LA Ê L < É
des semaines, des mois, peut-être des années, le, farceur faisait la bête, donnait la comédie du monsieur qui débute, se payait pour trois francs par jour la satisfaction d’étonner la galerie et de se concilier des admirations par ses aptitudes, il faut le dire, vraiment extraordinaires !... J’applaudis, in petto, de toutes mes forces, à son ingéniosité et me promis de prenure modèle sur lui du jour même où mes moyens me mettraient en état de le faire.
HEVALIER HANNETON
A Auguste Sauphar.
Féru d'amour pour la petite Machinchouette du théâtre des Douces-Folies, où elle faisait le troisième coléoptère dans le ballet des insectes du Chat Échaudé, je résolus de prendre exemple sur le capitaine Fracasse, et de parvenir par le cabotinage jusqu’au cœur de celle que j'aimais.
Legourdo, que nous vimes depuis aux Menus-Plai sirs,menait en ce temps. les Douces-Folies, je dirai même qu’il les menait à la faillite avec une incomparable dextérité. Je vins solliciter de lui un petit emploi dans sa troupe ( à titre purement honorifi-
que, est-il nécessaire de le dire?) et je demeurai confondu de l'accueil charmant qu’il me fit. Non seulement il se mit à ma disposition de la meilleure. grâce du monde, mais encore il me proposa spon-
ni
tanément de m'intéresser à son entreprise pour. une somme de cinq cents louis! Touché de cette marque de sympathie, j'acceptai l'offre avec le plus vif plaisir.
— Vous pouvez, me dit-il alors, vous vanter d’avoir de la veine. J’ai reçu aujourd’hui de Marbouillat, qui jouait le chevalier Hanneton, à l'acte du royaume des insectes, une lettre m’informant qu'il me lâche. Voilà tout à fait votre affaire. Soyez ici ce soir, à neuf heures et demie.
Je m’exclamai: |
__ Comment, ce soir !.… Cest ce soir que je débuterai? ARE
— Sans doute. :
— Diable! fis-je à mi-voix, en effritant du bout de mon ongle le cratère de la petite verrue qui fleu- rit à l'extrémité de mon appendice' nasal, c’est peutêtre un peu précipité. Je n’y mets aucune préten- . tion ; cependant, je voudrais débuter dans des condi-
tions convenables ; je ne tens pas à me faire.
Cd
1 vus an ten be CR Etes LE TOUR sn : À \ a
emboîter devant la petite Machinchouette. Or, pour peu que le chevalier Hanneton ait seulement deux cents lignes à dire.
À ces mots: |
— Rassurez-vous, dit Legourdo, les doigts agités dans le vide en un geste pacificateur; le rôle n’a pas cette importance. Il est tout de finesse et de tenue. Tranchons le mot: c’est un rôle muet.
Puis voyant mon front s’empourprer d’une rougeur d'humiliation:
— Je m'empresse d'ajouter, reprit-il, qu’il est d’un effet certain.
— Oui?
— Oui.., et — qualité appréciable — de nature à avantager la plastique des personnes bien faites.
— Ah! ah!
— Voilà qui vous décide?
— Un mot encore, répondis-je. Comment est-ce que je serai habillé?
— En oret noir.
J'entendis mal. Je me vis costumé en vespasienne, et l’'évoqué dégradant d'une semblable mascarade me jeta au violent soubresaut d’un monsieur qui
reçoit une claque; mais Legourdo ayant rectifié le
tir et dissipé la confusion dont je venais d'être inc time, je sentis, comme Ange Pitou dans la Fille de Ms Angot, mon cœur renaître à l’espérance. Il s'ou- 4 vrit tout grand à l’orgueil lorsque mon interlocuteur, 1e d’un simple et combien éloquent : « Vous apparaissez par une trappe », eut fait flamboyer à mes veux la c torche des gloires assurées. Quoi! tout de noiret d’or vêtu, j’apparaîtrais par une trappe ? Fes . Somptueux et majestueux, lentement, je surgirais au-des- :
sus du plancher de la scène comme une manière. de
soleil au-dessus d’une espèce d'océan ?.… et ceci ” dans l’éblouissement d’un jet de lumière électri- | que ?.. Ne doutant pas que, dans ces conditions, je dusse faire sur l’esprit de la petite Machinchouette Ë ; une impression favorable, je n'avais plus à hésiter. k : — Eh bien! c’est entendu, dis-je à Legourdo; .
vous pouvez compter sur moi. À l'heure dite je se-
rai ici. Rd IT Et à l'heure dite, je fus là. Le régisseur de la