SCENE XIT
BADUREAU, d'abord seul ; puis JOBIN.
hadureau.
Ce pâle de Strasbourg ne renfermant aucune inconvenance, je puis ni'abandonner à lui avec la conliance que inéritenl en général les Alsaciens... dont, les pâtés sont réellement plus agréables que l'accent... C'est excellent... encore une tranche. (Avec sentiment ) Pour la petite cliose... {H mange.) Avec des truffes... c'est un devoir... et pour l'homme consciencieux le devoir... avec un peu de farce, c'est très bon. [Il mange avidement.)
JOBiN % entrant, à part.
Voici la potion! justement ga a la couleur du café; mais le difficile c'est de la lui faire gober. BADUREAU, entendant du bruit et se levant comme en sursaut.
Qui va là?
JOBIN
C'est le café de Monsieur.
BADUREAU, à part.
Il m'a pn?sé une sueur... j'avais cru voir la lame d'un yatagan !
JOUIN
Oui, Mon>ieui', et du bon café, tout sucré, tout prêt; il n'y a jjIus qu'à i'avaier.
BADUREAU.
Donne.
joBiN, lui donnant la tasse, à part.
Ça va, ça marche.
BADUREAU, tournant la cuillère dans la tasse. Ce café a une drôle de couleur.
JOBIN
Ne le laissez pas refroidir. Monsieur, avalez-moi ça d'un trait.
BADUREAU, avcc défiance.
D'un trait? [Il regarde plus attentivement la tasse.)
JOBIN
Et en vous pinçant le nez comme ça, parce que quand le café est très fort et qu'on se pince le nez, également très fort, ça fait beaucoup de bien.
BADUREAU.
Ah ! ah !
JOBIN
A ce que m'a dit ma grand'-mcre qui se pinçait toujours l'article ci-dessus... en prenant du café.
BADUREAU.
Ah ! madame ta grand'-mère... (A part.) J'ai découvert la mèche! quel est ce breuvage bai-brun que ce gueux-là veut me faire prendre ! (Haut.) Jobin ?
JOBIN
Monsieur?
BADUREAU.
As-tu l'habitude, toi, de prendre du café?
JOBIN
Jamais, Monsieur.
BADUIiEAU.
Même en le pinçant le nez, ainsi que cela se pratiquait parmi tes aïeux ?
JOBIN
Monsieur, le café m'est diamétralement contraire... ça me fait sauter dans mon lit... c'est laid à voir !
BADUREAU.
Je t'ai offert à déjeuner, je veux te régaler jusqu'au bout...
JOBIN, allant à la table.
Vrai ' ?
BADUREAU, l'arrêtant.
A l'instant!., sous mes yeux, tu vas pomper ce produit chimique.
JOBIN
Non, Monsieur, non ! je n'ai pas envie...
BADUREAU.
Tu vas laper ce liquide!
JOBIN
Jamais!
BADUREAU.
Comment, jamais ? (// frappe du pied.)
JOBIN
Laissons nos petits pieds par terre.
BADUREAU, le saisissani à la gorge.
Ou je tortille ta cravate, et je te fais tirer trois kilomètres de langue.
Je ne les possède pas !.. mais vous m'étranglez! vous n'aurez plus de domestique.
BADUREAU.
C'est mon affaire j'en prendrai un autre... lappeî
JOBIN
Monsieur, lâchez-moi !
BADUREAU.
Lapperas-tu ?
JOBIN
Oui, Monsieur, mais lâciiez-moi.
BADUREAU.
A la bonne heure !
JOBIN, à part.
Oli ! Dieu ! prendre une médecine quand on n'en a pas besoin... et après un si bon déjeuner!., ça ne me profitera pas.
BADURKAU.
Dépéchons!
JOBIN
Avec plaisir. Qu'est-ce qu'il peut y avoir là (.kànn<, mon Dieu? (// boit et fait la grimace.) Pouah!...
BADUREAU.
Ah! ah! il paraît que nous chérissons peu le moka ?.. achevé?
JOBIN
Monsieur! je vous ai obéi; j'en ai bu plus de la moitié; mais je vous en prie, ne m'obligez pas de boire le reste. (// porte vivement la main sur son ventre.) Dieu !
BADUREAII.
Quoi?
jOBiN, criant douloureusement.
Monsieur !
BAOTREAU.
Quoi?
JOBIN, criant.
Monsieur ! holà !
BADUREAU, lui saississant le bras.
Déjà?., qu'est-ce que tu éprouves?
JOBIN^ criant.
Monsieur, laissez-moi sortir?
BADUREAU.
Ah ! tu voudrais emporter avec toi ton infâme secret !
JOBIN
Oui, Monsieur.
Mais lu ne sortiras pas d'ici que tu ne m'aies dit le nom du scélérat qui t'a séduit. JOBIN, jetant U7i cri.
Oh ! Monsieur, laissez- moi m'en aller.
BADUREAU.
Repcns-toi, malheureux! dans lapasse suprême où lu te trouves. Parle, quel est ton complice? JOBIN, avec plus d'insistance.
Monsieur, je désire sortir.
BADUREAU.
Parle! oùj"avance ton décès par les moyens les plus épouvatables. (Il le poursuit à coups de pied.)
JOBIN
Ah! que c'est lâche !... A la garde! on m'assassine ■'
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