‹ Un Classique Moderne William Congreve Sa Vie, Son ŒuvreChapitre 18 sur 70 · AL · texte numérisé non relu

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Cynthia sera enlevée par eux deux | à l’aide je Mr. Saygrace, ca sans chapelain on ne peut rien faire. Tous se donne donc rendez-vous 4

en un endroit désigné, mais Mellefont n'est pas plus tôt parti. que

Maskwell propose à Cynthia un endroit plus propice cu ‘lui. disane i qu'il communiquera aussi ce changement de programme à à Mellefont. 1 De fait il ne veut que séparer les deux amoureux et d’après les ins- tructions qu’il donne à Saygrace, on voit bien que la f ite, comme le mariage, est projeté pour lui-même, Mais jusqu'à l'exécution du plan,

. Maskwell apprend de Lord Touchwood que la femme de ce dernier:

est. furieuse contre lui. D'autre part une rencontre prochaine de Care-

less, Cynthia et Mellefont dévoile la duplicité du dernier acte de

Maskwell. Quand Lord. Touchwood rentre, Cynthia le fait cacher derrière un paravent, pour qu’il puisse guetter les évènements qui

certainement ne tarderont pas à avoir lieu. Car, à peine se sont-ils

glissés dans leur cachette, que Lady Touchwood se précipite, te poignard à la main, à la poursuite de Maskwell. A la fin, celui-ci, toujours perfide, en arrive à dire que s’il veut épouser Cynthia, ca n’est pas par amour. « Qui pourrait se prêter à un esclavage si infé-

rieur après avoir subi l’enlacement de ses étreintes et après avoir

folâtré dans le myonde immense de son amour : — qui pourrait se renfermer dans la province infime d’une petite pensionnaire ? » Encore un tout petit assaut et Lady Touchwood sera conavincue. Bien plus, elle s’exalte à l'idée que lui suggère Maskwell, de passer dans son boudoir où elle pourrait trouver à sa disposition Mellefont déguisé en Saygrace et attendant en vain Cynthia. 6

Lady Touchwood s'enfuit d’un bond chez elle pour nous laisser voir Cynthia et Lord Touchwood qui ont eu peine à se contenir pendant toute la monstrueuse scène, Comme Maskwell est parti égaiement pour couronner sa double Diriguss -ils vont suene sud Touchwood. ; NA ï

Lord Froth, qui vient de finir M sieste, entre avec Sir Pau à la, recherche de leurs femmies et un instant après les couples en question,

Lady Froth et Brisk, Lady Plyant et Careless, font leur apparition

— les premiers venant du jardin et les autres d'une place encori

pire. Mais ceux-ci ne sont pas plus tôt entrés que Lord Touchwood

en soutane de chapelain entre en courant après Lady Touchwood qui

crie au secours — au même moment où Mellefont, déguisé aussi,

traîne derrière lui Maskwell suivi des valets. Tout est dévoilé, Lord Touchwood demande pardon à son neveu et à la satisfaction générale le vrai m'ariage aura lieu.

+ | 18 La vahéitbn dt le relief des Se de cette MATE sont dé NAS po Ë È cn art le plus vrai ét le plus fin. Quel dommage que l’auteur n’ait Am

; pas réussi à fondre les épisodes dans l’action principale. Au LEUR contraire, non seulement ils ne s’ajustent pas au cadre, ils- À LAS

- G encombrent. La pièce traîne en longueur et laisse non -g un composé de parties géniales mal assemblées.

L'épisode central, le drame Maskwell- Toro comme

les aventures des couples Froth et Plyant sont, pris à part, d’une “ : impeccable construction dramatique et conduits avec un tact . 7 et un brio incontestables. Leur défaut ‘est d’ être Lots sans es aucun lien véritable. :

“+ ae Nous dirons Ja même che des NN A ce point de Lo

vue le progrès sur « The Old Bachelor » est immense. Plus de Heartwell inachevés et IncONgTUS. Plus de Vainlove statiques et effacés comme une vieille estampe. Avec Maskwell, Lady Touchwood, Sir Plyant, Careless et même Cynthia, Congreve entre d’emblée dans la comédie de caractère.

Ce qui nous impressionne tout d’abord chez ces personnages, et ce qui est la pierre de touche des vrais caractères, c’est leur évolution sur la scène. Maskwelt à ce point de vue ne nous paraît pas éloigné de Jago. Sa seule infériorité est de venir après lui. Le héros de Congreve a beaucoup de contingences. S’il n’a rien à faire avec le caractère à deux faces de l’intéressé et hypoerite bel-esprit des « Femmes Savantes » (1) il n’a rien non plus de directement commun avec Cyrus, l’esclave rusé de « Heautontimorumenos » (2) qui par toutes sortes d’artifices, soustrait pour la maîtresse de Clitipho de l’argent au père de ce dernier.

(1) Bennewitz cite Trissotin à côté de Maskwell. (2) Tom Davies (op. cit.)

Der D er

Mais il touche de plus près à. Timantus, ce double escroc de

« Cupid’ s revenge » de Fletcher et Beaumont, « fellow voyde Ne h: of any ;worth », qui trahissant son maître et ami Leucippus,

ainsi que la matrone Bacha, amoureuse de ce dernier, aspire à la main de sa fille, Uranie. Il se rapproche aussi de Varnish de

Plain Dealer le type véreux qui, un œil sur l’argent et l’autre

sur la femme, trompe son ami Manly par ses relations cachées

avec Olivia dont celui-ci est amoureux. dE EE

Mais Maskwell a encore plus de parenté avec Tartufe et J ago.

Ila cependant plus d’esprit d’intrigue que Tartufe tout en ayant

moins d'esprit diabolique que Jago. Comme le premier il exploite

l’amour et, quoique un peu plus heureux que lui quand il se joue de ses victimes, il devient la dupe de ses propres machinations. Tartufe travaille, d’autant plus sûrement qu'il travaille plus en cachette. C’est l’hypocrite sombre, clandestin. Maskwell, infatigable et multiple est un stratège du mal. Il exulte à l’idée d'ajouter victime sur victime, de répartir des coups, de choisir ses moments; il aime, comme une araignée au centre de sa

toile, à dominer la situation — savourant tour à tour ses exploits

dans l’attente du triomphe final. C’est un démon aux aguets,

et rien de plus expressif que ses monologues — si mal compris du public et des critiques du temps. Il faut y voir quelque chose

de plus que de simples nécessités scéniques. Ce sont des lambeaux déchirés de sa propre nature, les seuls moments où il vit en lui-même, ricanant comme un Méphisto dans l’ombre à la

réussite des coups sur lesquels il a concentré tout son génie (1).

(1) Cf. Maskwell instead of disguising or colouring his crimes values himself upon them in a soliloquy. » - Lord Kaîims « El. of Cr. », I, 406.

..« Though a soliloquy in the perturbation of à passion is undoubtetly natural

and indeed not unfrequent in real life ; yet Congreve who himself has penned several good soliloquies yields, with more candour than knowledge that they are unnatural, and he only pretends to justify them from necessity. » ibid. I, 368

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Plus extérieur et plus compliqué, et vivant plutôt pour

l'amour des machinations que du mal proprement dit, il est un Jago de deuxième degré. L’inimitable héros shakespearien le

surpasse en profondeur, en unité et en intensité. Le démon aux : aguets devient ici le diable en action. La puissance avec laquelle Jago veut le mal, l’impassibilité avec laquelle il résiste à tout sentiment de pitié, l’exclusivisme et la persévérance avec lesquels il met son crime à exécution et le cynisme avec lequel il regarde en face non seulement la perte d'autrui mais la sienne propre (1), font de lui la personnification tragique du mal suprê-

| me. Jago est un surhomme, un archange du mal, y vivant presde que en dehors de toute contingence avec ce monde. Maskwell

ne nous montre pas cette passion et cette énergie du mal. Plus

mesquin, il aspire à un mariage brillant, plus faible mais plus habile, il-s’y élève en prenant pour marche-pied une matrone

sentimentale, et main en main avec un ami crédule. €? est tout ce qu'il veut, tout ce qui l’enchante, tout ce qui le passionne.

C’est un caractère étonnamment complet; varié, il est unitaire; unitaire, il évolue avec chaque scène et nous donne par

là la courbe d’un homme qui est chacun et n’est aucun de nous.

De plus, chose caractéristique pour le génie de l’auteur, Maskwell, si voisin de Tartufe et de Jago, ne se confond jamais avec eux: Ses paroles et ses joies, comme ses manœuvres lui appartiennent en propre ; et nous considérons comme typique pour son originalité de caractère et comme un tour de force de

(4) Le ricanement « I bleed, sir, but not killed » par lequel il répond au coup d'Othello peu après avoir poignardé ŒÆEmilie, à pour pendant le rire de Maskwell aux menaces de Lady Touchwood ; mais ce qui dans Shakespeare est le maximum de défi et de triomphe du mal, dans Congreve est la moquerie et l'ironie à l'adresse des gestes impuissants. Maskwell voit en Lady Touchwood une adversaire moins ingénieuse que lui, Jago en Othello une victime fatale. è

i x part de l dideut lé fait qu’ | n° aime | personne — as même Cynthia avec laquelle d’ ailleurs iln échange pas un mot d'amour — et ne haït personne. Les complications sentimentales l’ entra- . Vania comme Tartufe, la haine et Fenvie le pousseraient au crime comme Jago, et ce n est pas là son fait. SÉAALN ER Stratège du mal, il ne cultive rien que ses À en consée |. ‘quence il ne tombera victime que de ses propres ingéniosités. | et Immédiatement après le génial caractère de Maskwell, - vient celui de Lady Touchwood. Son poignard qui a irrité Taine, n ‘empêche pas Bennewitz de voir en elle la femme de Puti- … phar ! (4). Mais du moment que nous avons parlé de Timantus, | à cette figure féminine qui à passionné Cumberland par. soñ + ne tragique, nous pouvons difficilement trouver un meilleur pendant que celle de Ja corrompue Bacha de la même tragédie.

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* Mais s’il y a une similitude de canevas, il y a une granüle différence de fond. Le caractère de Lady Touchwood est beaucoup plus profond et plus évolué. De fait, c’est une Phèdre en parodie; nous soupçonnons même qu’en créant ce caractère, Congreve n’a pas pu se soustraire à la tentation de la classique héroïne. Sa menace de frapper Melfont d’une épée dans sa chambre à coucher — chose que celui-ci raconte à Careless —

& sa façon de passer de la passion à à la haine, et de la haine à la calomnie est une vive réminiscence. Mais Congreve s’est appliqué à nous donner une Phèdre ridicule et, au lieu de la fatalité de la chair, il nous représente en elle une hystérique faible et violente. FE

(1) Da Lady Touchwood weder als charakter, noch als handelnde Person, mit den Figuren Molière’s in Zusammenhang steht, so sei gleich hier anmerkungsweise auf die tehnlichkeit des Berichtes, den Mellefont von dem Besuche der Lady bei ihm giebt, mit der biblischen Erzählung (I. Mos. 39) von Potiphar, dem Kämmerer Pharao’s hingewiesen, dessen Weib den keuschen Joseph ego zu vérführen sucht. — « Congreve und Moliere », 50. Note.

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