‹ Un Classique Moderne William Congreve Sa Vie, Son ŒuvreChapitre 46 sur 70 · PEUT · texte numérisé non relu

PEUT

ne ne fut pas exaucé. cd He Car si le platonisme, un peu spécieux, de « The Mourning Bride » avait endormi le sens critique du docteur-poète, un autre moraliste plus puritain devait se montrer d’un esprit moins conciliant. de : î

Le cas so connu du fameux « Non Juror. » = impulsif À et baroque, puritain et jacobin — a été magistralement traité

; par Macaulay et Beljame, et après ceux-ci Mr. Gosse, pour ce qui est de Congreve, en a comblé — au contraire de ce qu on a prétendu (1) — avec habileté, nombre de lacunes. Il ne sera ere AU donc pas nécessaire d'y trop revenir.

Mais on a peut- être négligé le prélude de ce e drame passion à nel de la littérature anglaise, prélude qui, sans nous faire re

| monter jusqu’ au malheureux Prynne, nous montrera qu il y a

‘eu cependant des notes plus proches, suffisamment puissantes, L pour que Jérémie Collier se borne la plupart du temps à les

reproduire.

Il nous semble en effet que la in de livre. de Collier a été |

grandement surfaite. Ni en lui-même, ni dans ce qui le précède,

. ni surtout dans l'effet qu’il produit, son importance n’est celle

que lui a accordée, par une espèce de culte des héros, le génie

déclamatoire de Macaulay, après un autre grand rhéteur, Dr. :

Johnson, et suivi par des critiques, qui n’ont pas su se SOUStraire à l'influence de son esprit persuasif. ù

Son succès, car le pamphlet a eu évidemment ele ‘succès, est celui d’un scandale dans le 6 pate littéraire. La manière

: (1) No new light is thrown in this biography on the famous controversy between the playwrights and the Puritans. (Oswal Crawfurd « The Academy » Aug, %, 1888.)

La

dont Collier — complètement dépourvu d’idéologie, sans la moindre notion d’art, et tout aussi désorienté dans ses citations des classiques que dans celles des modernes — s’attaque aux personnes et taille dans le vif, peut bien lui Da quelque

valeur de circonstance. re er

Mais le problème. tel qu’il . posé, était plus ancien que . Jui. Point n’est besoin de le chercher dans la lignée de ses <onfrères mêmes, ces « Mysomusoi » pères de l'Eglise, qui remon-tent jusqu’au ‘premier siècle de notre ère avec les Quintiliens, Lactantius et Tertulliens. Eu |

En ce qui concerne l'Angleterre, la question avait commencé à s’agiter dès le règne d’Elisabeth, quoique des restrictions eussent été imposées bien auparavant aux troupes d’acteurs. A

ne Ja peste — un des motifs de ces restrictions — s’ajouta bien-

tôt le courant puritain.

Avec la Restauration, le puritanisme, vaincu de fait, est soutenu cependant et stimulé par la réaction même oi contre lui.

La campagne ouverte, menée contre tout ce qui ressembiait : à l’abstinence et à la pudeur, était plus révoltante que n'importe quel agissement des « blockheads ». La moindre manifestation de l'esprit critique, une plainte contre un acte du gouvernement, une trace de pitié pour la misère du peuple, une protestation enfin contre un acte arbitraire de la police, ne passait pas pour une manifestation de la conscience droite d’un citoyen libre, mais DORE celle d’un « esclave du préjugé » : le puritain.

| Cependant la corruption ne faisait que croître à la cour et . dans le public; le théâtre reflétait cette atmosphère et la rendait séduisante, aux feux de la rampe.

SE HAL j:

Ar règne en bise auêtère de. Giilisums et de la: reine

Marie n’a pas le. temps de réformer la société. a génération

école et Congreve, l’idole du temps, son disciple favori.

Fi précédente ne s'était pas encore éteinte et les écrivains comme " Dryden la continuaient avec l'éclat d’un imposant couclier de | soleil. Les écrivains qui auraient pu être nouveaux étaient de son

LR

L'attaque de Collier: en effet, moins l’ ennuyeux côté histo- 7 rique qui en ralentit la marche, et moins la furie religieuse qui 4

Je pousse à | une exagération compromettante pour sa thèse et ar

ie en fait un « violent fool » aux yeux des Leigh Hunt, se trouve chez le Docteur cité plus haut. Aimable avec notre auteur,

Blackmore était néanmoins impitoyable dans la défense du criterium moral dans P art.

Dès 1695, dans la ee du ones on Blackmore =

exalte la conception classique de l’art et, sans citer Ovide, sou- pire après les temps où les poètes étaient regardés comme divins.

Divins non seulement à cause de « leur furie et chaleur d’ ima-

gination » mais encore de leur mission : « de présenter le vice

comme la chose la plus PUTEUSe et la vertu comme la plus dési- . à

faute du monde ».

(1) I very seldom went. to the public theatres.… ‘as they are abused to an atheistical liberty : foul and undecent women now (and never till nOW) permitted to act. Re

RS

(Diary, II, 9). C’est toujours Evelyn qui dit que : « En 1661. les vieilles de 1

commencèrent à dégoûter l'âge raffiné ! ».

- | Après des. pages d’ es il passe à la comédie d’ alors, 5 __ « où les femmes des citoyens sont encouragées à mépriser leur mari et à lier des relations avec un monsieur comme il faut ou bel esprit » qui au fond n ”est qu'un « libertin fieffé ». C? est

un«

ainsi que commence le critique ; et, sans allusion aux personnes, -

il met le doigt sur toutes les plaies que Foie va mettre à nu, pour s’écrier : He

GA «ie est un déshonneur et une honte de faire servir la verve et le talent à rendre aimables les vices et leurs folies. »

Mais. faute de plus de « splendida bilis » le bénin poète se | décide, pour réagir contre cet état de choses, à écrire, non un ; pamphlet, mais un poème, modèle d’honnêteté et de bonne intentions, mais dénué de tout talent. C est tout au plus si — Aristote en main — il marque au fer rouge le chef de l’école

- qu'il a flétrie. Car Dryden a sa part dans les mots suivants : « C’est un déshonneur et une honte pour tout homme, capable d'être utile au monde dans quelque profession libérale et hon- . nête, de passer sa vie et de prodiguer son esprit à propager le vice et la corruption des mœurs et à chasser de la scène les plus saints asiles et les meHeueS œuvres de la rengion et de la

NOEL in F

Les trois ions du monotone poème One ces protestations pendant deux ans, quand, en 4697, à la publication du King Arthur, Blackmore faisant une heureuse exception pour Congreve, reprend, comme nous l’avons vu, en marge de cette -éloge, ses attaques à l’adresse des profanateurs de la scène.

| Mr, Gosse, citant cette préface de King Arthur — d’ailleurs moins importante que celle du Prince Arthur pour la lutte Qui va s’engager — nomme G. Merriton à côté de Blackmore.

ne. 192 e

| Celui-là, dans sa « « violente diatribe » »: immoralt, D

dates : au ne de ere — n rés en ét d’ annoncer ne dans son numéro du 47-19 Mai l'apparition du livre de Merriton (2), | el l'annonce de nouveau comme publié récemment ‘dans le nu: méro du 26- 28 mai. Merriton n’a donc pas précédé Collier.

D’ ailleurs son livre, dirigé contre {ous les vices sociaux (de- | puis le jeu de cartes jusqu’à l’adultère, de l'ivrognerie jusqu ’à ;

la procréation des bâtards, qu Al: combat tous à Coup de cita- A

| tions des Saintes Ecritures, S "occupe de tout sauf de théâtre, et A

n’est pas plus en question que « The Poor Man’ s Plea » in relation to the Proclamations, Declarations, Acts of Parliament etc.

which have been or shall be made. or published for a Reformation of Manners and suppressing Immorality i in the Nation ee le pamphet de Defoe, paru de même en 1698.

Est-ce pour dire que A short View est. venu plus à l’ improviste ? Pas du tout ! Dès 1694, Joseph Wright, dans son bizarre « Account of some discourses that happen'd in a visit to the

Country », s'occupe sous forme de « conversations Campagnardes » entre Lysander, Julia et Mitis, spécialement des comédies modernes, de l’ivrognerie, des traductions en vers, des peintres et de la peinture, des poètes et de la poésie. Dans ce fatras, qui

à es (1) Geneste dit : « 1697-98 ».

(2) Advertisements : this day is published « Immorality ».

SR

rappelle par certains côtés le livre de Collier, le sympathique . flâneur moraliste ne perd pas une seule chose de vue : li immo-

es les excès. Ne croyons-nous pas entendre Collier dans

des phrases comme : « Les pièces devraient être, comme elles

Pont toujours été aux époques les mieux ‘éduquées et les plus

| civilisées (4), des représentations morales; mais maintenant la

plupart de nos comédies nouvelles sont devenues de vrais ta-

bleaux d’immoralité ? » ou bien : « Les rôles et les caractères dans la comédie moderne sont d'habitude ceux de deux jeunes débauchés que l’auteur baptise «hommes d’ esprit et de plaisir » et quelquefois sont des hommes d'esprit et de bon sens (2) terriblement adonnés à la débauche et à l’ivrognerie, « la bouteille

et les femmes étant leur unique souci, quelquefois les femmes des autres ». Collier n’a-t-il pas reproché à Congreve d’avoir

fait maugréer continuellement le mari contre l’intolérable tour-

ment de la vie conjugale «ou d’avoir fait du cocuage le leit-motiv de la comédie moderne ? » Si Joseph Wright ne cite pas précisément « The Old Bachelor » ou « The Double Dealer » c’est pour citer leurs prédécesseurs : « She would if she could », « Epsom

Wells » ou « The Scowrers ». Mais il n’y a rien dans Collier, hormis son parti pris de prêtre, ui ne soit en résumé dans Joseph Wright.

Mais on pourra objecter que ce dernier est plus savant et d’un esprit plus lettré.. Rappelons-nous alors que l’année 1692 avait vu la réimpression du fameux livre que Thomas. Rymer

avait écrit depuis longtemps (été de 1677) : The Tragedy of the

Last age consider’d and examined by the practice of the An-

(1) « A short -View » mentionne aussi l’âge classique. | Sr (2) Le mot de Blackmore (v. supra),

cients and by the common sense of all Ages. N'est-ce pas. là le point de vue même de. Collier ? Veut-on le titre.même de son livre ?Il est dans l’attaque du même critique répétée dans À short View of Tragedy its excellency and corruption parue en 1693. Mr. Saintsbury (1), après Macaulay, qualifie à juste titre Thomas Rymer du cEAUe Ier plus stupide de tous les âges.

Mais sa valeur historique n’en est pas moins importante pour

nous, car ce n’est pas seulement par le titre de son livre — dont on verra, chose significative, les adversaires aussi dans le camp apposé à Collier — mais c’est encore par son catholicisme de méthode, par l’étroitesse de vues qu’égale seulement l’audace de ses coups de boutoir, par le sans-gêne avec lequel il s’attaque aux gloires et aux personnes consacrées, et surtout par son esprit de chicane qu'il vit tout entier dans le fameux « Non J uror DE <

Fletcher et Shakespeare sont aussi le point de départ de celui-ci et, si plus bénin envers eux, Collier ne dit pas qu’ « Othello » est une « bloody farce without salt and flavour » » c’est parce qu'il avait d’autres chats à fouetter.

Tous ces prédécesseurs, réveillant des polémiques assez vives parmi leurs confrères, avaient cependant laissé la conscience. du public tout aussi indifférente que l’avait laissée peut-être la première trompette de ce genre,-celle qui, dès 1685, avait annoncé l’ère des temps nouveaux. ee

La préface, de Robert Wolseley, à l’édition de 1685 du « Valentinian » de Fletcher, porte en elle un germe de compromis, il est vrai, le compromis des choses de transition, car l’habile auteur commence sa campagne morale, sous quelles bannières

(1) History of Criticism.

ee :

__croiriez-vous ? Celles de Rochester lui-même ! Mais franchis- É sant d’ un généreux élan cet obstacle, Je critique n’en ouvre

pas moins la noble lutte entre deux mondes : « Celui du génie vrai qui, semblable à une espèce de Anima Mundi à laquelle quel- ques-uns d’entre les anciens croyaient, traverse les choses les plus dures et les plus sèches, féconde l’âme la plus aride, modèle les matières les plus viles et les plus tponssantes, et est l’exacte et vivante expression de là nature ; et celui que combattent les. adversaires de Rochester, du libertinage éhonté.. qui n’est qu’une | pauvre prétention à l’esprit, pauvre prétention et non pas. expression vraie et vivante de la Nature même | je Mais toute cette lutte, depuis Blackmore jusqu’à à Wolseley, se passait sans beaucoup d’animosité et sans personnalité aucune; sans flamme ni pointe, sur un ton de généralité assez con-

venable pour que les beaux-esprits qui y étaient visés pussent

s’abriter derrière. Leurs publications venaient s’ajouter — avec plus de précision, il est vrai — à l’incrimination des siècles

contre l’ 'immoralité dans l’art, mais en s’attaquant au principe,

elles citaient à peine un nom contemporain.

Elles semblaient donc trop « littérature ». On les lisait, on les goûtait même et l’on passait.

Ce que l’on demandait, au contraire, c'était d'être méticuteux et concret, c'était d’être médical.

Le mérite de Collier est, croyons-nous, d’avoir saisi le vrai moment et d’avoir déclenché une attaque simple et expéditive. Ne demandons pas à son livre d’avoir été écrit d’une manière supérieure, ne nous exaltons pas sur ses « coups de foudre »,. ne nous illusionnons pas sur ses « brillants effets ».

D'ailleurs il ne s’agissait pas trop de cela. Il était question de secouer un peu le lecteur, et non pas de créer ; d’ajouter

tout au Aid à une évolution déjà commencée et non | pas à des

+: élucubrations dogmatiques. Que Collier soit parti de la première : … | alternative, c’est son mérite, qu'il soit arrivé à la dernière, c ’est. 5 son échec. NU Prrs

. Car ce e n’est pas avec un livre faït à coups de ciseaux et de colle qu’on peut porter, sur un terrain tellement battu un « terrible blast » — comme dit Mr. Gosse — et révolutionner en un clin d'œil toute une littérature anglaise. Mais Dr un‘scandale, cela oui, le « Non Juror » l’a fait. Collier, à à proprement. ee parler, ne se soucie guère de littérature et. quelque peine qu’il se donne, il n’écrit pas ! mais, ‘violemment et sans façon, il vous empoigne à la gorge le petit-maître à manchon et à fraise. C’est assez peut-être pour émouvoir l'Homme à la mode, qui n’aime pas voir ses accessoires de toilette chiffonnés. |

Ce n’est pas assez pour corriger l’homme, si c’était vraiment. le cas, et pour réformer une littérature ! ;

Les Congreve, Wycherley, Vanbrugh et D’Urfey, et mênie, peut-être, à force de vouloir, les vieux Dryden, étaient des hom- mes du monde. Collier a su comment les traiter. Elevés aux nues

-au milieu d’hosannas dithyrambiques et courtisés par une société qui ne savait pas si elle devait plus s ’incliner devant leur talent que devant le patronage des Halifax, enveloppés de len- <ens des autels publics. il suffisait pour amoindrir ces idoles : d’un geste de profanation !

. C’est ce que fait Collier; il les appelle par leur nom, l’un après l’autre, devant cet autel public et — à juste titre ou non — dénonce leur culte. C’est là sa campagne, c'est là son exploit.

Le lecteur, comme le critique moderne, qui néglige ce point

Fe

y se nous paraissent encore trop indulgents pour ses mérites. De

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