‹ Un chirurgien arabe au Moyen AgeChapitre 9 sur 23 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

SAVE, — SESLOEUVRES

Il serait, sans doute, intéressant de savoir dans quelles écoles, sous quels maîtres, Albucasis a puisé ses connaissances médicales, quels élèves ont écouté ses leçons, quels caractères il a déployé dans la pratique de son art. Malheureusement, sur ces différents points, nous ne possédons aucun détail ; un nuage est jeté sur la vie d’Albucasis et nous sommes réduits à quelques notes éparses dans un petit nombre d’éerivains arabes (1), pour avoir sur son compte des notions encore très incomplètes.

(1) Freind affirme qu'Albucasis n'a élé auteur arabe; pourtant on le trouve cité par bon nombre d'écrivains

mentionné par aucun

Aboul Kassem-Khalef-ben Abbas Ezzaharaoui (1) dont on a voulu faire un Oriental naquit à Zahara, petite ville d'Espagne, située à cinq milles de Cordoue et fondée en 936 par le calife Abd-er-Rahman HT en l'honneur de sa favorite Zahara, dont le nom en arabe signifie Fleur.

Zahara était jadis, d’après le géographe nubien Edrisi, une délicieuse campagne où les princes Ommeyades avaient fixé leur résidence d'été.

Les historiens ont beaucoup varié sur l’époque de la naissance d'Albucasis. Les uns la font remonter au x siecle, les autres la fixent au commencement du x117", D'après des témoignages dignes de foi, Albucasis vit le jour au commencement du x" siècle et mourut dans les premières années du siècle suivant, parvenu à une extrême vieillesse. Il appartient donc au début de cette période brillant, où l'Espagne, sous la puissance des Maures, vit fleurir avec tant d'éclat, l’industrie, les scien-

ces et les arts (2);

de ceit: nation. Mais lous ne lui consacrent qu'un mot, ou des nolices extrêmement courtes.

(1) C'est-à-dire Khalef, père de Kassem et fils d'Abbas de Zahara. Les Arabes portent outre leur nom celui de leur fils et de leur père. Aboul Kassem, comme tous les auleurs arabes, a eu son nom scindé el dénaluré au point d'en produire une infinité des plus bizarres, tels que Alcoran, Buchasis, Benaberazevius, elc. La forme Albucasis est celle qui a prévalu. On est allé jusqu’à contester que ces divers noms fussent ceux d'un même auteur. Schenk, dans sa Biblia iatrica, avant Freind, a établi cette identité.

(2) Casiri se basant sur un passage d'Eddhoby, historien arabe du vie siècle, prétend qu'Albucasis mourut en l'année 500 de l'Hégire. Or, d'après L. Leclere, Casiri serait dans l'erreur, Eddhoby nous dit en effet qu'Abuleasis fut un habile chirurgien et qu’il mourut après l'année 100 de l’'Hégire. Hadji Khalfa donne la même date. Léon

C'est à Cordoue qu'Albucasis, médecin du célèbre capitaine El-Mansour, pratiqua son art. Il fut un savant universel, unissant les qualités intellectuelles Les plus vives aux vertus morales les plus hautes. Très charitable, sa maison était ouverte et le jour et Fa nuit aux malheureux; la cour de sa demeure était remplie de pauvres attendant leur tour de consultations et le soulagement de leurs misères,

Albucasis a écrit une sorte d’'encyelopédie médicale, qu'il a divisé en 30 livres et qu'il à intitulée : ETrESsRISF LIMEN ADJAZ AN ETTALIF (1) titre qui prête à diverses interprétations, mais que l’on a traduit le plus souvent par « LA PRATIQUE ». L'ensemble de ces écrits a été transerit en latin, de très bonne heure, on ne sait par qui ni à quelle époque sous le titre d'Alzaharavius (2).

Le 1% livre, complètement inspiré de Galien, est une sorte d'introduction à la médecine ; 1l traite des choses naturelles, des éléments, des tempéraments, des humeurs, des parties, etc.

Le 2° est consacré à l’étiologie, à la symptomatologie,

au diagnostic, à la thérapeutique, au pronostic de toutes

l’'Africain de son côté rapporte qu'Albucasis mourut en lPannée 404 de l'Hégire, soit 1013 de l’Ére chrétienne, à l'âge de 101 ans.

(1) Channing traduit par : « Collectlio, in illius usum cui desunt alisæ compositiones.» Leclerc adopte celle traduction qui nous paraît plus exacte : La PrariQue (ou bien Présent) à qui ne peut recueillir (une collection médicale complète).

(2) Il n'existe plus qu'un seul exemplaire connu, de l'œuvre complète d’Albucasis ; il se trouve en Angleterre à la Bibliothèque

Bodléienne.

les maladies en général. C'est une compilation des anciens médecins grecs ou arabes, et particulièrement de Rhazès, qu'Albucasis copie littéralement dans certains passages. Cependant Albucasis y parle d’une façon originale de la croûte laiteuse des enfants, de la salivalion causée par l'usage du mercure, il fournit quelques remarques intéressantes sur la dysphagie, sur les aphtes des enfants, sur la lèpre et en particulier sur une altération des ongles qui survient quelquefois dans cette maladie. Il décrit encore d'une façon personnelle plusieurs genres d’aliénation mentale, etc.

Ces deux premiers livres ont été détachés de l’œuvre toute entière sous le titre de : « Liber medicinæ theoricæ necnon practicéæ Alsahavari », puis traduits en hébreu vers le milieu du x siècle par Chem Tobb et Mechou- © Tam.

Ils ont été édités pour la première fois à Augsbourg en 1490 et en langue latine. Paul Ricius, juif allemand, médecin de l’empereur Maximilien (1), en publia dans la même ville, en 1519, une seconde édition latine renouvelée en 1530.

Du 3° jusqu'au 25° livre inelusivement, il n’est question que de médicaments composés. Comme on le voit, Albucasis s’est surtout occupé de pharmacologie.

Le 26° traite du régime alimentaire dans les divers états de maladie ou de santé.

Le 27° comprend l'étude des médicaments simples el des aliments. Ia été traduit en hébreu à Marseille par Chem Tobb vers le milieu du x siècle.

(1) Ricius fut éditeur el non le lraducteur d'Albucasis, comme on l'a prétendu bien souvent (Leclere).

Le 28° est consacré à la préparation et à la conservation des médicaments simples. L'auteur divise les médicaments simples en trois classes, suivant leur origine minérale, végétale où animale, Ce livre est le plus original et le plus intéressant de tous. On y trouve de nombreuses figures comme dans la chirurgie (1).

Détaché de bonne heure comme les deux premiers sous le tre de « Liber Servitoris », ce livre a été traduit vers la fin du xur siècle en latin par Abraham et Simon de Gênes : en hébreu par Chem Tobb vers la même époque.

Édité séparément pour la première fois en latin, à Venise en 1471, il fut l'objet de plusieurs publications successives comme appendice à la suite des œuvres pharmaceutiques de Mésué le Jeune.

Le 29% livre traite des synonymies, des succédanés, des poids et des mesures.

Le 30% enfin consacré à la médecine opératoire a été détaché du reste des écrits d'Albucasis sous le titre de « Liber Açaraqui de Chirurgia ».

Il fut traduit en latin à Tolède vers le milieu du xr”° siècle par Gérard de Crémone. Un siècle plus tard à Marseille, en hébreu par Chem Tobb et vers le milieu du x1v° siècle en provençal (Dialecte toulousain du bas-pays de Foix). Malgré les affirmations du docteur Heæffer, il

n'existe en langue provençale qu'un seul exemplaire

(1) On à considéré, bien à tort, Albucasis comme l'inventeur de la distillation. Rhazes en parle avant lui. D'ailleurs ce procédé élail déja connu des Arabes depuis fort long'emps. Strabon dans son Histoire fait mention déjà de l« Arak» des habitants de

l'Arabie.

pus connu, il est fort beau et se trouve à la bibliothèque de la Faculté de Médecine de Montpellier (1).

La chirurgie d'Albucasis fut successivement éditée à Venise en 1497 dans la collection intitulée « Chirurqia Parva », puis en 1500, en 1506 et en 1520. À Strasbourg en 1532, à Bale'en 1541, toujours en latin. Channing en a publié une édition arabe avec traduction latine en regard à Oxford en 1778. Enfin, Leclerc en a donné à Paris en 1861 une traduction française.

Ce livre n'est certainement pas le plus original des écrits d’Albucasis. Néanmoins , c'est à cet ouvrage devenu classique dans les Ecoles du moyen àge, qu'Albucasis doit toute sa réputation. C'est celui-là seul qui fera l’objet de notre étude.

(1) Le manuscrit de la Faculté de Médecine de Montpellier ne porte aucune dale, aucun nom de traducteur, de copiste ou de possesseur, aucune indicalion qui puisse servir à en délerminer la provenance, si ce n'est au bas de la première page, un écusson armorié, ayant la forme d'un écu de tournoi penché à l'antique, avec l'échancrure pour passer el appuyer la lance et dans lequel figurent les armoiries écartelées de Foix et de Béarn : l'écu est surmonté d'un casque de profil ayant pour cimier la tête de vache de Béarn au milieu d'un vol banneret aux armes de Foix. Sur une banderolle est tracé le cri de guerre : Phœbus Auant. Ce sont là, sans aucun doute, les armoiries du célèbre Gaston Phœbus, comte de Foix, vicomte de Béarn, mort en 1391. Les enluminures du manuscrit et le style de l'écusson viennent, en effet, confirmer les indications données par le lype de l'écriture relativement à l'âge de ce document (Revue des Langues Romanes, 1870).

Page 1