L ENSEIGNEMENT I
latîne. Jehan Mathieu, après avoir pris conseil des savants de la Ville et de l'Université au nombre desquels il cite Phœnix, Horibaldus Héberling (i) et Lulle (2), n'hésite pas à expliquer à ces heures matinales des auteurs grecs du même genre que les auteurs latins, afin^ dit-il, que la jeunesse ait, comme dans l'antiquité, le grand avantage d'unir l'étude du grec à celle du latin. Il espère, avec l'aide de Dieu, amener les jeunes gens à apprendre facilement et rapidement la grammaire des deux langues, et à s'exercer en même temps à Tétude de l'histoire, de la rhétorique et même de la philosophie.
A huit heures du matin, dans la quatrième classe, on lit les comédies de Térence, non seulement à cause de l'élégance du style, mais encore de leur facilité ; et on les explique en
(i) Docteur es droit, membre du Conseil de Ville; appartenait probablement à la famille de Jean He'berling, professeur de médecine à l'Université au commencement du siècle,
(2) Antoine Lulle (i5i5-i582), natif de l'île de Majorque, ami d'Erasme, de Ramus et de Gilbert Cousin, professa la philosophie et la théologie à l'Université. En i566, il dut, pour se justifier d'une accusation d'hérésie, solliciter de ses collègues une attestation d'orthodoxie. Lulle fut en outre vicaire général et gouverneur de Claude de La Baume, nommé archevêque de Besançon à l'âge de i6 ans (1544). On lui doit : Progymyiasmata rhetorica. Bâle, i55o-5i ; Basilii magni de exercitatione grammatica. Bâle, i553; De orattone libri VIL Bâlc, i558.
latin et en français afin que les enfants comprennent mieux. Dans la troisième classe, on explique cette partie de YEnéide qui rappelle les guerres d'Enée contre Turnus, car là le poète a emporté tous les suffrages en joignant l'utile à l'agréable,
Omne tiilit piinctiim, gui miscuit utile dulci (i).
Dans la deuxième classe, on interprète les discours de Tite-Live tant à cause de Thistoire romaine qui y est presque tout entière contenue, qu'à cause de la rhétorique. Dans la première^ on lit la dialectique de Perionius (2) qui pour les idées est presque tout entière d'Aristote et pour le style de Cicéron.
A onze heures, après le repas, on répète les leçons du matin, et des interrogations sont faites tantôt par les régents, tantôt par les élèves d'une classe à ceux de la classe inférieure.
A trois heures après midi, dans la dernière classe, on interprète les Bucoliques de Virgile, en partie à cause de leur réel agrément qui entraîne et charme facilement les enfants, en
(i) Horace, Art poét.. v. 343.
(2) De Dialectica. Basileae, i545 et 1549.
Joachim Périon, né à Cormery (Touraine) en 1499, mort en 1359; docteur en the'ologie, très versé dans la connaissance des langues anciennes ; écrivit trois discours pleins d'invectives contre Ramus qui avait attaqué Aristote.