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de Constantinople, se voyaitil obligé d'appeler des Darrasins à sa cour afin de se faire traiter.
Privés des livres anciens, soumis aux invasions successives des hordes barbares qui détruisent tout sur leur passage, les peuples de l'Occident offrent un triste spectacle. Un instant le génie de Charlemagne semble mettre un peu d'ordre dans tout ce chaos et dissiper ces ténèbres. On enseignait alors dans les cathédrales et les églises, sous le nom de « Physique », quelques notions médicales. Mais après sa mort l’étude des lettres et des sciences est complètement abandonnée. La médecine, entre les mains des moines et des nonnes, tombe dans le plus bas mysticisme théurgique et démoniaque. Quand un infortuné semblait atteint d’une de ces maladies nerveuses qu'on attribuait alors au démon, si lexorcisme ne l’en guérissait pas, on l’envoyait à la torture et de [à au bûcher. Ainsi périrent dans les flammes des milliers d'individus prétendus possédés du démon et qui n'étaient en réalité que de pauvres malades.
La chirurgie n'avait pas un meilleur sort. Chez les
Wisigoths il existait déjà des lois laissant aux chirurgiens l'entière responsabilité de leurs opérations, mais sous peine de sanctions très sévères en cas d’insuccès. Avant mème de panser une plaie, Phomme de Part devait fournir une caution. Dans la suite ce farent aussi les moines el les sœurs noires qui praliquèrent la chirurgie. Le meil leur traitement consistait en pèlerinages sacrés, en prières, en applications de reliques. Plus tard les papes et les conciles, ayant horreur du sang, interdirent aux
ecclésiastiques de pratiquer des opéralions sanglantes, el
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de recourir à l’usage du feu. La chirurgie, alors délaissée et considérée comme un art méprisable, fut seulement exercée par les femmes, les barbiers, les baigneurs ou Îles écorcheurs d'animaux (1).
L'École de Salerne. héritière des Grecs, fait seule exception. Cette École atteint son apogée au commencement du xI° sièele, mais iei comme partout ailleurs, sur les esprits enchainés par la scholastique, Aristote et Galien règnent en souverains maîtres. L'enseignement v est surtout théorique. Les connaissances médicales de Pépoque, consacrées par l'autorité de l'Eglise, sont des dogmes qu'il n'est pas permis de contredire. De plus le Christianisme accorde un tel respect à la dépouille humaine, qu'il n'est pas possible d'y toucher sans commettre une profanation.
L'’anatomie se démontrait à Salerne deux fois par an sur le cochon à défaut du singe, et uniquement pour constater les vérités contenues dans les écrits de Galien (2). La chirurgie très délaissée, réduite à une aveugle
routine, restait aux mains des empiriques.
Pendant tout le cours du moyen âge jusqu'à la Renaissance, la médecine comme les autres sciences se trouve
(1) Quelques médecins juifs, instruits aux Ecoles hébraïques d'Orient, et qui passaient alors pour très habiles dans l’art de guérir, venaient parfois se fixer dans ces contrées. Ils étaient attirés par les récompenses que leur prodiguaient, pour les attacher à leur personne, les princes el quelquefois même les papes.
(2) En Sicile, une loi de l'empereur Frédéric III, mort en 1250, autorisait les cours publics d'anatomie sur les corps humains. Mais,
AN ob donc presque exelusivementeultivée parles Arabes. Malgré la haine du Maure, les quelques esprits d'élite parmi les chrétiens, allaient demander aux Sarrasins un peu de leur savoir, obligés de convenir que ces hérétiques avaient sur eux l'avantage de la civilisation: « Dieu donne la sagesse à qui lui plait et il ne lui a pas convenu de la donner aux Latins ! » disait Bacon.
Cependant, il faut bien l'avouer, malgré leur passion pour les travaux intellectuels et lencouragement de leurs princes, les Arabes ne prirent jamais ce libre et vigoureux essor qui caractérise le génie créateur de la Grèce, entre leurs mains la science ne progressa guère (1).
en 1300, un édit du pape Boniface VIII, qui défendait de faire bouillir les cadavres, vint entraver les progrès des connaissances anatomiques. Mondino, à Bologne, disséquait des cadavres humains en 1306, mais dans le bul unique, lui aussi, de vérifier Galien. Il déclare même qu'il n'avait pas la conscience très rassurée pendant cette opération et croyait de commettre un péché mortel. À Montpellier, en 1315, pour la première fois en France, on fit des démonstrations anatomiques sur les cadavres, et 60 ans plus tard Louis d'Anjou accordait un corps de criminel par an à cette Ecole. Ce sont là des faits isolés. Le préjugé qui s'opposait aux dissections humaines était bien grand! Il fallut la réforme de Luther, pour briser les liens de la scholastique, et faire pénétrer la liberté d'examen aussi bien dans le domaine de la religion que dans celui des sciences. Osant alors se dégager de l'influence funeste d’Aristote et de Galien on se préoccupa de refaire sur le cadavre de Fhomme une étude complète de l'anatomie. Grâce aux progrès de cette science, la chirurgie, moins hésitante et plus sûre de ses voies, prit une allure véritablement scientifique.
(1) D'ailleurs, autant furent puissants dans les conceptions religieuses el poétiques, autant furent stériles dans les sciences en général el la philosophie, les peuples sémiliques Loujours remar-
quables dans les produits de pure imagination.
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D'où vient ce manque d'originalité ? Du caractère trop purement traditionnel de ce peuple. Les Arabes, brusquement initiés à la civilisation des peuples qu'ils avaient conquis, et notamment à celle des Grecs, sans passer insensiblement par des périodes de transition, en furent éblouis comme les Romains l'avaient été quelques siècles auparavant. Ils eurent, eux aussi, une for aveugle dans la parole du Maitre ! De toute cette science antique, dont ils restèrent bientôt les seuls dépositaires. ils ne songèrent même pas à soupçconner un point faible, satisfaits de l’ériger en système et de se lassimiler.
De la médecine, ils firent un dogme. Voici ce que nous dit Rhazès, résumant en quelque sorte les sentiments de tous les auteurs de sa nation : «On ne peut se former une bonne opinion du médecin, si l’on n'est point certain qu'il a lu et examiné les livres des anciens médecins. La pratique personnelle est une qualité secondaire qui doit passer après la connaissance de ce qu'ont écrit les anciens. Il est impossible qu'un homme, quand bien même il vivrait de longues années, puisse jamais arriver à la perfection dans une science comme la médecine, à moins qu'il ne marche constamment sur les traces des anciens. Si lon vient une fois à négliger la lecture des anciens, que peut espérer faire une personne seule ? Quels que soient ses talents, quelles proportions peut-il y avoir entre le résullat de ses efforts personnels et ces Lrésors immenses accumulés chez les anciens? »
Avenzoar, embarrassé sur le parti à prendre dans un cas difficile, se décida à S'en rapporter à son père, luimême médecin. Pour Loute réponse, le vieillard lui indiqua un passage de Galien: « Réfléchis sur cette lecture, lui ditl, et si tu ne vois pas là la conduite que tu dois tenir, abandonne out espoir de réussite !»
Chez les Arabes nous ne trouvons aucune théorie médicale nouvelle. Dans le domaine de la pensée abstraite de la pure activité idéale, ils ne sont Jamais sortis des ornières de la philosophie de Platon ou d’Aristote. Le grand Averrhoës n’esten somme qu'un disciple passionné du savant de Stagvre. Les Arabes adoplèrent, sans même le discuter, le « Dogmatisme », doctrine d'Hippocrate el de Galien, inspirée des systèmes des premiers philosophes grecs, notamment de Pythagore, et qui reposait sur la théorie des humeurs, de leurs qualités élémentaires et des forces naturelles. On retrouve aussi chez eux quelques traces du « Méthodisme », doctrine d’Asclépiade et de Thémison, qui appliquait à la médecine l’ancienne théorie des atomes, née sur le sol de la Grèce, puis transportée à Rome où Lucrèce l’a si poétiquement chantée. Les Méthodistes n'envisageaient dans leur système de pathologie que le resserrement ou le relâchement des pores et la position des atomes dans les pores (1).
Les préjugés religieux, chez les Musulmans, déclarent l'ouverture des cadavres une profanation sacrilège. L'âme, affirment-ils, n'abandonne le corps que membre après membre ; de plus, ils s'imaginent, et ils le tiennent des Juifs, que les morts sont jugés debout au tribunal de Dieu. Les médecins arabes, ne pratiquant par conséquent aucune dissection, se contentèrentde s’en rap-
(1) Les Arabes ont même sur certains points alléré plutôt qu'ils n’ont perfectionné les théories des Grecs, leurs maîtres. IIS mêlérent souvent l'astrologie à la médecine. Ils poussèrent la sphygmomancie et l'uroscopie jusqu’au charlalanisme. Chabeth-Tbn-[brahim devinait, d’après l'exploration du pouls, les aliments qu'avaient pris ses malades. Isa-Abou-Koreisch fit une brillante fortune pour avoir prédit, par l'inspection de l'urine de la favorite du kalife EI-Modhi, qu'elle était enceinte el meltrait au monde un enfant mâle.
RU porter à l'anatomie de Galien. Ils ne firent que copier et traduire le plus fidèlement possible le médecin de Pergame. A part la description de quelques nouvelles branches nerveuses de la face et du cou, à part quelques remarques intéressantes sur la sensibilité des os et des dents, faits jusqu'alors contestés, l'anatomie et la physiologie ne firent done aucun progrès ; les sciences rétrogradèrent même. Ainsi l'on voit plusieurs médecins arabes, après les travaux dé Galien, considérer encore le cristallin comme l'organe de la vision. Certains chirurgiens, au dire de Rhazès, cherchaient le siège de la luxation dans la partie moyenne de l'os. «J'ai vu un médecin ignorant, nous dit Albucasis, incisant une tumeur scrofuleuse sur le cou d’une femme, ouvrir les artères cervicales et entraîner une hémorragie telle que la femme tomba morte entre ses mains ! »
Les Arabes fondèrent beaucoup d'hôpitaux dont quelques-uns furent remarquables, mais trop dévoués à limitation de Galien, s’adonnant surtout aux vaines minuties de la théorie et aux subtilités de la dialectique, entraînés par les élans de leur folle imagination et leur amour pour le merveilleux, ils négligèrent complètement l’observation. La pathologie ne s'enrichit donc sous leurs médecins que d'un nombre très restreint de remarques nouvelles. Ils furent les premiers cependant à distinguer les fièvres éruplves d’après les caractères extérieurs de l’éruption, Mais la description des symptômes et des lésions, la délerminalion et la classification des unités morbides, sont complètement sacriliées à l’étiologie, où les médecins arabes se perdent dans de vagues hypothèses, et à la thérapeutique (T).
(1) Nous devons à Rhazès le premier ouvrage où la rougeole et la variole sont bien étudiées. Mais le côlé descriptif est complètement sacrifié au traitement. Ces deux maladies semblent même être confondues en une seule. Si, à l’occasion du pronostic de la variole,
La thérapeutique interne et la matière médicale firent quelques acquisitions intéressantes, grâce à la connaissance profonde qu'avaientles Arabes dela chimie, science qu'ils avaient empruntée en partie à l'Egypte (1); grâce aussi à une flore médicale plus riche que celle des Grecs et qu'ils devaient à leur sol natal et à leur commerce avec l'Inde. Ce sont les Arabes qui ont fait les premières applications de la chimie à la médecine, en préparant des médicaments chimiques et des remèdes composés. La plupart des médecins sarrasins avaient déjà leurs théories sur la propriété et l'effet de certains médicaments. Dans tous leurs écrits, à côté des idées humorales et naturistes de Galien, on retrouve la même polypharmacie. On doit surtout leur savoir gré de l'introduction dans la thérapeutique de purgatifs doux tirés des végétaux qui remplacèrent avantageusement, dans beaucoup de circonstances, les drastiques des Grecs.
La thérapeutique externe fut très négligée. ITgnorant l'anatomie, toute entreprise importante de chirurgie était une témérité qui pouvait être suivie d’un désastre. De plus, il existait un préjugé religieux qui en restreignait les limites : celui de ne point toucher aux organes géuitaux des hommes et à plus forte raison des femmes. La
chirurgie, tombée dans un grand avilissement, était aban-
Rhazès ne faisait mention des pustules varioliques, on ignorerail qu'il existe une éruption dans cette maladie. Nous devons aussi à ce médecin une étude de la spina ventosa, affection que nul n'avait décrite avait lui.
(1) Geber, le plus fameux chimiste parmi les Arabes, était Grec ; d'ailleurs une bonne partie des écrits qu'on lui attribue sont postérieurs à lui et sont l'œuvre d'alchimistes chrétiens du moyen âge.