‹ Un Classique Moderne William Congreve Sa Vie, Son ŒuvreChapitre 8 sur 70 · A TR · texte numérisé non relu

A TR

(1) Steele : The Tatler N° 9.

comédie de mMŒUTS ; ei essai ne réussit nd pas mieux que dans le cas de Sir Wittol. Personnage de convention mais bien vivant — et c’est ce qui le rend supérieur à. Sir Joseph et à Bluffe — Eondleite, est un mari faible” et jaloux, d'autant plus “trompé qu’ il veut être plus prévoyant, plus impulsif et plus énergique que. George Dandin, mais non moins borné et ridicule. Sa: qualité est d’être servi « à la sauce piquante »,. comme le dit Davies, et voilà en quoi consiste 1’ originalité vraie de Congreve, dans son cas, comme dans les deux précédents. = C’est tout ce qu’on peut également dire de Heartwell. On a vu. =. en lui un caractère et des critiques allemands, comme les Dr. - Schmid et Dr. Al. Bennewitz ont été porté à | voir en lui le Misantrophe de Molière. Mais il n° y a chez Heartwell ni haine du. genre humain, ni. passion de la vérité, ni force de croire, ni. constance de caractère, ni cette belle austérité qui le pousse de. l’abnégation; — rien enfin de ce qui fait d° Alceste un homme supérieur (1). , | ne RP Se

Seul le fait qu’'Addison a pu le comparer au Jovi « woman

hater », Will Honeycomb, le galant qui finissait par tomber

dans les filets de la fille d’un fermier (2), nous montre que nous ne devons pas prendre Heartwell trop au sérieux.

Il n’a même pas la profondeur ou le contour de caractère de Sganarelle du « Mariage forcé ». La sénilité de celui-ci n'a rien du sentimentalisme moral de Heartwell et, ridicule DRE 7 son amour, il est un sot d’autre catégorie et dans une autre

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(1) Steele voit en lui : « The Teluctance of the battered debauchee to come -

into the trammels of order and decency », The Tatler, no 9, April 1709 te pas Añdison » — Aitken),

(2) The Spectator, n°0 58, Nov. 1712.

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dei doc son désir de polariser autour. de ee . le s atomes de Molière voit encore en lui Don Pedre

mes Savantes 0 où Sue do Malade ro ? Tout visiliséà : amoureux aura quelque chose de Heartwell, et de la sorte nous

de pouvons arriver à Sylvestre Bonnard ! Mais Heartwell est tout aussi éloigné de l'esprit tyrannique de Don Pedre qu ’il l'est de la classique bonhomie du héros d’ Anatole France ! Tout autre

est l'essence de sa nature. Il est puritain et ce que Congreve a voulu faire c'est moins créer un type que satiriser une caste

se abhorrait.… D RSS te A

— Imcongru et ouiion, Honn ts n’a de clair en =. que +

| duplicité (4). oil critique | la débauche et l’amour, fait le censeur

de la jeunesse actuelle et, plus débauché qu’elle, il fait la COUT à une femme dépravée. Il se prétend vertueux et se fait des leçons morales toutes les fois qu'il franchit le seuil de son

amante. Mais entré chez elle, la musique, la danse, les baisers fe

séniles l’intéressent plus que tout au monde. Le résultat en est que, ennemi juré des mariages à à la mode, il en contracte __le plus licencieux. Le fait que Congreve lui inflige — quoique d’une manière fictive — cette punition, nous révèle suffisam-

ment toute la situation. Heartwell n’est pas un homme, mais

un prétexte de satire sociale, une charge à à l’adresse des hypo-

crites pédants et des moralistes rancuniers. L'auteur ne va pas

plus loin et le dernier pas qu il fait est de donner au type une teinte poone IL ne pénètre pas plus profondément dans les rouages

= 41) Sir Philip Freewit « The Marriage — Hater Matched » de d'Urfey, de la même année, trahit la même tendance anti-puritaine et la coïncidence n’est est pas forfuite. Pour le reste la pièce de Congreve n’a rien à faire avec celle de

son confrère, pas plus qu'avec « The Whoman Hater » de Fletcher, dont la trame et

71e CATACIERE sont tout autres.

de sa machine humaine. Ji les nee même — tar que, entraîné par la satire, il nous montre Heartwell — mis à nu — tout aussi grossier et licencieux dans son langage que € débauché et bas dans ses actions. Aucun homme de la taille d’Alceste ne se. permettrait de dire que, « viril », il a tout autant de vif-argent

dans les membres qu’un jeune homme, FR moins d’ adresser

à Bellmour après la célébration du mariage les paroles les plus crues et les plus impertinentes. Le but de Congreve est È de montrer que les hommes à la Hartwell, à l’épreuve des faits, sont tout aussi vicieux, sinon plus vicieux même que les pécheurs ordinaires — fautifs mais sincères. jar

Plein de contradictions, Heartwell réalise ce but et par cela

même il devient unitaire. Sans être done ni un homme, ni un

caractère, 1l est une caricature, la caricature d' une idée, exa= gérée et déformée selon l'intention du poète, et non d’ après le 2 modèle de la réalité (1). ARC ;

C’est ce qu'a voulu dire certainement le ss sinon toujours fin critique qu’a été Johnson en le nommant : a fictitious character » (2). Mais une fois sortis de la farce, nous entrons en pleine comédie de mœurs avec des caractères de

coquettes et de galants. L'auteur n’est plus retardé par les

réminiscences, ni entravé par les limites de la farce; il charge

à son gré son tableau des plus vives couleurs de sa palette. Il est

à remarquer que le type le mieux réussi de la pièce n’est ni le

(1) I n’y a que de. la satire — avec l'intention de prouver la brutalité du Ù type puritain, — dans les paroles si peu naturelles chez un homme comme Heartwell : ê F

« Damn your pity ! But let me be calm a little. How have I deserved this of you? any of ye? Sir, have I impairéd-the honour of your house, promised your sister marriage and whored her? Wherein have I injured you? Did I bring à physician to your father when he lay expiring and endeavour to prolong his life and you one-and-twenty? » (V, 5),

(2) Ce que Davies désapprouvera plus tard.

Ga let insouciant, ardt, et spirituel, plein de vie et d’aplomb, > ue et irrésistible, il est le libertin accompli chez lequel l’art et l'intelligence font “excuser l’amoralité et chez qui la jeunesse : triomphe des préjugés. et s'affirme envers et contre tous les dogmes. Congreve a dû le rencontrer dans son entourage. Peut-

Produit d’ une ‘société de raffinés, de sensuels et d’oisifs, il nest pas l’ homme mênie, mais il est l’homme de son époque, re fascinant et égoïste, vivant — pour ainsi dire — à la périphérie de son « moi », :

Avec Horner ou Feeman (1) de Wycherley, Bellmour n’a de commun que les traits que doivent partager les jeunes gens

Heartwell, porte sur Ja question de qualité. Une intrigue ne suffit par pour en faire un intrigant; il est par-dessus tout un libertin et un amant perpétuel; tandis que le Napolitain de | Molière est l'intrigant de profession. S’il s’agit de trouver un

modèle, c’est peut-être Rochester, fameux libertin, qui s’intro-

; __ duisait déguisé en vieille paysanne chez un bonhomme puritain,

scrupuleux et avare, et en séduisait la femme, la passait à ue Buckingham — ou vêtu en porteur de chaise, en mendiant, 7 courait les amourettes canailles (3). Plus raffiné et moins

{) V. Davies. * (2) Bennewitz. re, (8) v. St-Evremond ; v. Forgues : Revue dés Deux Mondes, août-Septembre 1857.

être- même l'ail trouvé vaguement en sa propre personne.

d’un même âge. Quant à sa ressemblance avec Sbrigani (2) du « Monsieur de Pourceaugnac » l'erreur comme dans le cas de.

ET

. Yainlove lus avec cata Lure | Le we.

n intrusion. dans la comédie de caractère. Ce serait pourtant une. erreur de voir dans ce: caractère Don Juan lu même. In y a.

= rien chez lui de la figure vigoureuse de, l'amant impitoyable L et incorrigible. | Re

Mais avec Vainlove, Congrevé fait ‘une ob ambitieuse; ri vents élever au- -dessus ‘du libertin de l’époque en nous don- ; nant un Bellmour (4) plus profond, un jouisseur blasé. Vainlove a paraît avoir savouré la coupe de la vie avec trop de plaisir es à : pour ne pas en avoir aussi goûté la vanité. -Arrivé donc à un. : Pe était d'âme légèrement philosophique 84 non dénué même 1. d’une teinte poétique 1h comprend que le plaisir mérite mieux à : son nom en imagination qu’ en réalité. Il y a une cértaine . : mélancolie (2) supérieure dans les paroles qu'il dit à Sharper;

après la prétendue lettre d’Araminthe : et il faut être un esprit borné comme Heartwell — qui d’ailleurs impliquait dans saré probation toute une catégorie de jeunes gens — pour critiquer ee.

avec une pareille brutalité (3). Plus achevé, ce caractère aurait

été celui de l’amant supérieur, mais la tâche était trop difficile, : ;

pour un débutant; il la reprendra et la: parfera plus tard dans res

fi

(1) Cf. Why, what a | cormorant in love am I ! who not contented with the slave- mue Try of honourable love in one place hand pleasure of enjoying some palt a SCOTE mistresses of my own acquiring must yet take Vainlove’ s etc.: (I, 1).

(2) But I halte to be crammed. By Heaven, there’s not a woman will give a man the pleasure - of a chase ! My sport is always balked, or cut short. I stumble over thé game I would pursue. ‘Tis dull and unnatural to have a Roi TUuR full in the hound's mouth, and would distaste the keenest hunter el would É have overtaken, not have met, my game. = Te

(3) « Some of you young. have all the guilt of the intention and none of the pleasure of the practice. ’Tis true you are so eager in pursuit of the temptation that you save the devil the trouble of leading you into it : nor is it out of discretion that you don't swallow that very hook yourselves have baited, but you are cloyed with the preparative and what you mean for à whet turns the edge of your puny stomachs. » (I, 1). ;

d BI Die, des même ‘que celui -Ci en était le plus vivant de : hommes. Cette précieuse n’a pas d’âme, c’est vrai, mais nous ne devons pas oublier qu ‘elle a de l’esprit. Froide, il ne faudrait pas “croire que c’est une ‘simple poupée, mais bien une raffinée

Se typique qui consent à avoir des désirs, mais se les permet avec difficulté et en y. mettant. les formes. ll ne faut pas l’accuser

1 d'ê être blasée. Pouvait-elle se faire des illusions sur les mariages du temps, sur un mari à à la Bellmour ? (2 ). Ara-

> minthe est par rapport à à elle ce que Vainlove est par rapport à Bellmour. Elle est moins brillante, mais elle a plus de cœur.

Vouloir la comparer à Célimène serait arbitraire, de même que TL affaire de la lettre est tout autre chose que l’aveu de l’amour d’ Euryale à la Princesse d’ Elide. C’est une coquette et non une libertine, une amante et pas une chatte. Sylvia est pure convention — une espèce de maîtresse abandonnée ee Ménan- - dre ! (3) 2 FÆ ee : : —. Nousne pouvons pas dire Dean plus de choses de Sharper parmi les personnages secondaires. Il peut être à meilleur

(1) « But ho heavean ! To talk of Shakespeare women in the same breath - with Congreve’s ».. (ER. Cowden Clarke. The Gentil. Mag. VIII N. S., 1871, DSL SAS ETS (2) Ha ! ha ! ha ! O gad, men grow such clowns when they are married, ditelle à celui qui lui réplique : That they are fit for no company but their wives, que Belinde complète par : Nor for them neither, in a little tinie, I swear, at the month’s end, you shall hardly find.a married man that will do a civil # thing to his wife, or say a civil thing to anybody else. (V. 5.) Qui croirait que ces paroles sont des préliminaires de mariages . (3) « You have such à beard and would, prickle me.-You should not come to bed with me », qu la doucereuse créature au morose célibataire, Asus 4):

PA

. Freeman de Wschenes, la à famille à de ce mi-valet, mi- see s

caractère. Le premier défaut en est le : manque d’homogénéité, |

nombreuses. + NEA Re

Etre

une e comédie de mœurs bat par endroits à re

1 hybridité ; les lacunes qui en découlent : : complexité d’action et.

; longueurs, manque de relief et de point de vue central. Mais,

examinée de plus près dans ses détails plutôt que dans son ensemble, cette mosaïque fait saillir des gemmes rares. La farce est pleine de gaîté et d’entrain, chose qu’ on ne s accorde pas à

reconnaître en Congreve, et les personnages tout en ayant l'air Re

de se répéter, sont, comme on l’a reconnu par exception (1), des

caractères distincts. Rue as 37e

Sans emprunt direct, mais avec des réminiscences littéraires qui rappellent Etheredge et Shadwell, Wycherley et Molière,

son effort le plus noble est tendu vers la comédie française, er

son vrai mérite, la peinture sociale du temps, où le débutant excelle qe

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