ANNÉE
» En la leçon de cinq heures du matin, le principal interprétera Histoire de Justin.
)) En la seconde classe, à huict heures du matin se lyra l'oraison Pro lege Manilia de Cicéron à laquelle sera joincte la lecture de rhétorique de Rivius.
(i) Cette liste a été imprimée à la suite du travail de M. Clerc sur Gollut {loc. cit.), où elle porte à tort la date de iSSy; de plus, nous y relevons plusieurs grossières fautes de lecture.
I2b UN COLLEGE FRANC-COMTOIS
» A unze heures avant midy, la Grammaire grecque de Clénard (i).
» A trois heures après midy, le second (Uvre) de YŒnéîde de Virgille, auquel on joindra le septième de la grammaire de Rivius traictant la prosodie.
» Aux jours feriez, et auxquelz les lectures d'après diné se font à quatre heures, les Offices de Cicéron.
» En la troisième classe^ se lyront à huict heures du matin le unzième livre des Epistres familières de Cicéron, et la répétition de grammaire. .
» A unze heures, la Grammaire grecque de Clénard.
» A trois heures, V Adelphe de Térence.
» Et aux jours feriez les Eglogues de Virgijle ausquelles pourra estre joincte la prosodie.
» En la quatrième à huict heures se continueront les Dialogues de Vives (2),
(i) Nicolas Clenardus (Kleyoserts), philologue belge, né à Diest en 1495, professeur à l'Université de Salamanque, mort à Grenade en 1542. Sa grammaire intitulée : Institutioyies [absolutissimœ) in linguam grœcam eut de nombreuses éditions ; au xviiF siècle, elle fut abrégée et traduite en français. La bibliothèque de Besançon en possède 4 éditions en latin et 2 en français.
(2) Colloquia, sive linguœ latinœ exercitatio. On ne compte pas moins de vingt éditions de cet ouvrage en latin, et neuf en français. La bibliothèque de Gray possède l'édition de i538, la plus ancienne, Dole celle de i339, Besançon celles de i542
l'enseignement 127
)) A unze heures, le premier (livre) de la Grammaire de Rivius (i).
» A trois heures, les Carmes dorés de Pythagoras (2) de la version de feu M. Mathieu.
)) Les jours feriez^ le sixième de la Grammaire de Rivius qui est de la syntaxe.
» Auxquels auteurs a esté adjousté et mis en apostille sur lad. mémoire :
» Pour la quatrième classe, à huict heures, la grammaire, distiques de Pythagoras (3).
)) A unze heures, De civilitate morum (4), les Fables de Sopet (5), Cato (6).
et 1543. Voir dans L. Massebieau, loc. cit.,\t chapitre consacré à ces Colloques.
(i) Chapitre traitant des parties du discours.
(2) Carmina aiirea Pythagorea, par Constantin Lascaris.
(3) Ne sont autre chose que les Carmina aurea.
(4) De civilitate morum puerilium libellus, d'Érasme, ouvrage qui compte au moins dix-sept éditions. On y relève des détails qui paraîtront naïfs, mais qui peignent les mœurs de l'époque. « Il est malséant, dit Erasme, de prendre pour mouchoir son bonnet ou son habit, de se jeter sur les plats, etc.. Si quid in solum dejectum est emuncto duobus digitis naso, pede proterendum est, »
(5) Sopet, Esopet, Ysopet, corruptions d'Esope. Il ne peut être question ici des fables grecques d'Esope, puisque le grec n'était étudié que dans les deux classes supérieures. Il s'agit d'un de ces recueils comme il y en eut beaucoup au moyen-âge et au xvi« siècle, qui ne se rattachaient souvent à Ésope que par le nom et qui eurent une certaine importance littéraire.
(6) Le Cato ou Catho, le Cathonet, ou plus exactement Catonis disticha de moribus, œuvre d'un écrivain du iif siècle de l'ère chrétienne que l'on confondait avec Caton l'Ancien, était un recueil de sentences morales qu'on faisait apprendre aux enfants pour les munir d'une provision de mois.
» A trois heures, Vives. »
On remarquera qu'aucun auteur n'est indiqué pour la première classe. C'est qu'au moment où GoUut composait sa liste, il n'avait encore pu se procurer un régent.
Il ne faut se le dissimuler, le programme de 1 570/1 n'a pas la valeur de celui de 1553. Le plan de Jehan Mathieu, c'est Tétude des pures lettres antiques, c'est le culte désintéressé du beau ; celui de GoUut, c'est l'humanisme scolaire des pays catholiques dans la seconde moitié du siècle.
Le goût effréné du paganisme qui régnait dans la société lettrée, la liberté de penser introduite par la Renaissance dans toutes les branches du savoir, mettaient en péril la foi catholique et tendaient à pousser les esprits vers riiérésie. Il devenait urgent de réagir. Le concile de Trente (1545-15 63) organisa la lutte contre les nouvelles doctrines religieuses et plaça la Compagnie de Jésus à l'avant-garde. La religion étant la base de l'éducation, il fallait nécessairement donner à la pédagogie une autre orientation. Il ne pouvait être question de revenir aux méthodes méprisées du moyenâge : on s'accommoderait de celles qui les avaient remplacées ; mais on les mettrait au ser-
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vice de l'Église. Les auteurs anciens furent expurgés, dans les programmes on en diminua le nombre et on y substitua des ouvrages moraux modernes ou de la décadence latine; enfin l'usage de livres composés par des Réformés fut interdit: La réaction religieuse alla même assez loin dans cette voie, puisque nous voyons le Conseil de Ville de Dole charger Gollut, en 1 57 1^ de distraire de la grammaire du luthérien Rivius ce qui serait utile, « pour en dresser une soubz aultre tiltre afin que le nom dud. Rivius fût supprimé (i) ».
L'esprit de l'enseignement resta jusqu'à la fin ce que nous venons de le voir, ainsi qu'en témoigne un article du registre des déUbérations de l'année 1578, ayant trait à un ouvrage choisi par le principal pour sa leçon du matin.
Avant de quitter cet important sujet, nous ne pensons point qu'il soit inutile de jeter un
(1) En iSyo, le roi Philippe II avait fait imprimer par Plaiitin la liste des ouvrages mis à Vindex par le concile de Trente ; cette liste fut re'visée et comple'tée peu après par le duc d'Albe qui fît paraître l'anne'e suivante un catalogue de 104 pages intitulé : Index expurgatorius librorum qui hoc seculo prodierunt (fort rare). 11 fut répandu dans tous les pays soumis à l'Espagne (Beaune et d'ARBAUMONT, loc. Cit., p. LXXI). La prohibition de la grammaire de Rivius est probablement due à son inscription dans Vindex, inscription que nous n'avons pu virifier.
l3o UN COLLÈGE FRANC-COMTOIS
rapide coup d'œil sur l'enseignement donné à la même époque dans d'autres collèges voisins.
Au tome septième des Mémoires et documents inédits sur la Franche-Comté publiés par ï Académie de Besançon se trouve la Police du Collège de Vimpériale citée de Besançon; ce règlement porte la date du 24 mai 1567, il est par conséquent postérieur de quatorze ans au plan d'études de Jehan Mathieu, de quelques mois au traité de Biaise Contet et de près de quatre ans antérieur à la liste d'auteurs de Gollut.
L'élection et la preuve des précepteurs (régents) appartiennent au Magistrat qui tiendra compte de l'érudition, de la vertu et de la doctrine.
L''enseignement est réparti en quatre classes où l'on enseigne surtout la grammaire parce que rUniversité est pourvue de docteurs « pour les sciences plus haultes ».
Dans la quatrième, les enfants apprennent à lire^ écrire, décliner et conjuguer, ils expliquent les épîtres les plus faciles de Cicéron.
Dans la troisième, on étudie la syntaxe, on lit les Eglogues de Virgile et les Epîtres de Cicéron. Pour devoir on donne des thèmes.
Dans la seconde classe, les élèves complètent l'étude de la grammaire, interprètent le De Ami-
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citiay le De Senectute, les Comédies de Térence, Y Enéide et des textes choisis dans Horace, Catulle et Tibulle.
Dans la première classe, au lieu de la philo- . Sophie qui ne peut être utilement enseignée, on étudie la langue grecque ; on apprend la grammaire, on lit les Fables d'Esope, les Olynthiennes de Démosthène. En latin, on traduit les Offices de Cicéron, un discours du même auteur, les Géorgiqties de Virgile, Salluste en partie, et quelques préceptes de rhétorique sont donnés d'après Cicéron.
De grand matin le principal fera une lecture avec des interrogations. Les jours de fêtes, les régents liront quelques passages de l'Écriture.
Les élèves feront leurs devoirs soit à loisir, soit sur le champ et en classe même. Si un écolier fait un travail volontaire, il sera lu en public. L'exercice des disputes sera pratiqué de classe à classe.
Suivent des conseils pour enseigner, avec des prescriptions Hmitant la durée des leçons et la longueur des devoirs.
Les articles concernant la discipline ne nous apprennent pas grand^chose : on recommande aux maîtres d'employer les louanges et les récompenses avec les punitions et les corrections,
l32 UN COLLÈGE FRANC-COMTOIS
et de ne point battre les enfants à plaisir.
Le règlement se termine en demandant aux régents de garder entre eux « la concorde que les poètes feignent être observée entre les Muses, en Hélycon et au mont Parnasse ». L'exhortation est significative; elle eût, du reste, été à sa place dans la plupart des règlements scolaires de l'époque.
Le programme de 1567 est encore conçu dans ce qu'on pourrait appeler la première manière ; s'il n'a pas Fampleur de celui de 1553, il n'embrasse pas moins que celui de 1 570/1 et a sur ce dernier l'avantage d'une plus grande variété d'ouvrages, tous pris dans la haute latinité.
La comparaison de ces différents documents scolaires nous met à même de déterminer avec quelque précision le moment où sous l'influence des passions déchaînées par les guerres de religion, on fut amené, dans notre Province, à modifier le plan d'éducation libéral et désintéressé des humanistes. Ce moment est évidemment renfermé entre la date de 1567 et celle de 157 1. La première correspond au règlement de Besançon ; la deuxième à la liste de GoUut, à l'expurgation de la grammaire de Rivius depuis vingt ans au moins entre- les
l'enseignement i33
mains des écoliers de Dole^ à la profession de foi solennelle du principal et de ses régents, acte imposé par le concile de Trente et qui n'avait pas été accompli par Biaise Contet en 1566 (i).
Nous possédons les règlements de Gray depuis 1583 et nous savons qu'ils sont calqués sur ceux de Dole. En dépouillant les archives des autres villes de l'ancien Comté de Bourgogne, on trouverait peut-être d'intéressantes indications sur l'enseignement du latin dans les petits collèges (2).
Si le Comté de Montbéliard eut pendant longtemps des institutions politiques différentes de celles de la Franche-Comté, ses habitants n'en sont pas m.oins Comtois par les mœurs, le langage et le tour d'esprit. La seule dissem-
(i) En effet, pour la profession de Gollut, nous avons une délibtiration du 2 octobre iSyi et un acte notarié du 3 (cote 14-55) ; nous n'avons rien pour Contet, ce qui s'explique facilement lorsqu'on saura que les décrets du Concile ne furent reçus et publiés en Franche-Comté que le 4 octobre iSyi dans un concile provincial assemblé par l'archevêque de Besançon.
(2) M. Ch. Godard, dans son Ancien Collège de Gray, p. 83, cite à titre de production scolaire du xyi* siècle Le cahier d'un écolier d'Arbois (Bibl. Nat., Mns. lat.. n« 8.653 A). Ce manuscrit qui renferme des formules de salutation, des modèles de lettres, des proverbes, un glossaire, des vers latins, ou moitié latins moitié français, est du xiv^et non du xvi« siècle (V. l'étude de M. Ulysse Robert citée plus haut).
blance appréciable réside dans la difFérence des cultes, la Réforme ayant été introduite dans le pays de Montbéliard par les ducs de Wurtemberg au cours du xvi^ siècle. Aussi bien n'est-il pas superflu, pour compléter cette étude, de dire quelques mots sur l'enseignement au Collège de Montbéliard.
Le Bulletin de la Société d^ Emulation de Montbéliard a publié, en 1857, le règlement donné par le duc Christophe en 1568 pour V École latine. Les études sont distribuées en cinq classes, la dernière n'étant à proprement parler qu'une classe primaire. Outre les auteurs mentionnés par les règlements de Dole et de Besançon : Virgile, Cicéron^ Tite-Live, Térence, Ésope, le CatoUy nous y relevons les Dialogues de Sébald Heyden (r), les Fables de Camerarius (2)^ les Sentences de Mimus Publicanus, la
(i) Sébaldus Heyden. ne à Naremberg en 1488 ou 1498, fît ses études à Wittemberg et obtint en i52o une place de chantre à Nuremberg. En i52i.il devint recteur à S*-Se'bald et en i525 embrassa la doctrine de Luther. Il mourut en i56i. Parmi ses ouvrages : Pœdenomia scholastica. Nuremberg. Montanus, 1546; Formulœ coUoquiorum puerilium. Francfort, i534.
(2) Quatre auteurs da xvf siècle portèrent le nom de Camerarius. L'un d'eux, Corne'lius, originaire de Gand, composa une Nova-vetus rhetorica, ad usum Collegii Bisuntini conscripta. Vesontione, Jo. Exerterius, iSgi. (Bibl. de Besançon).
Les trois autres sont Joachim de Bamberg et ses deux fils Joachim et Philippe, de Nuremberg. Parmi les ouvrages de ces