‹ Un Classique Moderne William Congreve Sa Vie, Son ŒuvreChapitre 19 sur 70 · OR EE 93 A · texte numérisé non relu

OR EE 93 A

of Fa à VAT : | RES je É “ Rien de plus dde ique que ses furies de mégère san- À ;, x + guine, apaisées par une tendre parole ou par une folle idée de : , 7 ‘

vengeance. Ce qui est éncore plus caractéristique et montre « | 200 4 jusqu’à quel degré Congreve l’a conçue comique, c’est qu’ elle EEE : $ HE eBh inconsciente. Ses transitions d’un ton à l’autre, de la menace Fa : : k 2-5 la soumission, de l'ironie à la fureur, de la fureur aux larmes, se ; sont si loin du tragique conscient de cette véritable ae LE > cn est Phèdre, par exemple. :

Lord Touchwood, créé plutôt pour les one de r aeton, = à n’est remarquable que par le contraste qu’il offre. avec Lady A ; : … Touchwood. Naïf et avec ‘un Cœur d’ or, serein et réservé, mais 3 # fe “4 autant mieux disposé à aimer ceux qui l’entourent, c'est le - : ; “S et type du bonhomme. Gonventionnel, il est comme une exhumation re ;

des oncles dè Térence. À | Hs | Mieux réussi que Lady Touchwood elle-même, parce que ne complètement conséquent avec lui-même, quoique moins puis- LPS sant, Sir Plyant est un autre caractère de marque. Excessif LS comme sa sœur, mais par sa passivité, Sir Paul Plyant est en effet l’un des plus grands cocus dé la comédie. Il a été rapproché de Chrysale, mais s’il en a le manque d'énergie, il n’a rien du bon sens et du sérieux pratique du bonhomme de Molière. C’est un « foolish old knight » etil a toute la vanité et la légèreté du titre. En bonnet de nuit, il ressemblerait à Argan, avec, au lieu de la maladie imaginaire, la manie de rêver un héritier et de voir perpétuer sa race. Sa vraie place est entre Nicia Calfucci (1) et Sganarelle.

(1) Joseph Cooper Walker (An historical una critical account on ihe revival of Drama in Italy, 61 Appendice pp II seq) à trouvé des ressemblances frappantes entre la scène 8 de l’acte III de The Double Dealer et:1a Scène 2 de l'acte II de la Mandraaore. -

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Son vu tâtillon, l'incontinencs: de paroles à

sensuel, une continuelle bonne humeur qui n ’a d’égale que la

stupidité et l’inconscience, la bonhomie qui n’est surpassée que lNpar lé bêtise, comme aussi sa passivité totale, traversée d’accès

de fureur ou de passion impuissante, tout cela fait de ie un CoCu complet et original. :

Mais snob, cet « uxorius foolish old knight », a la manie

‘du nom; il veut peupler le monde de Sir Pauls pour qu’ « il

f . va D . Peur . existe une certaine ni entre lui et la postérité » et il

- fait alors remarquer à sa fille que « notre maison se distingue

par un œil sons, comme la maison d'Autriche par de grosses lèvres »,

De plus, digne fils de son époque, le sympathique barbon est libertin : En l’intégrant à son époque, Congreve a parfait en lui le type, en le créant aussi lascif en paroles que chaste dans la vie intime. Quand il parle à sa fille de son futur héritier, il lui dit aussi librement que lui aurait dit n’importe quel cousin débauché de ne pas imiter l’abstinence de Lady Plyant — en lui promettant un cadeau pour chaque ne que l’enfant aura avec lui.

C’est un caractère complet, d’autant plus complet que, ayant en lui la note générale du type, il est empreint de couleur locale: son manque d'originalité par endroits est compensé par le pit resque et le savoureux de la caricature.

Lady Plyant lui fait un pendant d’une symétrie D Professant la chasteté comme Belliza in « The Amourous Bigot (1) » professe la bigoterie, elle est cependant aussi différente

(1) Congreve S'est souvenu de cette pièce en écrivant certains passages du « Dôuble Dealer ».

côtédesa complète incapacité, sa tendresse pour les siens unie à l’égoisme

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de és héroïne, qu’elle l’est de la Bélise des Femmes Savantes,

avec laquelle elle n’a de rapprochement que dans la scène de Mellefont. C'est une libertine sotte et fausse.

nie: mentalité comme son langage rappellent ceux de Sir = Wittol de la pièce précédente. Même phraséologie inculte enduite . d’une sentimentalité flasque et doucereuse. Nous nous la repré-

sentons courte et grasse, entre deux âges, la face rubiconde mais

avec une démarche de jeune cane à la recherche de grâces qu’elle n’a pas perdues parce qu’elle ne les à jamais possédées.

Du couple Plyant aux époux Froth, nous faisons un pas de ne vers Je pédantisme et la préciosité.

rie eux le but de Congreve a été d’ avancer vers la comédie de mœurs. Le large rire du Lord, toutes les fois qu’il ouvre la bouche pour critiquer le rire et sa prétention de mortifier les beaux- -esprits par son défi, quand il ne fait que les mortifier par sa. bêtise, est de la plus pure extraction comique. Martinus Seriblerus s’alarmait ayssi du rire des autres et on rapporte que

Lord Chesterfield avait entre autres la même manie de censurer solennellement le rire comme un geste incompatible avec une

personne de qualité (1). C’est bien significatif de voir comment Congreve, exploitant cette note de caractère, sauve Lord Forth du voisinage de ces « Lord Plausible » et « Foppington » de l’époque, qui promenaient leur affectation empesée et leur ridicule

entre un mot français et le tour qu’on leur joue dans une aven-

ture galante.

Lady Froth est plus francisée et plus galante. Il y a de la romauce héroïque dans ses soupirs après un amour idéal, et son libertinage plus poétique est moins révoltant que celui de Lady

(1) Elwin’s Pope (X. 328).

Plyant: Le joues sont datée se que e celles de cette. dernière, fe dans sa perruque : frisée et poudrée il y a quand même quelques ‘atomes de poussière éthérée pa À eux deux, ils. forment un te couple admirable de mannequins mondains et comme tels nous à ï … les trouvons complètement différents du plantureux ménage :s 5. Plyant avec lesquels on les a confondus quelquefois. Ce qu’ ‘ils

ont de superflu ô est un nouveau cocuage. La prodigalité de :

nuyeux. i. eine NE

Congreve en cette matière pouvait satisfaire le public de ’époque, mais Dour nous comme Addison (1) cela : devient en- E

ec Mellefont et An — - ces Fe amants plutôt plato- GA

niques — l’auteur se rachète.

Mellefont a quelque chose de la douce nntulette (AA ho na- *

| ture tendre des amants de Molière. Si Enée est une nullité de ‘

héros comme le dit Walpole (2), alors Mellefont, auquel le mali cieux snob le compare, est aussi une nullité. Au fond sa gauche- k

rie n’est pas comme celle du niais Lélie dans VPEtourdi. Son ;

défaut et simplement sa droiture de caractère, sa crédulité à 20

côté d’une bonne opinion du genre humain et de l’ amitié, une

noblesse jeune qui ne lui permet pas de s’abaisser jusqu’à soupçonner. Maskwell. Attentif et assez entreprenant, après avoir repoussé avec une fière ironie les attaques. de Lady Touchwood, il organise tout un système de défense contre ses Aie

gèmes.

Mais, noble et indolent, il reste l’éternel naïf

(1) In Short our English writers are as frequently severe upon this innocent unhappy creature, commonly known by the name of a cuckold as the ancient writers were upon an eating parasite or a vain-glorious soldier ».

« Degeneracy of the Stage », The Spectator, no 447.

u@ ) Letter 1 the Rev. W. Mason, June AUTRE:

est première fois que ne s a de sa société

st $ À A SE ) e È OU ES LU

ST Cynthia. =. ue vive que son partenaire. Elle est das des

Pe de « recoins purs » de Ja comédie anglaise de l'époque; au con-

deux beaux- -esprits qui deviennent réciproquement ridicules dès

ch traire de la Marianne du « Tartufe » elle marche, nous ne pou- __vons pas dire vers le libertinage, mais vers la coquetterie; ce qui chez Molière est une taquinerie boudeuse d’un enfant ennuyé par un autre (V. If, 4) (et que Dorine va réconcilier), chez Sr amante de Congreve (a est de l amour blasé et satirique, lors É qu’ elle dit à son amoureux que le mariage est un « old game » qui, tout en faisant de l’homme et de la femme un seul corps, ne les empêche pas de rester toujours deux fous à part, comme

Le

qu’ils se rencontrent. Une pareille candidate au mariage nous serait suspecte si nous ne savions d’autre non qu’elle a du cœur.

Si avec Mellefont et Cynthia nous sortons a la Restauration, nous y rentrons avec Careless et Brisk. Celui-là rappelle Cléante de Molière auquel il emprunte son bon cœur mais non : son dévouement; le deuxième rappelle plutôt Wycherley dont le Novelty « suit la mode » et fait cas de la « briskness of my raïllery ». Tous les deux appartiennent à Congreve, par la nuance A RneIs qu’il leur donne. FR

Careless est Fe ami, mais l’ami RE shitent et égoiste; il ne se soucie pas trop des ennuis de Mellefont et se perd malgré lui dans l'intrigue amoureuse. C’est un dilettante du cœur, amateur de pointe et d’ aventure, aussi nénue de passion que pourvu d’ esprit.

Brisk est un Careless avancé. Avec lui commence le fat, la caricature. Jouisseur et ignare, il esf le papillon qui se pose sur un coin d’éventail et tressaille au moindre frou-frou. Mais jl est aussi le mannequin qui vit de révérence et de mots appris par cœur. Un fat brillant, voilà ce qu’il est au fond, digne partenaire de Lady Froth et de Careless. Rien d’étourdissant comme son aventure avec la précieuse, : ‘rien d’achevé comme son duel . d'esprit avec son incisive adversaire. :

En un mot le « Double Dealer » . un médiocre ensemble (1)

d’éléments admirables. Les épisodes, comme aussi les carac-

tères pris à part sont d’ une construction et d’un brillant remarquables. Empruntés (2) ou inventés, Congreve les a conduites — à de petites exceptions près pour l’action principale — au maximum de perfection. Mais après avoir poli les éléments, il s’est trouvé ne pas savoir s’en servir. Dépourvu d’ invention dramatique — combien peu de grands dramaturges peuvent se vanter de l’avoir eue — il n’a pu agencer un nouveau scénario; pressé, al a cru que le mieux serait de les accoler. Mais les épisodes restent étrangers à l’action tragi-comique et au lieu de 1 animer, la ralentissent et l’obstruent.

Les caractères, d’une rare puissance dans certains Cas, vivent à part, mais si bien qu'ils le fassent, ils ne S’adaptent pas les uns aux autres. Les couples parallèles donnent naïissance à une symétrie froide et factice, quelquefois même super-

(1) Congreve dit dans la lettre-dédicace à, Ch. Montagu (en parlant de sa « frue and regular comedy » et de sa résolution « to preserve the two unities of the drama ») : « I designed the moral first and to that I invented the fable. » C’est là le défaut de la pièce, Quant à sa prétention de n'avoir rien emprunté, il est plus ou moins dans le vrai.

(2) Cette pièce trahit des réminiscences du Misanthrope (scènes des portraits) ; du Plain Dealer (acte Il) ; du Gentleman Dancing Master (IL, 2) ; des Femmes Savantes (I, 4) et de la Mandragore (certainement par l'intermédiaire de La Fontaine). ER

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