CI1A.TILL0N
Je vous en félicite et je m'en félicite aussi...
LE DUC
Mais, que tenez-vous donc là ? que nous apportez-vous avec tant d'empressement?
CIIAÏILLON.
C'est pour ma nièce.
LA MARQUISE
Qu'est-ce donc?
LE DUC
Un médaillon.
CHATILLON
Un portrait.
Un portrait pour moi?
CIIATILLON.
Le vôtre.
LE DUC, à part. ♦
Son portrait!
LA MARQUISE
Et d'où vient-il ?
CHATILLON
C'est un mystère.
LE DUC, à part.
Qui me blesse.
LA MARQUISE, prenant le portrait.
Voyons-le! Dieu ! que c'est bien! ah !... vous n'avez pas lu, mon oncle, ce qui est écrit dans la bordure. « Le modèle est dans mon coeur. »
CHATILLON
C'est tout à fait galant.
LE DUC, à part.
Beaucoup trop. {Haut.) Mais enfin il faudrait savoir....
LA MARQUISE
Oui, qui vous l'a remis?
CHATILLON
Votre jolie cousine, mademoiselle Bonneval.
LA MARQUISE
Mais, qui l'a remis à mademoiselle Bonneval?
M. Bernardin , votre professeur de botanique : vous allez me demander qui l'a remis au professeur de botanique...
LE DUC
Mais, sans doute, de qui le tient-il?
CHATILLON
De qui? d'un de ses rosiers...
LA MARQUISE
Vous riez toujours...
CHATILLON
D'un de ses rosiers, vous dis-je...
* Le Duc, le Yicuiiilc, la .^iiiiquibc.
LA MARQUISE
Alors, c'est lui qui aura voulu plaisanter.
CHATILLON
Un professeur qui plaisante!...
LE DUC
Voyons, Monsieur de Chatillon.
CHATILLON
Sachez donc, ma digne nièce, qu'en professeur de botanique bien appris, M. Bernardin a placé en l'honneur de votre fête; car c'est aujourd'hui votre fête... permettez que je vous la souhaite... (/^ l'embrasse).
LE DUC, à part.
Sa fête ! je l'avais oublié! étourderie !... imprévoyance... maladresse!... aucun cadeau à lui offrir !...
CHATILLON
M. Bernardin, dis-je, a placé hier au soir, sous votre balcon, deux rosiers magnifiques, qw'il a greffés lui-même. Eh bien ! tantôt en passant pour les visiter, il a trouvé suspendu aux branches ce portrait qui est le vôtre.
LA MARQUlSii.
Mais qui peut l'avoir placé là?
CHATILLON *
Cherchez: il n'y a au château que M. le duc ou moi qui... Moi, je ne suis pas assez galant... et je suis beaucoup trop tuteur...
LE DUC
Ce n'est pas moi (A part.) malheureusement.
LA MARQUISE
En effet, c'est aujourd'hui ma fête, et l'on a voulu m'en faire souvenir... la surprise est charmante.
LE DUC
Ah! oui, charmante... (^ ;)arf.) Que faire?., partir... mais pendant mon absence^ si l'on découvrait...
LA MARQUISE
N'est-ce pas, monsieur le duc, que c'est une attention exquise?
Oui, Mademoiselle, exquise ! (A part.) Rien à lui donner pour sa fête ! je suis un homme perdu dans son opinion !
LA MARQUISE
J'en suis enchantée.
LE DUC
Vous avez raison de l'être. (A part.) Personne ne pourra pénétrer dans mes appartements, j'en emporte la clé. (// jette son gant sur le guéridon et s éloigne.) Parlons !
LA MARQUISE
Où allez-vous ?
LE DUC
A Paris.
* Le Dut, la MaKHili^e, le VituiuLe.
CHATILLON
Et vous me laisseriez ici ?
LA MARQUISE
A Paris, et qu'y faire ?
LE DUC
Vous le saurez dans vingt minutes.
Mais si vous partez, je ne reste pas, moi.
LE DUC
Adieu ! (7/ disparaît.)
LA MARQUISE, couvant apvès le duc.
IVIais vous n'y songez pas, votre serment de ne pas sortir du ctiâteau pendant trois mois. Monsieur le duc, votre serment... votre serment... (Elle sort.)