DISPARITION DES COLLEGES DE GRAMMAIRE 14I
nients stériles, dans une voie invariable ! Les machines qu'organise l'industrie n'ont pas plus de régularité, ni par suite plus de puissance, que cette vaste machine humaine, où chaque individu n'est qu'un ressort docile, asservi à sa tâche sans que rien puisse l'en détourner. Le bon ordre, condition essentielle des études ; la fixité dans le but et dans les méthodes, sans laquelle on s'égare d'essai en essai, d'expérience en expérience; la discipline enfin^ qui empêche tout écart de la part du maître : n'est- il pas évident que tous cqs avantages sont réalisés dans les collèges d'une Société qui se soumet à la loi de l'obéissance passive et qui marche comme un régiment ? )) On comprend facilement que contre une organisation aussi puissante, les Collèges municipaux, isolés, complètement Hvrés à eux-mêmes, ne pouvaient lutter. J'ajouterai encore, avec le même auteur, que, <( inférieurs à leur tâche sous tant de rapports^ les Jésuites^ sur un point, n'ont rien eu à envier à personne et se sont quelquefois rapprochés de Fidéal : je veux parler de l'abnégation, du dévouement, de ce zèle professionnel, qui supplée souvent à l'insuffisance des méthodes )>. Ces qualités chez des maîtres de la jeunesse étaient pour séduire les administrateurs des
villes qui pouvaient, en acceptant leur concours, se dispenser d'une surveillance incessante et parfois pénible.
Enfin les bâtiments vastes et spacieux qui auraient ravi l'auteur de VHeptadogma, substitués aux bicoques où étaient trop souvent logées les Écoles de grammaire, la gratuité complète des leçons (i), l'adjonction aux quatre classes de grammaire et d'humanités de trois ou quatre ans de hautes études, eurent aussi leur part d'influence dans le développement des collèges de Jésuites.
On a souvent mis en avant comme un élément de succès des Pères, la nouveauté des méthodes introduites par eux dans l'enseignement public : l'argument, on le sait, n'a aucune valeur.
L'historien du Collège de Besançon, M.
Droz (2), sur le vu de quelques articles des registres municipaux^ nous fait une peinture bien sombre des Collèges de Besancon et de Salins dans la seconde moitié du xvi^ siècle. Il nous montre « des maîtres sans stabilité^ sans liens
(i) La gratuite de l'enseignement ne paraît pas être une innovation due aux Jésuites. A Venise, on lisait au xvf siècle sur la porte des écoles : Qui s'insegna grammatica ed umanità senia premio.
{2) Histoire du Collège de Besançon. Besançon. Marion, 1-868,