‹ Un chercheur au Salon 1868Chapitre 2 sur 3 · II · texte numérisé non relu

II

Quiconque est assez préoccupé des choses de l'art, assez possédé de passion pour en écrire enfin quelque jour, sans qu'ordre exprès ne vienne, a nécessairement un certain nombre de vues particulières ou d'ensemble, des plis de jugement, des acquis de réflexion, quelque chose enfin de plus que des instincts et des tendances , mais des goûts raisonnes, et ce que chacun de nous appelle ses principes. S'il est bon d'en avoir, cependant, meilleur estai de n'en avoir pas trop ; car le fâcheux de ce bagag-e est qu'il s'impose habituellement et gêne les allures.

Il faut surtout, au moment d'écrire, éviter les systèmes où notre pauvre cervelle ne penche que trop fort et ne tombe que trop bien. Hors la science, où il s'appelle méthode, et où il est chez lui, le système, en toutes questions, c'est la paralysie, c'est la mort. Le temps à la fois si rapide et si lent ouvre trop d'horizon à nos vues, trop de libertés à nos opinions, pour qu'il y ait à les par-

quer dans les convenus. Notre esprit si complexe, fouillé de cases et de resserres, propre à tout emmagasiner, n'est, sur aucune face, uni, simple, carré. Le maître de ce lieu qui croit l'embrasser d'un coup- d'œil, immuable et définitif, se trompe lui-même; il perd la notion de son bien, la clef de ses logis variés, de ses retraites infinies. Quelque chose est toujours prêt à changer en nous avec les choses du dehors ; quelque chose naîtra, quelque chose à chaque minute périra dans notre intelligence, avec la naissance et la mort de quelque élément de l'intelligence universelle. La destinée de notre être spirituel et moral est une série de décompositions et de recompositions sans fin, comme la vie de la matière , comme le ferment qui grouille, obscur et invisible, dans les infiniment petits dont ce monde est formé. Système, arrêt, veto, décret de permanence, clôture et limite, autant d'absurdités et d'inanités sur nos lèvres , que dissipe et vanne, en impalpable poussière \ la plus simple notion du cours des idées et des choses.

Or, s'il en est ainsi, même des questions précises et solennelles, que sera-ce en celles de l'art où tout est si mobile et si fin, composé d'atomes si ténus, soumis à de si subtils phénomènes et dépendant de si secrètes influences ? Et comment tomberais- je dans ce travers de prologuer à mes devis artistiques par des expositions ordonnancées, par des professions de foi, des partis pris, des plans

et des classements ? La didactique régulière peut avoir son rôle ailleurs, utile quelquefois, agréable jamais ! Ici ce serait de l'esthétique pure, c'est-àdire une métaphysique d'art inféconde et vaine, une chimère que, pour ma part, j'écarte absolument, comme inutile à toute autre fin que de faire jouer du tambour aux idées. Accrochons-nous donc à cette heureuse chance d'avoir à fuir ici la didactique par intérêt, par goût et par droit. Les données générales surgissent à leur moment du particulier, qui les explique et les éclaire ; elles y trouvent au moins l'avantage de garder quelque élément pur venu de la source, alors que leur caractère absolu les viendrait compromettre. Et puis enfin, une raison meilleure encore de nous en abstenir au début, c'est le droit d'indépendance du lecteur, c'est le respect de sa liberté. Que vous font, sur des sujets déterminés, des vues abstraites et qui, privées d'application, s'appuieront sur le vide ? Si leur importance est médiocre, elles seront de surcroît, gratuitement rebutantes ; et si considérable, elles n'auront ni l' à-propos ni l'autorité ; plus elles seraient essentielles à prendre ou à laisser, plus vous vous choquerez justement qu'un inconnu vous les propose ainsi d'emblée, plus vous exigerez qu'il vous laisse le temps d'accorder la moindre faveur préalable à ses visées, à son humeur, à ses tournures d'esprit et de jugement. On voudra bien, à la rigueur, ouïr le babil de cet étranger s'il est facile, s'il entre

avec aisance et se comprend commodément, à l'oreille levée ; mais de suivre quelqu'un dans les recoins intellectuels, et d'y aller vérifier la bonne marque des opinions graves, il y faut déjà quelque estime, à défaut de quelque amitié ; on n'y arrive pas de plein saut.

Selon nous, d'ailleurs, le don et le goût des théories, si funestes à l'artiste lui-même, sont incompatibles avec ce sens vigoureux, instinctif et prompt, si nécessaire au Salon dans cette légion de tableaux qui semblent des soldats en revue d'équipement. Or, c'est précisément cette justesse des impressions premières, cette résolution dans l'examen préalable qui caractérisent l'homme fort de la conscience de son goût et de sa compétence. On ne doit pas se dire modestement dès l'entrée saisi de vertige, et ce flot de trois mille tableaux, prêt à vous engloutir, ne vous doit pas être un objet d'épouvante.

Pareil accès de faiblesse est incompatible avec les fermes instincts d'un vrai connaisseur. Celui-là doit faire un premier triage avec une précision, avec une rapidité quasi mécaniques ; il réservera quelques incertitudes pour les nuances entre ses élus ; mais tenez ceci pour une règle absolue : que l'œuvre tout à fait mauvaise et même la médiocre seront condamnées d'un premier regard aussi prompt que la pensée. La machine à battre et le blutoir ne séparent pas plus vite et plus sûrement le grain de son enveloppe, et le son de la farine,

qu'un œily à la fois servi parle don et la pratique, ne rejette une mauvaise peinture hors de cause. Celui qui sent réellement la couleur, le ton, l'harmonie, les sent électriquement ; il se sait attiré ou repoussé par la justice même de l'art, et ne songe pas plus à se le contester à soi-même que le fer ne conteste l'aimant. Plus ménager sans doute et moins instantané sur lès qualités plus subtiles , et comme sous-jacentes, de composition, déforme et de style, le sentiment du bon juge ne demande cependant la moindre incubation que pour des œuvres à quelque titre remarquables ; les autres n'auront pu l'arrêter une seconde. Or, les autres étant les communes et celles-ci les rares, le travail d'élimination est nécessairement rapide et facile. A le dire il n'y a pas vanité. C'est un droit que donne la conviction, l'expérience et l'étude.

Nous ne venons point, à propos du salon, discuter les vues et les bévues des ordonnateurs de la scène, les dispositions, les théories d'arrangement et de préférence. L'administration, qui se soucie peu des gens non officiels, a peut-être raison; nous aurons plus raison encore de le lui rendre. Ces fantaisies, ces traditions, ces routines cent fois condamnées et toujours relapses, ne se discutent plus, et, de fait, on serait bien bon de raisonner avec ce qu'il faut subir. A cinq ou six toiles près, on a fait, encore cette fois, du salon carré le temple du vide et de la médiocrité. C'est un singulier compliment aux puis-

sances du jour que de mettre en si plein relief tout ce qui se fait de laid à leur image et de ridicule à propos de leurs gestes. Il n'est burlesque pourtraicture de ces extra-personnes, ni plate enluminure de leurs prouesses, dont on ne régale naïvement le public. Il semble qu'on prenne plaisir à chatouiller la nargue du Gaulois sur ces illustres dos. Au moins, si le goût y perd, la fronde y gagne ; c'est un dédommagement.

Et puis, mais ceci n'est plus spécial au salon d'honneur, il nous amuse, avec une impénitence résolue, de voir ces pancartes vaniteuses, cette légion-d'honneur des cadres à brevet qui traversent fièrement les portes grand' ou vertes, devant le jury chapeau bas. A la place de ces mots: exempt, hors concours, j'indique un nota bien plus utile encore :

«Le public est prévenu qu'il y a des pièges.»

C'est vraiment d'une forte logique et d'une expérience bien avisée que de doter ainsi d'un perpétuel diplôme un succès qui ne vaut qu'en se renouvelant. Je me demande seulement d'où vient qu'en tant d'autres lieux on n'adopte pas ce principe débonnaire, qui simplifierait tant de choses? « — Vous avez fait un jour une action passablement bonne, cher Monsieur: vous voilà donc de la vertu sur la planche, et vous pouvez pécher désormais sans vergogne. Bons ou mauvais, nous

prendrons vos exemples et les proposerons de confiance à nos fils. Allez donc et ne vous gênez plus! »

Plus d'un en profiterait, et vous prendrait au mot, comme le font les peintres exempts.

Il n'y a, malgré leur afflueuce, dans le salon carré, que bien peu de tableaux auxquels soit dû, louange ou blâme, un tribut d'attention particulière et de critique raisonnée. J'en conclus donc que cette salle a réellement cessé d'être une place de privilège et d'honneur fait aux artistes, pour devenir une macédoine officielle et princière avec quelques remplissages de bourgeois. On ne peut s'expliquer autrement qu'au lieu d'une superexcellence de mérite il y faille constater sur toutes les autres salles, hormis les deux extrêmes, une infériorité manifeste.

Un des meilleurs, il faut même dire un des deux ou trois seuls ouvrages de peintre, de coloriste, qui s'y trouvent ce sont deux vases de fleurs groupés et disposés dans une association d'ailleurs peu plaisante, Cette œuvre de Philippe Rousseau (2819) respire la chaleur, la puissance, l'éclat habituels à ce pinceau de bonne race; mais elle est un peu superficielle : le modelé suave, l'enveloppe et le relief ordinaires y manquent en partie. Je ne vois pas là cette grasse largeur, ce rendu libre et velouté, toute la réussite enfin dont

le maître est capable. Notez que pour d'autres que lui je serais ici tout éloges ; mais le hasard me fait débuter par un de ceux-là qu'on ne casse pas rien qu'à les toucher. Un vif plaisir pour l'œil, au total, que ce tableau ; mais il faudrait pourtant, je le répète, composer, arranger avec plus d'élégance. Et, sur ce, pas d'objection réaliste : les fleurs ne se disposent pas d'elles-mêmes, c'est nous qui faisons les bouquets, qui les groupons et remplissons les vases, et ce ne sont ni les bouquets ni les vases qui refuseront de se laisser agencer gracieusement.

La grâce ne suffit pas sans aide, cependant ; regardez deux pas plus loin (1650) et voyez combien l'habileté, le talent, le savoir-faire, l'art de la mise en scène, peuvent laisser à distance du but celui que la nature n'a pas fait peintre et dont les yeux renferment un clavier de tons mal accordés. Vous aurez là, non pas tout le secret, mais le plus clair exemple de l'abîme qui souvent sépare la couleur des couleurs et le colorieur du coloriste.

Un tout petit tableau de M. Erhmann (924), r Etoile du matin, nous montre la figure et l'idée les plus vraiment grandes qui soient dans cette salle ouverte aux géants attendus. Cela mesure bien un pied de hauteur ; mais, à le voir, l'esprit s'enlève dans l'espace et parcourt en un beau rêve les grands

ciels bleus de la mythologie. L'exécution, 'facile, trop facile, est un peu creuse et lâche ; il y a quelques articulations mal indiquées, des poignets indécis et douteux, des mains carrées, sans finesse, quelques lourdeurs, bien des négligences. La tète est par trop insuffisante et fruste, la chevelure cotonneuse et pauvre ; mais le mouvement du corps est élégant et souple ; l'étoffe enroule agréablement ses plis autour des nuds, et cet abandon est tout plein de grâce. N'y a-t-il pas ici quelque réminiscence ? Peut-être bien ; elle serait heureuse, après tout. Quanta l'autre toile, signée du même nom, elle appartient à la classe des grandes machines, et tout ce que j'en veux dire, c'est que je la trouve bien petite. Si cela tient à mon incompétence, tant pis pour moi ; mais j'en doute.

Le premier prix de portraits, dans la grande salle, appartient d'acclamation à M1Ie Nélie Jacquemart, pour celui de M. Benoît-Çhampy(1307). Peu doit nous importer la marque de fabrique ; on ne saurait nier pourtant la valeur et l'intérêt de surprise qu'une si ferme et si chaude peinture emprunte à la signature d'une jeune fille. Ce n'est ni le parfait ni le complet, sans doute, mais ce qu'en langue vulgaire on nomme une excellente chose , remplie de qualités , et qui touche au très-beau. Rien n'y sent l'hésitation ni la mollesse. Bonne et sérieux atti*

tude, -exempte à la fois de morgue et de laisser aller abusif, simple et familière malgré la toge, et digne encore malgré sa familiarité. C'est un résultat assez rare pour qu'on le mentionne, et, de plus, l'aspect général de ton est puissant et riche et le procédé magistral.

Il me répugnait de commencer par des querelles. On m'eût soupçonné de m'y vouloir complaire, et du tout il s'en faut. Je voudrais même, si c'était possible, éviter de blâmer, et surtout de mettre au pilori tous ces hébétements admiratifs, mollusques du faux goût incrustés sur des platitudes. Pour le premier point, il n'y faut songer ; mieux vaudrait se démettre. Quant au second, j'y tâcherai, j'y réussirai même, toutes et quantes fois que le culte du vrai, le soin du goût pur et l'intérêt de l'hygiène publique ne m'interdiront pas la charité du silence. Aussi bien, y a-t-il des artistes qu'un certain étiage de renommée condamne à ne se voir jamais négligés, en bien non plus qu'en mal, et qu'il réduit à compenser les plus douces caresses avec les plus mauvais compliments.

A la voir signée d'un de ces noms que noblesse oblige, je ne sache pas de plus navrante peinture que celle de Jérusalem ainsi faite. Comme Jérusalem de tous les jours, elle serait insipide et banale, et, comme la Jérusalem du martyr sublime, elle est piètre et vulgaire, au degré

prohibé. Qui donc, en voyant cette image, voudra jamais croire que « ce soit arrivé ? »

Deux mots d'abord de l'œuvre technique, de la facture et du métier. Qu'est-ce que tous ces blocs réunis qui forment le sol sacro-saint ? un nouveau pavage agglutiné ? des carapaces de tortues, ou bien quelque exploitation de terre glaise dont les morceaux déjà débités restent là détachés et gluants ? Et qu'est-ce encore que ces étoupes verdâtres qui figurent des oliviers incompris? Quoi! vraiment, ces aiguilles mouillées, ces châteaux en effiloches de sucre et qui fondent sous une meringue délavée, c'est la Jérusalem sinistre au sanglant souvenir ! Et dans ces flocons d'un gris fadasse, qui se chamaillent avec d'autres flocons rose de nymphe, il faut voir la nuée qui se déchire et l'abîme qui se fond, le ciel épouvanté qui s'entrouvre ! Oh que non pas î C'est un brouillard d'Asnières, c'est de la pluie sotte et mesquine ; tout cela s'embarbouille sous un climat bonnasse et pleureur, sans le moindre cataclysme et sans effroi grandiose.

Et puis, quels êtres s'en vont là, clopin clopinant ? des Romains, dites-vous? des proconsuls et des lévites entête? des licteurs et des bourreaux en queue ? des tempéraments d'Hérodes ou de Ponce-Pilates, des hommes aux proportions antiques, déicides stupéfiés sous l'épouvantement du miracle ? Moi, je distingue à l'œil nu deux fantassins vexés montrant le poing à l'orage,

cinq ou six cavaliers courbés et grognons, en tout quatre pelés et trois tondus, fort contrariés d'être sans parapluies. La triste bande s'en va piteusement, comme une corvée de caserne, rentrant d'exécuter quelque cheval morveux. Tout est ici pauvreté, froideur, insignifiance, hiatus radical et formel entre ce qu'il fallait dire et ce que l'on a dit. Quant à l'idée mère, aux trois ombres chinoises (que voulez-vous, le mot est forcé), si c'était un sceau d'ineffaçable drôlerie qu'eût pu vouloir chercher M. Gérôme, il aurait réussi ; car ce truc de haut goût ne laisse après lui que l'échelle à tirer ; et le pire, c'est que jamais plus triste excentricité ne fut de plus triste mise, en plus triste sujet. Laissonsla Jésus-Dieu, qui n'est point notre affaire ; mais Jésus l' homme-type est sublime, et c'est profaner son adorable sacrifice que de l'imager en effets alambiqués et bizarres, à coups de paradoxes et d'excentricités. Le respect et l'amour de Jésus crucifié s'imposent à tous les nobles cœurs. Il méritait vraiment mieux de M. Gérôme, que de voir physionotracer, sur une marne jaunâtre, la projection crochue de son corps, escamoté derrière la coulisse. Pour amuser des enfants, on enchevêtre ses dix doigts devant un drap blanc tendu sur un mur, et voilà nos marmots remplis d'une joie folle par l'ombre portée d'un lapin.

Nous retrouverons ailleurs M. Gérôme, avec le regret de ne pouvoir lui faire amende honorable •

sa camp ag*ne est malheureuse. S'il n'a jamais été le peintre des élans, des éclats et des vives chaleurs ; s'il ne s'est encore montré l'héritier ni l'élève glorieux d'aucun maître des temps héroïques, il a fait du moins quelques très-bonnes peintures, et d'autres qui garderont un mérite relatif, œuvres d'un précieux sec et prosaïque, mais d'une certaine volonté tranchante et précise ; et puis, quiconque a pu voir cette figure anguleuse et fîère, ce galbe de preux et de raffiné, ne se peut empêcher d'espérer autre chose et de trouver incompatible, avec une si haute physionomie, la recherche d'effets qui sont à dédaigner.

Et maintenant, avant de sortir du salon carré, je me tâte pour savoir si je n'y oublierais point quelque objet de grand prix; mais rien, non, vraiment rien.

Les Sapeurs, 2e cuirassier, de M. Regamey. Vaste tableau composé très- véridiquement, trèsmilitairement, chaud, vigoureux, largement peint, et de la bonne sorte. Oui, ce sont bien lesbravess cuirassiers, en marche de guerre, et voilà, de beaucoup, la meilleure toile de caserne qui soit au Salon ; mais après ?

Le Musée de Cluny (1094), par M. Ch. Giraud, est bien et proprement fait.

Un Désert, de M. Guillaumet (1178), appartient à cet ordre de sujets impossibles, sans raison d'être, et qu'il faut laisser aux effets de fantas-

magorie pour y naître et mourir ; résultat d'une habileté rare autant que stérile, vaine bravade au fond même des choses.

Un Clair de Lune, par M. Hennings (1235), exécuté par une main sûre d'elle-même, avec tout l'acquit et toutes les adresses du métier, mais sans étude et sans instinct des effets vrais. La lune éclate au ciel et scintille sur les eaux en éclaboussements mats de fromage à la crème, et, pour éclairer les fenêtres par l'intérieur, on a piqueté les maisons d'étincelles en feux de pains h cacheter.

Des moines en décor, alignés sur leurs escabeaux ; une avenue de frocs, habile mais inutile, spécimen des improvisations de la fabrique Doré (817).

Le Garde-Manger des Renardeaux (1205), un carreau de verdurier, trempé dans l'acide verdique, à la fois âpre et flasque, sans corps et sans épaisseur; une végétation de lichens gigantesques, œuvre d'un homme d'esprit, de trop d'esprit et de savoir-faire, mais sans tempérament.

Quelques autres grands ou petits morceaux honnêtes, estimables, et puis les exilés du plafond qui s'amusent entre eux. Bref, à ce peu près qu'on vient de voir, quatre énormes panneaux barri olés, alternés de plaques aveuglantes ou veules et banales, où l'œil s'ébahit et se perd sans que rien le flatte et l'invite au repos*

SALLES ALPHABETIQUES,

À présent , voici l'heure de commencer la grande course le long- des salles alphabétiques.

Faut-il y aller h l'aventure et juger de même, au hasard de nos pas, ou faut-il réunir en catégories les œuvres de même genre ? Le premier parti risque de fatiguer, de rebuter beaucoup de gens; mais ]e second conduit au monotone et double les difficultés d'expression.

Les convenances exigent pourtant que je m'y arrête en ce premier essai. M'appartient-il de croire qu'on veuille dès à présent m'accompagner partout? Je dois faire en sorte qu'on soit assuré de me suivre là seulement où. Ton voulait aller.

Je ne puis néanmoins résister à l'envie de bâtir et de meubler, pour notre usage personnel, non pas une salie de prédilection et de prééminence, mais un relïro de particulière attention. Ce ne sera pas pour y convoquer le cénacle exclusif des grands et des forts j mais l'union des

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