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ne fit de la chirurgie que pendant sa jeunesse, alors qu'il n'avait pas encore quitté sa ville natale. Dès son arrivée à Rome, il abandonna la pratique de l'art chirurgical pour ne s'occuper que de médecine. Cet homme, À l'esprit si remarquable, ne futen somme, comme chirurgien, qu'un compilateur habile.
Avec Galien, la science médicale grecque jette son dernier éclat. Après lui on ne trouve plus à citer que des auteurs sans aucune originalité : Oribase, Aétius, etc... (T). Le meilleur d'entre eux est Paul d'Égine. On a voulu voir en lui un chirurgien remarquable, mais à la vérité il ne révèle dans ses ouvrages que le caractère d’un savant compilateur. Comparé à ses prédécesseurs, il n'offre qu'un nombre très restreint d'idées originales, sa chirurgie ne s'inspire guère d'études anatomiques nouvelles, elle est surtout empirique et en faible progrès par rapport à celle de Celse.
Paul d'Egine vivait au début du vu siècle. Nous sommes à l'entrée du moyen âge, à cette époque où le fanatisme religieux, rival en quelque sorte de l'esprit dévastateur des hordes sauvages, plonge l'Europe dans les ténèbres, éclairées parfois, rares et fugitifs rayons, par les inspirations de quelque alchimiste de génie. La science et les arts s'étaientréfugiés chez les Arabes, héritiers des Grecs. Éblouis par l'éclat puissant encore de cette civilisation à son déclin, les Arabes ne songèrent nullement à lui
donner une nouvelle splendeur.
L) (1) Nous devons cependant à ces compilateurs une certaine reconnaissance ; ils nous ont transmis plusieurs extrails d'anciens
chirurgiens qui sans eux nous seraient complètement inconnus.
Dans l'art de guérir, la chirurgie, fille de l'anatomie, fut particulièrement négligée : les préjugés religieux leur interdisaient de porter l'instrument tranchant sur les cadavres.
Un seul auteur, chez les Arabes, s'est acquis une puissante réputation, comme chirurgien : c'est Albucasis. Son influence sur le développement de cel art en Europe fut considérable, les premiers chirurgiens d'Italie ou de France puisèrent largement à sa source. De là leur est venu le nom d'Arabistes sous lequel on les désigne habi- Luellement.
D'aucuns ont comparé Albucasis à Hippocrate el à Galien. Fabrice d'Aquapendente en à fait une notabilité de la science : « Celse chez les Romains, disait le chirurgien italien, Paul d'Egine chez les Grecs, Albucasis chez les Arabes forment un triumvirat auquel j'avoue avoir beaucoup d'obligations. »
Malgré son grand renom, Albucasis n'a jamais été lobjet d'une élude critique sérieuse. Tous ceux qui ont écrit sur l’histoire de la médecine lui réservent seulement de courtes nolices consacrant, sans exceptions, des erreurs et des inexactitudes fort grossières passées d'écrits en écrits, sans que personne jusqu'ici ait songé à les vérilier.
C'est sous l'empire d'idées préconçues que nous avions done commencé celle modeste étude, persuadé que dans ces quelques pages nous n'aurions qu'à exalter l'œuvre d'Albucasis à la fois originale et créatrice.
En approfondissant nos recherches, notamment par l'examen attentif de l'histoire de la chirurgie chez les anciens Grecs, nous avons été successivement frappé'de la complète analogie qui existait entre les écrits d’AI-
bucasis el ceux des auteurs qui l'ont précédé.
Riu
Renonçant alors à étudier l'œuvre chirurgicale d'Albucasis d’une façon intrinsèque, c’est-à-dire l'ouvrage en lui-même et en dehors de toute autre considération étrangère, nous avons préféré rechercher uniquement ce que cette œuvre contient d'original. N'était-ce pas d’ailleurs la façon, sinon la plus intéressante, du moins la plus neuve d'envisager le sujet de cette étude? Nous ne connaissons pas d'auteur, en effet, qui ait eu la volonté d'entreprendre la comparaison de la chirurgie d'Albucasis avec les écrits des anciens médecins grecs ou romains (1), désireux d'établir le contingent d'originalité qu'Albucasis a pu apporter dans la pratique de cet art. ; l
Nous avons Îu avec une minutieuse attention la plupart des ouvrages laissés par les chirurgiens de lanliquité, prédécesseurs d'Albucasis. Nous avons comparé mot pour mot les différents chapitres de la chirurgie du médecin arabe avec les écrits d'Hippocrate, de Celse, de Galien, d'Oribase, d'Aétius d’Amide, de Paul d'Egine, ete.
Si l’on veut bien nous lire jusqu'à la fin, malgré l’aridité que présente toujours un pareil travail, on se rendra compte, non sans surprise, du résultat véritablement curieux auquel nous sommes arrivé.
(1) Les Arabes négligèrent complètement les auteurs latins : Celse et Cœlius Aurelianus leur étaient imconnus. Nous avons cru, néanmoins, bien faire en les consullant, car, si les Arabes ne les ont pas directement étudiés, ils les ont connus et copiés d'une façon indirecte, par l'intermédiaire de compilateurs grecs, dont une partie
des œuvres est perdue pour nous.
PUo RE
Notre lravail se divise en deux parties: La première lraite d'une façon synthétique et rapide des origines et de l’état de la médecine arabe au moyen âge. La seconde est consacrée à Albucasis. Nous étudions à grands traits son œuvre tout entière, pour nous attacher plus exelusivement à sa chirurgie, seule partie à laquelle il doit, auprès de la postérité, sa vaste réputation.