DIAGNOSTIC
M. le professeur Lasègue dit que tout mal de tête qui dure plus de 48 heures et moins de 6 n’est pas la migraine, ceci n’est pas absolument exact. Il y a des accès de migraine avortés qui ne durent parfois qu’une heure, qu’une demi-heure ; cela arrive surtout lorsque les accès n’ont plus le caractère franc du début. Pour ce qui est de la durée de 48 heures, elle n’est pas 'plus exacte ; tous les auteurs citent quelques accès de trois jours, quatre jours : ce que je peux dire là dessus, c’est que mon père, lorsque sa migraine tendait à disparaître, avait des accès qui duraient trois jours.
11 faudra distinguer la migraine de la céphalalgie qui accompagne la fièvre intermittente, ou qui est la seule expression de cette maladie. Presque toujours le mal de tête aura été précédé d’accès classiques de fièvre intermittente ; de plus avec l’aide du thermomètre on ne pourra pas se tromper : et puis l’intermittence régulière, de deux jours l’un, de trois jours l’un, etc., appartenant à la fièvre intermittente se reconnaîtra facilement. M. Lasègue a eu en Russie la fièvre intermittente avec des douleurs de tête très fortes; il distinguait très bien ces douleurs de ses migraines, par le caractère de profondeur qu’elles avaient. Barudel (Mémoires de méd. militaire, 1867) décrit une migraine attribuée à l’anémie, ce n’est pour moi qu’une manifestation delà malaria.
La migraine, comme je l’ai dit, pouvant débuter
à tout âge, on pourra quelquefois la confondre avec la céphalalgie symptomatique de lésions graves de l’encéphale ; et ce qui prouve que l’on peut s’y tromper, c’est que tous les anciens médecins faisaient cette confusion. Cependant, lorsque l’on connaît bien la migraine il est difficile de se tromper. Lebert, dans son Traité des maladies cancéreuses,dit que sur 65 observations qu’il a réunies, 5 seulement avaient un peu de rapport avec la migraine. « Lesaccèsplus intenses qui survenaient au milieu d’une céphalalgie habituelle s’accompagnaient de vertiges, de nausées et de vomissements plus ou moins abondants, qui, en l’absence des autres symptômes, auraient pu faire confondre ces accès avec ceux de la migraine. Cette dernière forme existait chez un de nos malades chez lequel ces apparentes migraines s’accompagnaient d’engourdissement et de fourmillements passagers du côté droit. » La plupart du temps la douleur dans ces cas est continue, l’intelligence, la sensibilité, ou la motilité sont plus ou moins altérées. D’un autre côté, la douleur de la migraine est presque toujours unilatérale, tandis que celle qui accompagne une tumeur l’est assez rarement; dans les 65 observations de Lebert, la douleur était 10 fois seulement unilatérale : 6 fois à gauche et 4 fois à droite.
M. Lasègue a eu l’occasion d’observer un confrère migraineux qui fut plus tard atteint d’une affection cérébrale, et qui n’a cessé de répondre à ceux qui cherchaient à le rassurer : je souffre plus
ou moins, mais je souffre autrement que dans mes migraines.
Les névralgies ne sauraient pas plus être confondues avec l’affection qui nous occupe : Dans la migraine on ne ressent pas comme dans la névralgie un éclair de douleur qui suit le trajet d’un nerf, mais plutôt une ondée de douleur qui a un certain rapport avec la distribution vasculaire. Ensuite, comme l’a très-justement fait remarquer M. Lasègue ( [Arch . de médecine , 1873, II, 580) la migration brusque delà douleur de gauche à droite ou de droite à gauche, d’avant en arrière, ou d’arrière en avant ne s’observe que dans la migraine. Voici ce qu’il dit à ce sujet : cc c’est un fait curieux que la migration brusque de la douleur pendant la crise; de gauche qu’elle était, la migraine devient droite ou réciproquement, et le plus souvent par une façon de changement à vue que rien ne faisait pressentir. J’ai cherché pour mon compte à saisir des indices prémonitoires du ^ passage, et je m’y appliquais d’autant mieux que l’hémicranie droite a toujours été pour moi moins pénible que la gauche, je n’ai rien ressenti qui me fût un avertissement. Dût-il être moins imprévu, ce déplacement, en contradiction avec la fixité des névralgies est un élément essentiel de l’histoire clinique aussi bien que de l’étude théorique delà migraine, et je ne sache pas une maladie du système nerveux où on trouve l’équivalent. La mobilité des douleurs névralgiques n’est pas très rare, mais on n’observe pas de douleurs symétriques se substituant l’une à l’autre. »
Il est impossible de confondre la migraine avec les céphalalgies qui se manifestent au début des maladies aiguës, aussi ne m’arrêterai-je pas.davantage sur ce sujet.