‹ Un coin du voileChapitre 3 sur 7 · BARONNE DE C · texte numérisé non relu

BARONNE DE C

146 FRIQUETTE

Pierre à la Baronne.

!«'■ juin.

Chère marraine,

J'ai relu vingt fois votre lettre, bien que, à chaque fois, il me semblât que la pensée s'en infiltrât en moi comme un filet d'eau glacée.

Je vais aller vous voir... A bientôt.

Votre filleul,

PIERRE

La Baronne à Pierre.

1" juillet.

Ainsi, mon cher enfant, la pensée de revoir la vieille amie qui vous a servi de mère, la pensée de la réconforter par votre présence, d'apporter un peu de joie à son foyer vide, rien de tout cela n'a pu vous décider à franchir la distance qui sépare Paris de Pavillon, et votre marraine de Friquette?

FRIQUETTE 147

Vous m'avez causé déception sur déception. Votre chambre était prête; je commençais à savourer les délices de l'attente, quand votre première dépêche est venu arrêter l'élan trop vif de ma joie. « Attendez encore un peu », disiez-vous. J'ai fait alors transporter dans ma chambre les fleurs dont j'avais orné la vôtre, et j'ai attendu.

Dès la seconde : (( Une affaire imprévue me retient », j'ai soupçonné la vérité. La présence dangereuse à laquelle je voulais vous soustraire est justement l'irrésistible lien qui vous retient à Pavillon, le lien auquel celui des vieilles affections vient s'user. Hélas ! que nous comptons peu dans le cœur de nos enfants quand les jeunes prennent notre place !

Enfin, lorsque le troisième télégramme m'est arrivé, et que vous me fixiez le mois prochain pour délai, je suis allée tristement dans votre chambre, défaire moi-même ce que j'avais préparé en pleine joie d'attente, et j'ai décidé, comprenant la vanité de mes conseils, de vous donner cet avis : demandez au plus tôt la main de Friquette.

148 FRIQUETTE

Oui, mon bon Pierre, hàtez-vous. Puisque c'est vraiment un amour indéracinable qui est dans votre cœur, il vous faut savoir de suite si cette petite main impérieuse et conquérante de Friquette condescendra à se mettre dans la vôtre, selon la sainte soumission du mariage ; car il serait affreux de vous entretenir plus longtemps dans ce rêve pour aboutir à un brisement final. Je sais que vous êtes un très séduisant garçon que beaucoup de jeunes filles ne dédaigneraient pas... Mais Friquette est si...

Allons, je ne veux plus dire de mal d'Elle maintenant. Sachez que je me fais faire une belle robe neuve, et que dans deux semaines je serai à Pavillon, toute à votre disposition pour les démarches nécessaires.

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