‹ Un collège franc-comtois au XVIe siècleChapitre 16 sur 25 · DISPARITION DES COLLÈGES DE GRAMMAIRE · texte numérisé non relu

DISPARITION DES COLLÈGES DE GRAMMAIRE

La première mention qui soit faite de l'établissement à Dole d'un Collège de la Compagnie de Jésus se trouve dans les registres des délibérations à la date du 28 avril 1579; il est décidé qu'une requête sera adressée au Roi pour obtenir permission d^'ériger un Collège tenu par les Pères Jésuites; en tout deux lignes, sans commentaires. Aussi bien avant qu'après, les Archives de la Ville sont muettes sur les motifs qui déterminent le iMagistrat à supprimer le Collège de grammaire. L'auteur d'une plaquette intitulée : Notes historiques sur le Collège tenu par les Pères Jésuites à Dole (i)^ a cru pouvoir avancer que si cette école avait été remplacée par une autre, c'était à cause de l'incurie du principal et des régents qui ne remplissaient pas leurs devoirs. Or nous savons par les nom-

(i) Besançon, Outhenin-Chalandrc, i885.

breux articles des registres municipaux à quel point les Conseillers avaient souci du bon fonctionnement de leur Collège. C'est grâce à cette sollicitude toujours en éveil que nous avons pu en suivre l'histoire pendant près d'un siècle, année par année, et étudier son organisation dans SQS moindres détails. La gestion désastreuse de Bartheault, à laquelle le Magistrat ne fut pas longtemps à mettre un terme, a un dossier des plus complets, tandis que de 1558 à 1583^ si nous trouvons quelques observations de détail touchant Tadministration, elles n'impliquent en aucune façon une mauvaise direction des études. Nous pouvons, au contraire, signaler des articles comme les suivants : « Messires Perrot et Héberling, commis à faire visite des escolles, ont rapporté que toutes choses sont bien et dehuement administrez sans aulcune exaction ni concussion. » (Délib., 5 mai 1573). « A esté leu le cathalogue des livres qu'on veult hre^ lequel a- esté treuvé bon. » (Délib., II oct. 1580). L'accusation relevée par nous dans les Notes historiques, produite sans être accompagnée d'aucune preuve et sans indication de sources, doit être tenue pour purement gratuite. Elle est probablement née d'une confusion entre les régents de l'Université- et

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ceux du Collège de grammaire. Le Conseil de Ville se plaint, en effet, à plusieurs reprises, de la négligence des professeurs dans Taccomplissement de leur tâche. En 1503, le Magistrat confesse au Président du Parlement que les leçons sont « mal exercées » ; en 1549, il délibère d'assister les distributeurs de l'Université contre les docteurs régents et « ceulx du collège de lad. Université (i) », parce qu'ils « ne font leur debvoir aux lectures des lessons de lad. Université (2) )>. En 1578, nouvelles plaintes du Conseil de Ville, et l'année suivante, enquête du Parlement prescrite par l'archiduc don Juan d'Autriche (3). C'était la décadence de l'Université doloise.

La suppression du Collège de grammaire n'est pas due à une cause aussi particulière; elle est liée au mouvement des esprits vers la fin du siècle, mouvement dont la manifestation la plus caractéristique fut le rapide succès de la Société de Jésus.

(i) Le collège de l'Université se composait du recteur, des professeurs, des régents pensionnes, du procureur général en exercice, de l'ancien recteur, de l'ancien procureur général, des étudiants nobles, des licenciés et bacheliers en théologie, du procureur particulier et du conseiller de chaque faculté, et du notaire de l'Université. (Statuts, ch. lui).

(2) Délib., 2 juillet i54g.

(3) Beaune et d'ARBAUMONT, loc. cit., p. l32.

L'Europe, lasse du bruit des guerres et du conflit des idées politiques et religieuses, aspirait à Tordre et au repos. Les Jésuites apparurent dans la société catholique comme les sauveurs des institutions menacées. Habiles, insinuants, souvent éloquents, ils parvinrent promptement à dominer l'esprit public par la chaire, le confessionnal et le livre. Cest li qu'il faut chercher l'une des causes de leur prodigieuse fortune comme éducateurs, mais non la principale.

« Ce qui donne surtout à l'enseignement jésuitique sa puissance et son relief, dit M. Compayré (i), c'est le principe d'obéissance devenu le mot d'ordre de tous les membres de la Société depuis le plus humble jusqu'au plus éminent. On ne fait de grandes choses dans le monde que par l'accord des volontés. Ce sont les indisciplinés qui agitent Fhumanité. Ce sont les disciplinés qui la mènent. Or, jamais le sentiment de la discipline n'a été poussé plus loin que dans la Société de Jésus... Quels prodiges de dévouement n'est-on pas en droit d'attendre d'une Société où des milliers de volontés abdiquent tout mouvement propre pour marcher du même pas au même but, pour avancer, sans rébellion d'amour-propre, sans tâtonne-

(î) Loc. cit., p. 201.

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