royal, commencera un cours d’accouchemens lundy 21 aoust 1775, par un discours préliminaire analogue au sujet, qui sera prononcé dans l’amphithéâtre du collège de chirurgie, à trois heures de l’après-midi.
Le cours annoncé durera deux mois ou environ, les leçons seront données chaque jour le matin, et l’après-midi/ les lundis. Le matin on interrogera les élèves sur les matières déjà traitées, et l’après-midi il se donnera une leçon, publique sur les matières à enseigner pendant la semaine. Les autres jours on fera manœuvrer les élèves et on leur apprendra la manière de toucher, chez ledit professeur ; pour cet effet, on se servira des machines dont Messieurs les Magistrats ont fait 1 acquisition de la dame du Coudray. Ces machines réunissent tous les avantages possibles pour l’instruction des élèves et principallement des femmes, pour l’utilité desquelles elles ont été inventées ; avantage qui n’a encore été présenté au public que dans le cours que laditte dame du Coudray a donné elle-même l’année dernière, lequel a été si bien reçu du public que nous ne pouvons nous dispenser d en faire l’éloge.
Les femmes de la campagne sont averties que l’article CI
(1) Affaires générales, carton 1281, dossier 14.
(2) Registre aux résolutions, N" 52, f° 171.
de la déclaration du Roy dit expressément qu’il faut qu’une sage-femme, pour être reçue à la maitrise, eut au moins suivi exactement un cours d’accouchemens, de sorte que sans cette condition elles ne peuvent dorénavant aspirer à cette qualité sans y avoir satisfait. Il est encore nécessaire que celles qui se destinent à suivre ce cours se fassent inscrire chez ledit professeur, munies de leurs extraits baptistaires et certificats de bonnes vie et mœurs. Le professeur fera ses efforts pour que le public reçoive toute l’utilité possible de ce cours d’accouchemens ; il espère que les curés et gens de loy des différentes paroisses où il n’y a pas de sages-femmes 'feront leur possible afin d’engager quelqu’unes à suivre ses cours lesquels sont particulièrement destinés pour les femmes. Sa demeure est rue d’Angleterre vis à vis le collège Saint-Pierre à Lille.
Le collège des maîtres en chirurgie est à la place aux Bleuets près des Urbanistes. (1)
Ce cours d’Arnould était destiné à remplacer celui de Warocquier, qui, à cette époque, s’était retiré du collège royal ; mais il ne parait avoir eu la même vogue. En tout cas le sieur Arnould finit par mécontenter le Magistrat qui lui retira le coffre aux instruments :
Le 30 avril 1777, la loi assemblée, sur les plaintes portées contre le nommé Arnould, chirurgien de cette ville, il a été résolu de luy retirer le coffre pour la démonstration des accouchemens qui luy a été remis en vertu de la résolution du 4 février 1775 et de choisir le nommé Tilman, chirurgien de cette ville, pour panser les vérolés qui seront guéris aux frais de cette ville (2).
En 1782, quand on décida de compléter les cadres des professeurs de l’école royale de chirurgie, c’est-à-dire à la réintégration de Warocquier dans ses fonctions de professeur d’accouchements, le collège des maîtres en chirurgie sollicita du Magistrat l’attribution des fameuses machines de Mme Ducoudray, qui semblaient devoir être utiles pour l’enseignement.
Supplient très humblement les lieutenant du premier chirurgien du roy, prévôt, doyen, greffier et tous les membres
(1) Registre aux ordonnances, G. G., f° 85.
(2) Affaires générales, carton 1281, dossier 11.
coniposans le collège des maîtres en chirurgie de la ville^ de Lille, disant qu’il est venu à leur connoissance que vous êtes possesseurs de toutes les machines propres aux démonstrations des accouchemens selon la méthode de Madame du Coudray, et comme toutes ces démonstrations se font audit collège, lesdits supplions, connoissant le zèle qui vous anime toujours pour le bien public et la perfection des arts, osent espérer, Messieurs, que vous voudrez bien leur laisser suivre toutes les machines ci-dessus mentionnées, et ils s’engagent de nommer, de concert avec vous, Messieurs, et de votre agrément, un sujet capable pour démontrer publiquement et gratuitement ledit cours d’accouchement.
C’est pourquoi lesdits suplians ont leur très humble recours envers votre autorité et justice. Messieurs, ce considéré, il vous plaise, ayant un égard favorable à leur demande, la leur accorder.
Ce faisant, ils ne cesseront d’adresser leurs prières au Tout Puissant pour la prospérité de vos seigneuries. Implorant, etc.
Vandergracht, doyen. — L. Chastanet. — Hanguillart. — Pionnier. — Dupont. — Dauchy. — Bruloit. — Tilmant. — Delecourt. — Raignaux (1).
Une apostille du 24 avril 1782 réclama l’avis des èchevins « commissaires en cette partie ». Ceux-ci répondirent le 27 avril :
Les Commissaires à l’avis desquels vous avez renvoié, Messieurs, la requête présentée par les lieutenant du premier chirurgien du Roi, Prévost, Doyen, Greffier et tous les membres composans le Collège des maitres en Chirurgie de cette ville, tendant à ce qu’il vous plut leur accorder toutes les machines propres aux démonstrations des accouchements suivant la méthode de Made du Coudray. Des informations que nous avons prises de l’usage que les suppliants se proposoient en faire, nous avons appris qu’ils avoient résolu de faire donner dans une des salles du Collège des leçons gratuites et publicques d’accouchement, auquel effet il y auroit lundi prochain un Collège général pour faire choix de trois sujets qu’ils jugeront les plus instruits et les plus capables pour donner les dittes leçons, lesquels trois sujets seront présentes a MM. du Magistrat pour qu’ils en nomment un. En
(1) Affaires générales, carton 1281, dossier 11.
conséquence, nous estimons, Messieurs, que la demande des
suppliants doit être accordée. Lille, le 27 avril 1782. Joseph
Van der Veken, Derode (1).
Cet avis fut suivi :
Ouï nos commissaires, nous autorisons le procureur syndic de remettre au collège de chirurgie toutes les machines propres aux démonstrations des accouchemens à titre de prêt, et à charge par le sieur Chastanet de donner son récépissé. Fait en conclave, la loy assemblée, le 27 avril 1782. — Duquesne de Surparcq.
Je reconnois avoir reçu de M. le procureur sindic la machine ouvrière de M me du Coudray, pour servir aux démonstrations d’accouchemens. Lille, le 2 mai 1782. — L. Chastanet.