III. — Fractures et Luxations
Albucasis fait observer au début de ce livre que cette partie de la chirurgie est abandonnée à des gens incultes et grossiers: c'est pourquoi, dit-il, elle est tombée dans un profond mépris :
« Sachez, mes enfants, que cette partie de la science médicale est revendiquée par d'ignorants médecins, par des profanes qui n’ont jamais jeté les yeux sur les livres des Anciens. Aussi cette branche de la science est-elle tombée, chez nous, à ce point que je n'ai pu rencontrer quelqu'un qui y excellàt. Ce que j'en sais, je le dois uniquement à la lecture assidue des livres des Anciens, à mon désir de les comprendre et de m'en approprier la science ; puis j'y ai ajouté l'observation et l'expérience de toute ma vie, enfin je vous ai composé ce livre qui renferme toutes mes connaissances et toute mon expérience. Je l'ai adapté à votre intelligence, je lai débarrassé de toute digression superflue, je lai rendu aussi concis et aussi clair que possible. »
Chapitre 1. — Le premier chapitre est consacré à des considérations générales sur les fractures, sur les signes
— 86 — | qui les font diagnostiquer (1) : « L’os est dévié, il fait saillie, il est percevable aux sens, il erépite quand on le . ‘a NES 7 = presse avec la main.» (Cf. Paul d'Egine, VI, 89. Voy. Ali-Abbas, Pract., IX, 82.) Albucasis s'étend longue-
ML) | 11: UNE a mentsur le choix d’un emplâtre. (Voy. Aëtius, IV, 111,19).
Chap. 2. — Vient ensuite le traitement.des fractures du crâne. Albucasis fait souvent l’ablation de l'os et a recours au trépan (2). À ceteffet il se sert d'instruments qu'il appelle des « perforateurs non plongeants ». «Get instrument (fig. 69), dit-il, a en deçà de son extrémité acérée une lame circulaire quiempêche de pénétrer et de dépasser l'épaisseur de l'os.» (Voy. Paul d'Egine, VI,90.)
(1) Les principaux auleurs qui ont écrit sur les fractures avant Albucasis sont: Hippocrate, Des Fract., De l'Officine de chirur-
gien, Mochlique, Des Plaies de la téle, etc... — Celse, livre VITE. — Soranus : Voyez Cocchi, collection Nicelas. — Galien, Meth. Medendi, iv. VI, Comment. sur Hipp., iv. IE — Oribase, Collect.
Méd., by. XEVI et XLVIIE. — Rhazès, iv. XV.
(2) On sait l'abus qu'Hippocrate faisait du trépan. Tout hardie que soil la lrépanalion du crâne, cette opéralion remonte cependant à une très haute antiquité. « Le docteur Prunières a montré au Congrès de Lille, sedtion d'anthropologie, plusieurs crânes perforés arficiellement, recueillis dans des dolmens, et offrant un travail réparateur autour de l'ouverture : preuve que la rondelle osseuse avait été enlevée du vivant de l'individu. Squier a découvert, il y a quelques années, dans une antique sépullure péruvienne, un crâne qui aval subi la trépanation pour une opération chirurgicale. On n'est pas moins surpris de voir celle opération fréquemment pratiquée par des peuples barbares. Les sauvages des îles de la mer du Sud, par exemple, trépanent souvent le crâne, avee un fragment de verre, pour une foule d'états morbides. La lrépanation est d'un usage familier chez les Kabyles de l'Algérie, notamment les Aourès, de la province de Constantine, el ils la pratiquent avec des instru-
ments fort grossiers. »
LAS LE Chap. 3. — Îl aborde après les fractures du nez (1) (Voy. Paul, VI, 91).
Chap.4.—De la mâchoire inférieure (Voy. Paul, VI, 92).
Chap. 5. — De la clavicule (2) (Voy. Paul, VI, 93).
Chap. 6. — Les fractures de l'omoplate (Voy. Paul, VI, 94).
Chap. 7. — Fractures du stérnum (Voy. Paul, VI, 95).
Chap. 8. — Fractures des côtes {(Voy. Paul, VI, 96).
Chap. 9. — Fractures des vertèbres du dos et du cou (Voy.-Paul, VI, 98).
Chap. 10. — Fractures de l'os iliaque (Voy. Paul, NE O7 ; Chap. 11.— Fractures de l'humérus (Voy. Paul, VE, 99).
Ici il préconise ce procédé pour se passer d’une attelle : « Vous ramènerez l’avant-bras sur le bras lui-même, la main ouverte venant porter sur lépaule, vous appliquerez un linge et un bandage ur le bras et l'avant-bras de telle sorte que l’avant-bras fasse loflice d’ane attelle. »
Chap. 12. — Fractures de Favant-bras (CF. Iipp. Des Fract., 4. Paul, VI, 100).
(1) Albueasis s'astreignant dans ce livre plas que partout ailleurs à reproduire servilement ses prédécesseurs, nous nous contenterons sans plus de détails de renvoyer à la source, en nous arrêlant'aux passages qui présentent quelque originalité au moins dans la forme si ce n'est dans le fond.
(2) C'est au sujet du traitement de celte fracture que Brunus dit : « Operalio est mea», lout en copiant Htléralement Albucasis, qui
reproduit Paul,
Chap. 13. — Fractures de la main et des doigts (Voy. Paul, VI, 101).
Chap. 14. — Fractures de la cuisse (Voy. Paul, VI, 102). Il préconise le même procédé que pour lhu-
mérus (1). Chap. 15.—Fractures de la rotule {Voy. Paul, VE, 103).
Chap. 16.—Fractures de la jambe (Voy. Paul, VI, 104 et 106).
Chap. 17.—Fractures du piedet des orteils (Voy. Paul, VI, 105).
Chap. 18. — Fractures de l'os pubis chez la femme et rupture de la verge chez l’homme. — Dans le premier cas il recommande d'introduire du coton dans le vagin de manière à l'en remplir, et l'y accumuler en forme de pelote, puis ensuite de secouer la malade: « Cette secousse; ditil, déterminera l'issue du coton qui paraîtra à l'entrée du vagin sous forme de boule, et l'os fracturé sera ramené à sa position. » Il conseille aussi d'introduire une vessie de mouton dans le vagin, et d'y soufflér après à l’aide d’un tuvau de roseau, pour ramener l'os à sa position naturelle (Cf. Paul, VI, 97). (Voy. Absyrtus Veterinariæ Medicinæ. Ruellio, interprete, Paris 1530, page 22 (2).
Quant à la rupture de la verge : « Prenez le cou d’une oie, faites-y pénétrer la verge, faites par-dessus quelques
(1) « Trois astelles, dit Guy de Chauliac, suffiraient à Albucasis, car il est commandé lier la jambe avec la cuisse en lien d’astelles, de sorte que le talon parvienne aux fesses. Ce qui ne me plaît pas. » (2) Voyez Peyrilhe, Histoire de la Chirurgie, Lome IF, p. 39.
SANT AS tours de bande, liez et laissez trois jours au plus jusqu'à la guérison. » (Voy. Rhazès, Continent, XV, 1.)
Chap. 19. — Fractures compliquées de plaies. À ce sujet, il recommande après avoir opéré la coaptation d'apphquer des attelles, puis de mettre la plaie à découvert, en coupant avec des ciseaux les pièces de l'appareil, suivant une étendue en rapport avec la plaie. Et, lorsque la réduction de fragments osseux ne peut se faire, il conseille d'en réséquer les bouts avec la scie (1) (C£. Paul, MI107):
Chap. 20. — Hvypertrophie du cal. Albucasis conseille des remèdes astringents, et en dernière ressource il met le cal à nu par des incisions et pratique la résection de ce qui est exubérant (Vov. Paul, VI, 108).
Chap. 21. — Atrophie du membre après la consolidation de l'os. Il propose alors de « nourrir le malade et de lui forlitier le corps, de manière à lui enrichir le
sang. » (Voy. Paul, VI, 110.)
(1) « Quant au bandage, il se fera ainsi : les révolutions des bandes seront circulaires autour du membre de chaque côté de la plaie, elles seront obliques sur la longueur de cette plaie, de manière à former une ouverture en se croisant Loutes en forme de X », dit Paul en s'inspirant d'Hippocrate.
« Albucasis parait être le premier, dit Malgaigne, qui ait songé à appliquer le bandage comme à l'ordinaire et à y tailler ensuite avec les ciseaux une ouverture de grandeur nécessaire. »
«Dans les fractures compliquées de plaie, si la réduction des fragments ne peut se faire, Albucasis veut qu'on en résèque les bouts avec la scie assez pour que la réduction se fasse sans difficulté, idée prise de Celse mais un peu modifiée », dit Dezeimeris. Cépendant voyez Hippocrate (Des Fract., 33) et Albucasis en parlant de la sorte ne fait que recopier Paul.
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Chap. 22. — Difformité du cal. Albueasis s'élève contre la rupture du cal. « Quant à la manière d'agir de ces ignorants rabouteurs « Djabirein », dit-il, qui fracturent une seconde fois le membre s'il ne s'est pas d'abord convenablement consolidé, ou s'il s'est courbé, c'est une erreur qui entraine de graves dangers. Si c'était là une saine pratique, les Anciens Pauraient mentionnée dans leurs livres, et mise en usage © cependant chez aucun d'eux Je n'en ai vu la moindre mention. Il est donc mieux de s’en abstenir. » Il conseille done après les émollients de découvrir le cal et d'emporter les parties saillantes soit avec le trépan, soit avec l'instrument tranchant (Voy. Paul, VI, 109).
Chap. 23. — Dans ce chapitre 1l donne quelques généralités sur les luxations (1). « En cas de luxation, il faut mettre immédiatement l'os en place, ditAl; si lon tarde il survient une tuméfaction. Dans ce cas, il ne faut rien entreprendre, on attendra que cette tuméfaction soit calmée, puis on fera des fomentations avec de leau chaude et de lhuile, puis on réduira avec précaution (2) CÉ Pauk NTEREN
Chapitre 24. — Luxations de la mâchoire inférieure. II décrit Ta Tuxation eomplète et la luxation incomplète
(VMoy.:Paul,/MIOT1a)
(1) Les auteurs principaux qui ont lrailé les luxations avant Albucasis sont: Hippocrale, Des Articul., ele.; Celse, livre VIIT : Galien, Comm. sur Hipp., livre IV; Oribase, Collections Médicales, Live XLVII, XLVITT, XLIX:"Rhazés, iv. XV.
(2) Albucasis € semble être le premier qui s'occupe spécialement des luxalions anciennes pour lesquelles 11 recommande les bains chauds et les famigations émollientes », dit Malgaigne. Cependant Celse, VITT, 11, exprime la même idée,
Chapitre 25. — Luxations de la elavicule et de l'appendice huméral (1) (Voy. Paul, VI, 112)
Chapitre 26. — Luxations de l'épaule. I admet la luxa- Uüon en haut de l'humérus, mais il ajoute «les cas sont très rares » (2). Il rejette la luxation en dehors (Cf.
Paul, VI, 114).