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Congreve fait peut-être en lui plutôt une peinture de mœurs. Cependant il est curieux de voir que lorsque dans Love for Love le peintre social qui sommeille en lui pense à faire usage de son art, il le fasse sur un motif si unique et si bizarre : l’astrologie. Mais plus qu’une peinture de mœurs, il a visé à rendre dans ce Foresight, le type du vieux maniaque et, comme tel, Foresight est un vrai caractère, caractère qui lui appartient en en- . tier (4).
pour éviter les troubles, durent prendre des mesures sérieuses et infliger des peines sévères aux sorciers. (a) Ne disait-on pas qu'à la naissance du roi lui-même (21 mai 1630) il était apparu une étoile, que Lilly, astrologue républicain, prétendait d'ailleurs être tout simplement la planète Venus. (Monarchy or not Monarchy) ? Si en France le roi Louis XIV, non sans quelque hypocondrie superstitieuse, prenait tous les mois des médicamknts « pour la maladie à venir » (b) et si Morin avait prophétisé à faux la mort de Gassendi, ce qui allait inspirer l’Anaxarque de Molière (Petitot), en Angleterre, Cromwell avait aussi son « lucky day » tout comme Guillaume d'Orange plus tard, ou comme Shaftesbury qui dira à Burnet qu’un docteur hollandais lui avait prédit par l'étude des étoiles tous les évènements de sa vie. (c) Dryden, comme le dit Johnson, tirait des horoscopes et sa croyance à l'astrologie a donné naissance à des anecdotes sur ses Superstitions à propos de la naïssance de ses enfants. Enfin le thème astrologique est utilisé dans « An evening Love or the Mock Astrologer », de même que dans « The Atheist » il est question de « the blazing star » et que « dans la discussion entre Meéllicorne et Mellana du « Duke of Guise » Dryden se sert de ses connaissances astrologiques... probablement approfondies grâce à la croyance secrète du poète en cette science de visionnaire. » (Scott).
« Le caractère de Foresight était donc répandu.en ce temps-là. »
(a) Autobiography of Roger North (Trials for witchcraft, Exeter, Somersetshire), 1887, pp. 130, 132.
(b) Mémoires de Dangeau.
(c) History (1,103).
(1) Le rapprochement fait par Van Laun, avec Harpagon est arbi- .traire, car il n’a rien de commun avec lui ; — pas plus qu'avec Anaxarque, par exemple, l’astrologue de Cour, grave et charlatan, qui prédit le
Las
Après 1 je de mer de Ben, il apporte un air raréfé, irrespirable. Sa mise en présence de Valentin fou proeure un effet de contraste délicieux. Plus délicieuse encore est l'opposition qu’il présente avec l’exubérance de Sir Sampson (Cfr. III, 4). Mais le comble c’est que ce « pantaloon astrologer » (Gosse) à l’épouse la plus sensuelle et la plus terre-à-terre. Il est donc
-naturel qu’il dise : PER | « I was born, Sir, when the Crab was ascending, and all my affairs go backwards. »
C’est un admirable caractère « of humour » comme le nomme Davies. La mélancolie qui entoure sa personne abstraite et inutile justifie Sir Sampson de lui parler toujours fort comme pour l’ arracher à à un rêve. C’est en effet une espèce de momie, de somnambule, un mannequin travaillé en vain par la pensée et frappé d’impuissance.
Auger, en parlant de l’ immortel Fe de Don Juan, dit :
« Sganarelle AS un des Fee les plus francs, les plus vrais, les plus naïvement comiques qui soient au théâtre. Il n’est pas de la race antique de ces Daves qui, transplantés sur notre scène sous les noms : de Crispin et de Frontin, y étalent une nature de convention, au lieu de la nature réelle qu’ils représentaient autrefois. Il est d’une lignée naturelle et toute française ; il descend de ce Cliton du Menteur, le premier valet moderne qui ait remplacé dans la comédie les esclaves anciens. Le caractère propre des valets formés sur ce modèle est un gros bon sens qui est continuellement révolté des vices et des ridicules de leur
mariage d’Eryphile dans les « Amants Magnifiques ». Foresight n’a rien non plus de commun — sauf peut-être quelques termes spéciaux etquelques noms propres — avec la pièce de Dryden, tirée elle-même d’ailleurs de Thomas Corneille et de Calderon. Original, il est traite
avec un esprit et un entrain d’une rare saveur. (a) / (a) Johnson se le rappelle dans ses lettres : Life, says Foresight, is a chequered work (cfr IT, 1) Letter to Mrs Thrale, Ashbourne, July 20, 1771.
maîtres, mais que l’amour de l'argent ou la crainte des mauvais trai-
tements empêche le plus souvent d'éclater. C'est ce conflit entre Ja: raison de leur intérêt, c "est cétte alternative de hardiesse et de timidité d'humeur chagrine et de complaisance forcée, qui leur donne -une physionomie si vraie et si plaisante ; cette physionomie est celle de Cliton avec le menteur Dorante, de Sancho avee l'extravagant Don Quichotte, enfin de Sganarelle avec le scélérat Don Juan. »
Une grande partie de ces paroles pourraient s’appliquer à Jérémie. Il est en effet un valet moderne; mais plus modèrne que valet ! Assez original, sa création implique cependant quelques suggestions extérieures. Fa première est certainement Molière. Comme Sganarelle, mais à un bien plus haut degré, il possède la liberté d'esprit, esprit de contradiction à l’égard de son maitre. Mais cet individualisme va jusqu’à l'ironie et à la charge. DE ne se contente point de contredire ses maîtres ou de les
- gronder en lui-même, il leur fait des reproches et les persifle en face. Il fait toute une diatribe contre la carrière que veut em- ® brasser Valentin; il s’attaque aux livres, aux Wits et à la Bohème littéraire en y mêlant Valentin.
Jérémie attribue lui-même ce trait de son caractère au contact de Cambridge : nous le trouvons plutôt dû au contact de l’auteur avec Fletcher.… Car dans the Elder Brother, pièce déjà citée, Andrew (1), valet du studieux Charles, a la tête bourrée des noms d’auteurs et des titres de livres de son maître, et fait des allusions analogues à propos de la science et du besoin de manger et de vivre (2), aussi n’hésite-t-il pas à railler la science et le
(1) Cf. Andrew : He breaks his fast with Aristotles, dines with Tully, ect. I, 2. This passage seem to have been before Mr Congreve when he wrote the begi- nning of his play Love for Love. ; (G. Colman'’s ed.)
eo
(2) Ralph : Does he not study conjuring t00 ? And : Have you lost any plate, brother ?
Gilbert : Nay, but I Know I shall to-morrow at dinner.
maître par des réponses à double sens (1). SPAS È
L'idée du valet intellectuel certainement a dû être inspirée à Congreve par cette pièce. Mais sans emprunter une plaisanterie ni une repartie à Andrew, Jérémie dépasse de beaucoup celui-ci, comme il l’avait fait pour Sganarelle.
Le valet indépendant et pseudo-intellectuel de Congreve est par-dessus tout un impertinent sans pareil. Rappelons-nous seulement comment il agace et contrarie Sir Sampson, comme il
And : Then to morrow You shall be turn’d out of your place for’t : we meddle With no spirits o’ the battery ; they taste too small for us ; Keep me a pie in folio, I beseech thee And thou shalt see how learnedly l’Il translate him, etc. etc.
Ralph : O Heavens, why do I only search the secrets Of a sallad and know no farther ? L
And : They are not Reveal'd to all heads ; these are far above Your element of fire, cook ; I could tell you Of Archimedes ’s glass, to fire your coals with And of the philosophers’ turf, that ne'’er goes out, efc. The sects of Epicureans invented that etc. And this was out of Plato’s New Ideas, etc. etc. (II, 3). 3
(1) And : Would you have anything ?
Char : Andrew, I find There's à sty grown o'er the eye o’ the Bulr Which will go near to blind the constellation.
And : Put a gold ring in’s nose, and that will cure him.
Char : Ariadne’s Crown is away t00 ; two main stars That held it fast, are slipp’d out. s
And : Send it presently To Galileo, the Italian star-wright. He’ll set
it right again with little labour.
Char : Thou art a pretty scholar.
And : I hear thou art married. It hath pleas’d your father To match. me to a maid of his own choosing.. I doubt her constellation’s loose too and wants naïling, etc. :
Char : Marry thyself to understanding Andrew. These women are errata in all authors, etc. last, take your Lilly. 4
And : Shall I go home sir ? My wife’s name is Lilly ; there my best part lies, sir.
Char : I mean your grammar, oh thou dunderhead.
S’ ingénie de concert avec Scandal à pete Angélique, Tattle et Mrs Frail.
Cette note nouvelle, Congreve l’aura empruntée à Sir George Etheredge dont le « Saucy, impertinent servant to Sir Frede-. ærick Frollie » de « The Comical Revenge or Love in a Tub », Dufoy, est peut-être le premier valet moderne anglais, lui-même . inspiré sans doute de Mascarille. Mais tandis que toute l’impertinence de Dufoy se résume à quelques bribes de français et exclamations qu’il répète à tout bout de champ, celle de J érémie est une perpétuelle fronde. Il serait difficile de trouver un esprit de riposte plus aigu que celui avec lequel il brave Sir Sampson. x
Sir s : Why, there's it ; and music — don't you love music, scoun-
ab, drel.?
der : Yes, I have a reasonable good ear, sir... I don't much matter your solos or sonatas ; they give me the spleen.
Sir S : The spleen ! ha ! ha ! ha ! a pox confound you ! solos or -sonatas ? ’Oons, whose son are you ? How were you engendered -muckworm ?
Jer : I am by my father the son of a chairman ! my mother sold oysters in winter and cucumbers in summer ; and I came upstairs in the world ; for I was born in a cellar !( II, 1).
Donc ce qui frappe le plus, dans cet espèce de Figaro anti- cipé !.., c’est un puissant Dponnsne secondé par un esprit qui le ie souvent supérieur à ses maîtres et par une liberté d'opinion qui ne craint pas de leur tenir tête. Quelquefois le valet devient maître par une espèce de triomphe de l’esprit et de l ingéniosité d'action. Ceci a paru une se tAtons et beau- “coup ont trouvé Jérémie « trop poussé ».
De fait, Congreve a voulu réaliser en lui non un serviteur,
non un valet, mais un super-valet — un de ceux que pourrait avoir pan exemple un vieux savant légèrement libertin. En lui
Ce 1
rte
donnant des qualités qui ne sont pas trop au-dessus de. lui, x Congreve atteint en lui le type le plus élevé du valet moderne,
inauguré en 4643 par Corneille, immortalisé par Molière das ses: inimitables Mascarille et Sganarelle.
Après tous ces brillants caractères, des personnages comme: Scandal et Tattle ne peuvent pas nous arrêter longuement. Scandal, admirablement interprété. par Smith (Davies), est un rôle facile, « introduit comme un deuxième Manly pour flageller-
les vices de l’époque ». C’est justement pourquoi Congreve ne.
lui a pas donné trop d importance et lui a accordé le moins. possible de cet esprit qu’il a prodigué aux autres. Sa scène
caractéristique est celle du premier acte où il décrit à Mrs.
Frail les collections (1) qu'il possède chez lui : :
I have some hieroglyphics too ; I have à lawyer with a hundred hands, two heads and but one face ; a divine with two faces and one hand ; I have a soldier with his braïins in bis belly (2) and his heart - Where his head should be. ;
D’une Hole pars et cordiale, il fait un bon pendant à son ami Valentin. Tattle en est l'opposé, mais il est surtout un Brisk avancé d’un pas sur le chemin de la corruption (3) et de la
fausseté d’ un autre pas vers la vivacité et l’esprit. Miss Prue: aussi est un progrès dans la description des vices de la Restau-
ration.
Quant à Angélique, elle occupe une place à part. Cette « scorn-
(1) IEa note de collectionneur Congreve, amateur lui-même de Ce genre, n’à& pas eu besoin de l'emprunter.
(2) Ormond... a poor gntleman who puts me Shen in Fan of Scandal’ |
pictures in Congreve’ s play where a soldier is represented with his heart where: his head should be and no head at all.
Viscount Bolingbroke to Swift, March 17, 1718/19.
(8) Sparkish (The Country Wife) with all his fauits and absurdities is however: :
a much less offensive character than Taittle. (Hazlitt, Lectures on the English Comic Writers : Wycherley.)