‹ Un Classique Moderne William Congreve Sa Vie, Son ŒuvreChapitre 47 sur 70 · AU | X · texte numérisé non relu

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e de vue, s'étonne que ce fameux livre paraisse si vide et si ano-

din. Macaulay le loue sans se rendre compte que, en lui, il fait

| - l'éloge de l’homme. Lamb, Hazlitt et Hunt qui ne sont pas dupes

du mirage, le trouvent injuste et borné; d’ autres, comme M.

La première partie, sur la dépravation de la scène, est un dou commun d’un bout à à l’autre avec. quelques superstitions

__ littéraires comme définition, et de nombreuses allusions à Sha- kespeare, Aristophane, Ben Jonson, Sénèque, Beaumont et

Fletcher, Plaute, Térence, auteurs dont il excuse les excès au

détriment de « Love for Love », « The Old Bachelor », « Don - Quixote » ou « The Mock Astrologer ». Il est sur le point de.

noyer Ophélia de nouveau, car le maximum de charité que le prêtre a pour Shakespeare est que : « si celui-ci avait conservé à la jeune fille, comme Euripide pour Phèdre !, la même modestie après lui avoir fait perdre la raison, toui aurait été pour le mieux ». à

Par contre, dans « The Old Bachelor », il y a quatre femmes dont trois des « whores »; les prologues et les épilogues

. modernes sont scandaleux au dernier point et plus dangereux

que les pièces mêmes, savez-vous pourquoi ? parce que, en les récitant, les acteurs quittent la scène et passent de la fiction à la vie ! « De plus, les auteurs modernes ont songé à accompa-

gner leurs pièces de chants et de musique. Or, cela est un mal-

heur ; car « le libertinage accroît son infiuence par les vers et la musique et double le crime en le mettant plus à la portée de

la fantaisie et de la pratique ! » (1).

1) La phrase d’un des prédécesseurs cités (v. supra).

Fe 1. LR LS

Eschyle. dans les Euménides, souhaite à toutes les vierges de se marier et de peupler la. terre : « Voilà un raoyen merveil- : leux de traiter le sujet de Jamour. Lay (sic) ; et, n cependant. db pèse si bien ses mots que ses vœux contienr:ent ur allusion à

la sobriété et portent en eux l’aspect de 11 vertu », tandis. que Lord Touchwood (quelle dent peut bien avoir C ollier contre le

pauvre home — le plus inoffensif des héros de Congreve 2} — en cette occasion « est impoli et pédant ! » (sic).

Ménélas et Hélène, après une longue absence, expriment aimablement (handsomely) la surprise de leur bonheur; leurs plüs tendres paroles n’ont aucun sens libidineux. si Osmyn et Alméria s’étaient séparés, d’une manière aussi polie, cela aurait été bien mieux. La déclamation des obscénités et des profanations aurait été évitée au lecteur ! Et Collier donne comme image de l’impudeur dans « The Mourning Bride », devinez quels vers ?

O my Almeria, : < What do the damn'ä endure but to despair, But knowing Heaven, to Know it lost for ever.

Collier fait encore quelques citations tout aussi révoltantes. Il devient sarcastique et voici un échantillon de l’esprit ironique qui à d’ailleurs charmé Macaulay. Citant de la bouche d’Alméria deux vers que n’importe quel poète serait heureux d’avoir faits :

O ! I am struck, thy words are bolts of ice Which, shot into my breast, now melt and chill me. e

le prêtre s’écrie (Hans lui la parole).

« Bolts of ice ! Yes most certainly. For the cold is struck up into her head, as you may perceive by what follows : :

Fe

Pi

RE Chatter, shake, and faint with thrilling tears. (1)

« By the Way is a migthy wonder to “is a woman chatter !

On croirait vraiment bre ü un livre humoristique ! Dans tous ls

cas, on trouverait difficilement un philistin plus drôle qui se es

prenne au sérieux. Terminant ce chapitre dont nous regrettons de ne pouvoir citer chaque page et au sujet duquel un critique anglais comme Mr. Gosse dit cependant que « il se trompe rarement et donne rarement des coups dans l’eau », nous arrivons au‘chapitre de la profanation de la scène.

Ici la bouffonnerie est au comble ! Collier traite du blasphème et du juron sur la scène, des abus contre la religion et les Saintes Ecritures. Reproduisant en caractères gothiques le passage de la « Bible 3, Jac. 1, cap. 21 », comme une loi contre

eux, il s'attaque aux expressions courantes comme « god’s blood », « s’god » — des expressions quotidiennes de l’époque qui se trouvaient dans la bouche de tout le monde et dont l’usage avait effacé dans les oreilles de tous, sauf peut-être des... éthymologistes — toute trace d’origine profanatrice.

Dans sa fureur chrétienne, le grand orthodoxe devient païen et prend la défense de Mahomet par lequel jure Wildblood dans « The Mock Astrologer » ; ou de Moïse, en protestant contre sa mise en scène dans Don Sebastien et contre l’idée de le comparer à Mustapha. Sur les mots exprimés par le même ie poète dans la dédicace de Juvenal et Persius :

« My Lord, I am come to the last Petition of Abraham », - Collier fait le comméntaire suivant, pimenté de sa fine ironie : habituelle ! : « Here the poët stands for Abraham and the Patron

(1) Quel vers, d’ailleurs, pris séparément, n’a pas l’air gauche.

un pp e

for God” Almighty ». AU sujet de la réponse de Scandal à | Mrs. ee

Foresight « He will die a martyr rather than disclaim his pas- sion » le vénérable père révoité de la profanation du nom de Martyr s ’écrie : Here we have adultery dignified with the style of Martyrdom as it was honourable to perish in defence of

Whoring as to die for the Faith of Christianity ». |

Que dire de Ia sainte Ho ep qui saisit le pasteur au nom de « Angel of Light » ‘dans la bouche de Worthy dans « The Relapse », ou de « Providence » dans la bouche de l’ineffable Sir Plyant dans « Love for Love » ou de « Samson » dans la bouche de Legend dans la même pièce ? A côté de cela, un des passages les plus géniaux écrits par Congreve « { am Truth ».. etc., de la scène de la folie dans « Love for Love », est certainement un blasphème, car il met les paroles du Sauveur dans la bouche d’un fou l...... À propos de cette partie, Mr. Gosse, par un préjugé inexplicable, après Macaulay, dit qu’elle montre Collier «at his best » (1), Leigh Hunt y trouve au contraire l'image

exacte d'un « halfwitted and violent fool ». Nous nous rallions de tout cœur à ce dernier. :

Quant au chapitre IIT, « Abus contre le clergé sur la scène », nous ne pouvons pas dire que Collier y soit « at his best » mais qu’il touche au sublime ! Même Mr. Gosse le trouve ici « very funny ». Nous, nous y voyons un maniaque qui n’aperçoit | partout que des soutanes et des hommes qui ne peuvent ouvrir la bouche que pour les profaner. Vanbrugh est ici étrillé sans pitié, comme l’est aussi Dryden, Ben Jonson sans parler de Congreve.

(1) I1 ne trouve Collier exagéré que dans son emportement contre 1 phrase du « Mock Astrologer », « One of-fhe devils, I warrant you has got à cold, : With being so long out of the fire : ».

re

rh TO see ï : à 1 |

-L’auteur recourt à la gloire du classique « vates » de l’Enéide pour protéger le pauvre « chapelain » obligé par les messieurs [ci-dessus à célébrer des mariages sur la scène.

Dans le chapitre précédent il avait étendu sa Hoi protec-

trice sur Mahomet et sur Moïse, ici il prend la défense du Bœuf -

Apis même contre les blasphèmes de la dame dans Cleomenes : :

Accurs’d be thou, grass eating fodder’d God . Accurs’d thy Temple, more accurs’d thy Priests ! > 2 N

: de même que, après quelques. jeux d’esprits, il prend le parti des étoiles, dans l’Edipe de Lee, les étoiles que. sphere n’au- rait pas condamnées, comme Dryden : REA

That so the Tempest of my Joys may rise By just Degrees and hit at last the stars.

-" et s'épouvante à l’idée d’un DOER DIS attentat contre les oreilles des Dieux antiques :

Yet further, let it pass your darling Roof, The Mansion of the Gods and strike them deaf With everlasting peals of thundering joy.

Le chapitre IV continue ainsi : « The Stage Poets make their principal Persons vicious and reward them at the end of the Play. ; Collier n’aurait pas pu avoir de point de discussion plus sérieux; mais l'excès, le parti-pris et la confusion complète qu'il fait entre l’art et la vie le mènent à critiquer même le dé- - nouement le plus heureux que puisse jamais avoir une Comédie, celui de « Love for Love».

Il lui semble que chaque pièce est une conspiration des méchants ; il ne comprend pas ce que veut dire une Comédie et ne fait pas de différence entre vice et stupidité, réalité et ironie, ridicule et pitié; il voit l’adultère dans chaque allusion au

Ca

—202— En or.

cocuage et un attentat aux mœurs toutes les fois qu ’on les flagelle. Dans un trait d’esprit ik ne voit pas le double sens et, alors, le mot de Bellmour « Curse of all tender hearted women » dans «The Old Bachelor » est tout aussi dangereux qu’un blasphème dans la bouche d’un criminel !

Que dire de l’abjection des titres de noblesse sur la scène ss

Les lords sont ridiculisés et représentés avec des caractères bas,

comme dans The Double Dealer. « Pensez donc ! Mustapha et Don Sebastien vendent Don Alvarez comme esclave ! N'est-ce pas un blasphème ? » « Il me répugne, dit-il, de voir des hommes de qualité dégénérer de la sorte; et remarquez que ces libertés sont de création récente, elles ne sont pas dans les Comiques

Latins ni dans les Comiques Anglais, sauf dans les poètes ac-

tuels, comme le montre « The Plain Dealer ». Quant à Molière en France il lui en sait infiniment gré « de ne pas frapper dans sa satire plus haut que les Marquis ! » (sic). Peut-on imaginer”

plus faux sens historique des choses, plus étroite conception de

l’art, un parti-pris moral plus obtus et plus ridicule ?

C’est avec de pareïls bistouris que Collier commence ses

dissections individuelles, et s’en prend successivement à « Am-

phytrion », « King Arthur », « Don Quixote » et « The Relapse ».

Les rapporter serait reproduire en petit les échantillons que nous avons vus en grand jusqu’à maintenant. Dans un dernier chapitre, toute l’érudition de l’auteur qui passe de l’Hellade à l'Italie, de Londres à Jérusalem, se concentre dans des citations pour faire ressortir sur cette matière l’opinion des païens,

(1) Mr. Gosse cette fois prend à partie Collier et fait remarquer que l'exemple n’est pas fondé, car dans la comtesse d’Escarbagnas par exemple, il n’y a que. de l'aristocratie d’un bout à l’autre de la pièce !

l'opinion de l'Etat et celle de l'Eglise. La conclusion ne man- quera certainement pas d’ être convaincante !

A1. yalà ; en 189 pages, un des livres les Dit ridicules qu ait sie produit écrivain dans la littérature du monde. À chaque

page on se heurte ‘aux préjugés, à la mauvaise foi, au parti-

pris et à la fausse érudition ; la naïveté prend des poses savantes, l’étroitesse de pensée se drape dans une majesté biblique ! On . parle au nom de l’art, et il n’y à pas une ligne dans laquelle on analyse un caractère dramatique, on critique lä langue et les expressions des auteurs, mais il n’y à pas une émotion pour le beau, pas un tressaillement pour la création littéraire chez l’homme qui, pour discuter des mots, devait au moins être à même de les comprendre. On fait le procès de toute une littérature comique et on parle de l’Tliade et de l’Enéide ! Imbu de la conception pédagogique d’une esthétique surannée (1), on voudrait alors écrire une comédie pour instruire les princes et honorer les prêtres. C’est confondre l’art non seulement avec la morale, mais avec la religion et l’église elle-même, avec le -Jutrin anglican. Devant ce lutrin, ce n’est pas un prêtre qui parle, mais un énergumène. Macaulay reconnaît qu’il possède tous les degrés de li ironie, toutes les formes du sarcasme. Pour nous, ce chapître de « Beotia rediviva » est un « sottisier universel », le lieu géométrique de la bêtise littéraire; il nous ramène à l’âge de pierre de la littérature et le suivre c’est faire table rase de toutes les acquisitions du génie créateur sur la brute morose et superstitieuse. 1

Si le Puritanisme a touché au sublime dans le Paradise Lost

(4) Le seul point d'appui de l’esprit désemparé de- Collier.

an

ss.

il a atteint le grotesque dans « A short View » de Collier. Il est grand dommage que celui-ci ne se soit pas borné au rôle de … pamphlétaire. Son génie — s’il en a eu — était fait pour brusquer ef non pas pour ie pour ternir.. et non Pass pour : prouver. TAUX ner 1

: Comment se fait-il alors que ce livre ait eu, ou tout au moins se soit attribué le succès dont nous avons parlé ? Laissant de côté le préjugé qui a entretenu en sa faveur l enthousiasme puritain Si acerbe en Angleterre et qui atteint son plus haut degré dans la personne imposante de l’historien que nous venons de citer, son succès tient justement à ce que nous venons de dire; son caractère particulièrement polémique (A) personnel et scandaleux. Il a impressionné les scribes- et les mondains; mondain et actuel, il s’est nourri de commérages et . de racontars. Le temps l’a ainsi porté sur ses ailes d’une époque à l’autre. Une littérature qui s’intéressait plutôt à à l’homme qu’au sujet, de même qu’une. critique superstitieuse, 1 ont adopté sans l’analyser et commenté sans le RUE L’ impor-

tant était de continuer la légende. LE

Or, cette légende dit que le coup a produit premièrement une panique, une espèce d’aphasie, de mutisme, chez les écrivains. Dryden le pontife de l’enfer stigmatisé a baissé pavillon. Congreve est resté pétrifié ! Tout le monde donnait son. avis, personne n’osait prendre la plume.

Cependant le livre se vendit « comme du pain frais »; il eut un succès que « Absalom et Achitophel » n avaient pas connu !

(1) Aussi Beljame, que Mr. Saintshbury loue pour son magistral compte- -rendu, en analysant, le livre ne se laisse fasciner que par le RQuEASE et l’intrépidité de FAngheeR et du Tory qu'était, à la fois, Collier,

Er al

Ce. .. se borne à L trois éditions Fee une année. « The Old Bachelor : » en avait eu {rois en un mois. À supposer même que ce fut. un succès, était-ce autre chose qu’un succès pour ainsi dire mondain ? Amenait-il un changement sinon dans la littéra-

ture du moins dans le monde littéraire ? A {

Ilest à | remarquer que tous les écrivains célèbres de l’épo-que, même ceux qui y étaient directement visés, ne relevèrent pas tout d'abord |” apparition de cet ouvrage. Les premiers à le signaler furent les gazetiers et les. pamphlétaires. Ils voyaient

__ que la mise en jeu avec tant de fracas des noms et des pérson-

nes marquantes était justement ce qu’il fallait à leur plumes

d’oie ! — et au moment même ou Charles Gildon, le pamphlé-

“taire affairé qui s’accrochait au pan de l’habit de Dryden, de

Dennis et de Congreve, dans l’espoir de se faire un nom, se croyait obligé de redresser les fraises chiffonnées des poètes

dans les deux pages qui terminent la préface de « Phaeton or

the Fatal Divorce », le succès de Collier, dû au scandale qu Al soulevait, était consacré pour toujours.

Gildon lui-même ne lui aurait pas répondu dans le mois si son livre n’était paru juste au moment de l'impression de sa tragédie. Il venait fort opportunément comme une oOCCasion de réclame à sa propre pièce. Annonçant une réponse plus lon< gue, Gildon se borne pour le moment à citer quelques aberrations du furieux « Histrio Mastix » à propos de Vanbrugh et - Congreve; lui reprochant de ne faire que des demi-citations et de - donner des interprétations fausses, forcées et coupables, à des paroles innocentes, il l’accuse d’ « immoralités, profanations, et blasphèmes encore plus grands ». Cette affirmation montre

… de quel point de vue Congreve — qu’il cite — et avec lui d’autres

eu

personnes sérieuses considéraient la situation. Après Jui vint le gazetier Motteux avec « The Beauty in Distress » non pour

entrer en lutte à proprement Lee et pour porter un coup quelconque, mais pour poser à l’occasion de sa pièce, le problème en principe, et l’élucider, dans un « Discourse of the

Lawfulness and Unlawfulness of Plays, lately written in French by the learned Father Caffaro (sic) Divinity Professor at Paris,

sent in a Jetter to the Author by a Divine of the Church of

England ».' Dans sa préface, Motteux exprime l'espoir que la

tragédie de Lincoln’s-[nn-Fields contiendra « no SmUt, NO PrOfaneness nor immorality »; il reproduit ensuite la consultation du théologien français François -Caffero, qui avec force cita- tions des Pères, de St-Ambroise à Albret le Grand, interprète, d’une manière beaucoup plus large et plus généreuse, les règles de prohibition lancées depuis des siècles contre le théâtre et les

Acteurs. : | | \

Mais ce n’est pas une polémique, c’est un document pur et simple où le nom de Collier n’apparaît même pas.

Mais il y avait malheureusement encore d’autres brouillons. L’insignifiant Thomas d’Urfey, l’amuseur d’antan qui avait, par des chansons obscènes, charmé l’oreille de Charles II et avait senti le bras du monarque s’ appuyer par plaisir sur son épaule, était trop susceptible et mondain pour admettre d’être ridiculisé, froissé par des pointes de si basse provenance. :Il sera donc le premier à mieux s’accuser, dans une défense filandreuse où il annonce qu’il va attaquer J'adversaire et se vante d’être depuis des années au mieux avec les plus grandes figurés de l’église ! Se à Re | x

Le mot de « Pygmée » de Collier l’avait piqué au vif, mais

La

D pps.

en voulant y répondre, la préface à « The Campaigners » ne fit qu’en prouver l'exactitude.

De là, à un pamphlet spécialement consacré à la question, il ny avait plus qu’un pas ! 4 Vindication of the Stage paraît dès le mois de Mai et cela pour faire croire à Mr. Gosse qu'il n’est ni plus ni moins.que sorti de la plume de Wycherley (1). Les raisons de Mr. Gosse sont au nombre de deux : « que Wycher- Jey se trouvait à cette même époque à Clève en Shropshire, assez près donc de Staffordshire » pour pouvoir dire dans les

premières lignes » que le livre de Mr. Collier a fait grand bruit

chez nous en Staffordshire ; ensuite que « l’auteur défend Con-

greve, mais ne mentionne personne d’autre. Wycherley n’aurait certainement pas pu, dans un pamphlet tenu strictement anonyme, parler de lui-même, ni se croire obligé de prendre la défense de Vanbrugh, un jeune homme qui était entré dans la

lice après sa propre retraite, tandis que Congreve était un de

ses amis intimes ».

Le premier argument, comme le dit Mr. Perromat, critique

récent de Wycherley (2), et qui repousse absolument le thème de

Mr. Gosse, n’a aucune chance d’être dans le vrai. N'importe

qui de mille autres endroits, même plus proche voisin de Con-

greve, aurait pu dire la même chose. D’ailleurs la phrase citée n’a évidemment pas l’importance qu’on lui atribue.., elle sert simplement d'entrée en matière.

Le deuxième argument n’est pas plus heureux. Qu'est-ce qui aurait pu pousser Wycherley à écrire un pamphlet pour la

défense de son ami et à le tenir « studiously anonymous » ?

(1). L'erreur procède de Macaulay qui en fait de même pour Settle dont il n’y a pas de trace dans ce différend.

(2) Sa vie, son œuvre.

ue Loguie à ie

Est-ce que cela ne ba aurait pas fait plus d’ honneur de Jui ion ner enou de son nom, d° autant plus que dans le pamphlet

Collier en parle à peine et le ménage plus que tout autre % Avec ee

l autorité que cette exception donnait à son nom, la mise de ce nom même sur la couverture d’un pamphlet n’en aurait été que mieux venue, Mais Mr. Gosse dit plus bas que « il ya a quelque chose dans le ton du pamphlet et dans la manière d'y faire appa- -raître le nom de Congreve qui lui fait croire que le pamphlet était tellement conçu pour qu’on pense que Congreve Jui-même en serait l’auteur. »

Ici nous ne comprenons plus Wycherley, car ou bien il veut obliger son ami intime, et, alors il ne pouvait pas re. de la part de celui-ci, ou il ne pense pas à lui, et alors ne prenant ni sa propre défense ni — comme on nous à dit — celle de Vanbrugh, pourquoi l’aurait-il écrit ?... En fait, Wycherley ne se souciait pas de répondre à Collier, ni surtout d’être dés pre- | miers à le faire. Il n’avait pas d'intérêt spécial, car la place qu'il occupe dans « a short view » est infime et, par là, plutôt favora- “ble et, s’il pouvait avoir des griefs contre Collier, c’était plutôt de l’avoir un peu négligé !.… | |

Comme le dit aussi Mr. Perromat, le pamphlet est écrit avec l'intérêt et la vivacité d’un adversaire trop jeune et trop nouveau dans la lutte pour y voir le blasé et l’homme retiré des lettres qu'était Wycherley à cette époque. D'ailleurs rien dans ses œuvres en prose ne nous autorise à tirer des conclusions en faveur de semblables recherches de style polémique. Quant à Congreve, si quelques rares références nous le montrent en relations avec Wycherley, les deux « Beaux » étaient séparés. par toute une génération et par l’évolution inverse de leurs des-

sans une certaine ne et sans y trahir une préalable 0 conni-— . vence avec le poète. |

> Mr. Gosse dit que l’auteur avait écrit son da avec . l'intention de le faire passer pour l’œuvre de Congreve luimême. Mais cette intention ne se comprend guère dans un pamphlet anonyme en « sa » faveur. On eut mieux compris qu’il se

+ déguisât pour se défendre sans scrupules. Ce que le “critique anglais veut dire € est que l’auteur anonyme, d’accord proba-

. b! ement avec Congreve, tenait à y suggérer que ce dernier con- Ée sidérait 1 affaire comme trop insignifiante pour . répondre en 1 personne. At | : Or, ous un V avait déjà fait peu auparavant, c ’était Charles Gildon, celui qui dit dans la réponse hâtive que nous avons mentionnée, au sujet de la mauvaise foi de Collier : « l dare in Mr. Congreve’ s name, assert that the impious design which this author has coin’d out of his own head, was far from his thoughts and where there is any way to think well of à man, that way ought certainly to”be taken, both ve a Christian and an honest man ».

C’est, . nous allons le voir, l'essence même de la | réponse que Congreve est enfin obligé de faire plus tard; et certainement Charles Gildon qui avait recherché et possédait depuis longtemps l'amitié du poète, était, avec son esprit pamphlétaire, tout indiqué pour retirer les marrons du feu en faveur

. de celui-là.

Dans la même préface, Gildon annonçait ensuite une « Vindi-

i78 idee très fs étant donnée r entièvrement qui croi ss: a eutour de l’ ue VE

SD il est anonyme, raison de 7. ! C’ était la manière io d’ écrire de Gildon ; anonyme était le Phaeton, ‘anonyme la ar # mière réponse annonçant la deuxième. (4) |

De plus, la vivacité et le ton piqué du pamphlet en ne le

pendant de la première réponse. L esprit en est le même; iden- WE tique en est l’attitude vis-à- -Vis de Congreve, identique la mé- En

thode. Dans la préface du « Phaeton » le deuxième Chat commence ainsi : ù ie

« The principal Heads of the Bo0k are RAT in the nn

desty, Profaneness and ose of the Stage and the a. being here abus’d. À word to each.

Dans « À Vindication » nous lisons :

« His chief objection against our Plays are, that they are :

= immodest, profane, and immoral, and that the sacred order |

of the Clergy is abus’d and ill treated. I shall endeavour to Say something of these heads. » | FD ;

Ne nous semble-t-il pas entendre le même homme ? Les autres pamphlétaires ne commencent pas ainsi. Dans la première réponse, Gildon exprime ensuite une affirmation toute personnelle : |

« The first point I can say little to, since he is no init to be any further particular, than to make References to several Plays which I have not by me at this time. » He

(1) Comme aussi : « À comparison between two stages », etc.

Rte Les même Ses se trouve dans la deuxième réponse, dont lle forme en partie la substance : « But I think there is not | really that strength i in them (« in his quotations ») as he fancied, RE I shall endeavour, as well as I can, to show, under the

disadvantage of all manner of assistance from Books; nay, Po

: cannot so much as procure those Plays he so eh con-

demns. » Plus loin :

«To insinuate himself en the ladies, he has taken, in, my opinion a very awkward method, for with all the Persons of the highest quality, Virtue and Learning of the other sex, he has fixed an Infamy (I mean to his little Power) on all the ladies of Honour, Piety and Sense, who remarkably encourag’d those very plays he would render so monstruous. He must argue them guilty of want of Honesty or Understanding for tho” they are not by blushes or any publick indication in the Teatre, to show their dislike oh these things, yet by their absence they | ought to discourage Blasphemy and such Obscemity that our modest Author dare not transcribe. »

L’argument est complété dans la deuxième réponse :

«This way of complimenting them on this account is something odd but that is not to be regarded in him. He well knows that several of those Plays he condemns are immediately dedi- cated to Ladies of highest quality and almost all of them have gain’d the Approbation of the Fair Sex. Now by his pretending to find these faults of Smuttiness and Obscenity, he very boldly asserts that they encourage and are pleased with the Crimes; this every one must own is very obliging civil and well bred. »

Annonçant dans la première réponse le persiflage contre le

Clergé et r D. dans la Comédie Anglaise, Gitdon di: «BR in this more hereafter. » a FE dat,

Dans le pamphlet en question ce point est l'objet d'un déve 5 ne essentiel. EU LE : PAR

En terminant ue la drone du Phacion, Gildon annonce de nouveau qu’il publiera sa « Vindication of the Stage » in which. I question not, but I shall make evident that the wit of ÉA man can invent no Way s0 efficacious as Dramatick Poetry to ; advance Virtue and Wisdom and the RIRE Duty of an English ns man ‘the love of our country”.

La dix dernières des vingt-neuf pages du pamphlet S’ OCC- ; pent du « the chief end of comedy », et avec des exemples tirés. be Anciens et de l’ Histoire romaine, il argumente sur les trois.

< Intentions of Human Life, Profit and Delight » auxquelles is n’avait pas pensé un seul moment ; il parle de « Ontward Senses » et de « Our Souls » et en donnant à la tragédie sa valeur humaine, il ajoute : « Nor is Comedy without its Excellencies which being a lower and more natural Representation than Tragedy, discovers to us. the Daily Affairs we meet with in the world, and if Tragedy scares us out of our Vices, Come Will no less shame us out of our Follies. »

Quant à l'esprit io et l’amour de la patrie, « the: theatres are the Pulse of a Kingdom : when the one is at its. Height the other is at its full glory and when the one is mean and disagreeable tho other is sure to be poor and low. » — Parexemple : Athènes. En ce qui concerne les personnes qu’il cite: tout aussi peu que dans le premier essai, Congreve, s’il ne le défend pas avec l'intention évidente qu’on lui a attribuée, n'en occupe pas moins la première place, et les mêmes accusa-

re gion when he made Varchtine in his madness say he was matter, and if he did not, Mr. Collier is due of- falsehood and

e Slander. »

En résumé, un examen plus minutieux montre que la réponse - la plus intelligente sinon la plus savante faite à Mr. Collier, « À de vindication of the Stage », ND est que la répétition, sous le nom He à peu. près à Ja date annoncée, de la première réponse … adressée à celui-ci dans la préface au « Phaeton ». Cette reprise Es était faite, sans doute, avec les développements d° usage et avec : le même genre d’ érudition, par celui qui, dès 1694, avait pris à De cœur de défendre les Modernes contre les Anciens. (1) |

Une semblable réponse satisfaisait la plupart des gens, ele constituait une mise au point assez objective, pour faire abstraction des personnalités, si la plupart des littérateurs n ’avaient se friands de scandale.

= Collier va donc s ‘honorer prochainement d’un nouvel adver-

. saire. .… Un sexagénaire en marge de la littérature qui, en 4697, avait eu un piètre début, comme auteur tragique, s’en faisait un “titre pour défendre la scène contre celui-ci. (2)

Sans ajouter un point nouveau au livre de Gildon, le juriste E. Filmer commet l'erreur de donner à Collier une importance exagérée et de discuter gravement des lieux communs et des préjugés. Et voilà alors l’impatient et personnel Dennis qui

(1) Ch. Güildon. « Miscellaneous letters and essays on several subjects », (2) Defence of Dramatic Poetry. Review of Mr. Coilier’s view.

th » « ’This very probable Mr. Congreve intented no such

ane

est entraîné dans Ja lice. Dans « The Usefulness of the Stage » il met 143 pages, pour démontrer que « le théâtre est Pinstru ment du bonheur humain, spécialement du bonheur des Anglais ne

(sic) et n’a pas peur d’affirmer que « personne ne peut raison-

nablement se faire l’avocat de l’immoralité, de l’immodestie où.

de l’aride et inutile profanation justement condamnées sur la

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