INTRODUCTION I I
grammaire (i) y étaient nombreuses; de simples bourgs tels que Pesmes et Champlitte avaient leur collège. Dole, siège de TUniversité , prétendait en matière d'enseignement donner le ton à la Province, prétention justifiée comme on le verra. Les documents qui servent de base à ce travail se rapportent à l'école de grammaire de Dole ; ils pourront donc nous servir à caractériser les études secondaires en Franche-Comté pendant une des époques les plus importantes de Fhistoire de la pédagogie, au temps des grands rénovateurs du xvi^ siècle, et avant le plan d'études des Jésuites qui marque un arrêt dans l'évolution des doctrines de Téducation.
(i) Le mot grammaire avait au xvi« siècle un sens beaucoup plus étendu qu'aujourd'hui. Les maîtres de grammaire enseignaient tout ce qui tient à la littérature, et préparaient même, par les éléments de la logique, aux études de la Faculté des arts à l'Université.
ftî^ rtut ctiA tftiA ftiA CTiA cti^t tfti;i ctiA tfti* c\ia ctiA cti>. ctiA ctiA rtix
Au xvi^ siècle, Dole, capitale du Comté de Bourgogne, était un foyer de culture intellectuelle d'une certaine intensité. On peut s'en convaincre en lisant dans les Mémoires de Gollut le chapitre intitulé : La Ville de Dole, Nous en citons ci -dessous le résumé habilement fait dans un ouvrage paru quelque vingtcinq ans après celui de notre historien franccomtois. A travers la pompe du style, on verra ce qu'était cette ville au siècle de la Renaissance : ^
(X Chacun sçait assez que la Ville de Dole, capitale du Conté de Bourgongne, assise sur l'arène et sur les rives du Doux, a tousjours esté bien renommée parmi les nations estrangères et provinces limitrophes qui sont aux environs : non pour sa grandeur et pour sa force, qui la rend néantmoins imprenable : non pour la belle ceinture de ses murs, ou pour cette tour éminente qu'on void au miHeu d'icelle, qui cache son front dans les nuées, et
qui devance toutes celles de la France en hauteur (i); mais bien pour estre le séjour des Muses, la mère nourrice des bonnes lettres, le berceau de tant de beaux esprits, et comme une autre déesse Antœe, mère de tant de théologiens, jurisconsultes, médecins, et philosophes qui sortent de son ventre, ayant une belle, et fameuse université en toutes sortes de sciences. Ville où l'on peut voir quatre, et cinq séminaires de religieux estudians, en autant de couvents. Ville à laquelle toutes les autres du païs doivent chacune un baise-main, pour estre empourprée de la justice, et pour avoir le lict, et rhonneur d'un Parlement souverain. Ville où va se rendre tout l'argent des finances, et la cresme du païs. Mais pour un dernier comble de louanges, ville remplie sur toutes aultres de piété et de dévotion (2). »
« La mère nourrice des bonnes lettres » possédait alors, pour l'instruction de la jeunesse, le collège établi parles Jésuites en 1582, et devenu célèbre depuis sous le nom de Collège de VArc, Cet établissement avait remplacé
(i) 11 s'agit ici de la tour de l'église Notre-Dame, alors plus élevée qu'aujourd'hui : la flèche en fut abattue par les boulets de Condé pendant le siège de i636.
(2) Denys de f'oRMOND, La Tarantide du Guenon de Genève. Saint-Mihiel, François du Bois, impr.-libr., MDCXX.
HISTORIQUE l5
VÉcole de grammaire ou Collège de grammaire fondé et entretenu par la ville de Dole.
Sans atteindre la renommée presque européenne du Collège des Jésuites, l'École de grammaire, pendant de nombreuses années, eut dans toute la Province et même au delà une réputation méritée. Dole, fière de son titre de capitale, voulut que son collège, « le séminaire de la République )), surpassât celui des autres villes par son organisation et son enseignement. Ceux des conseillers de ville qui étaient en même temps professeurs à l'Université ou membres du Parlement en rédigèrent les règlements et en discutèrent les programmes, lesquels servirent plus tard de modèles aux villes voisines. Principaux, régents venus souvent de Paris ou de Louvain, étaient gens capables et instruits. De ces « escoUes que anciennement estoient estées repputées une Atthène en ce Comté de Bourgoigne, estoient partis, tanqiiam ex equo Trojano^ plusieurs bons personnages par leurs vertus... et doctrines en lad. Court... (i) »
A quelle époque faut-il faire remonter la création de cette école ? Il n'est guère possible
(i) Arcli. miin.. cote 1452. — Requête de la Ville à la Cour de Parlement.
Ib UN COLLEGE FRANC-COMTOIS
d'en fixer une avec certitude. Quelques historiens de notre ancien Dole mentionnent vaguement des titres de 1250 à 1300 relatant l'existence d'écoles dans une rue dite alors des Vielles Escoles, S'agissait-il d'écoles primaires, ou pour parler le langage du temps, de petites écoles^ ou bien d'un collège, ou grandes écoles ? C'est ce qu'on ne sait pas. Rousset (i) dit que les Cisterciens établis à Dole cessèrent d'habiter leur hospice en 1400 et qu'à partir de cette date ils en louèrent les bâtiments à des laïques pour un collège. Nous n'avons rien trouvé dans les archives municipales qui pût confirmer ces assertions, tous les papiers de la Ville ayant péri quand la cité fut ruinée par les troupes de Louis XI que commandait Georges d'Amboise (2). Les renseignements authentiques que nous avons pu recueillir sur TEcole de grammaire sont tous d'une date postérieure à la terrible année 1479.
Le fonds de l'Hôtel-de-Ville, compulsé avec
(i) Dictionnaire des communes du Jura, article Dole.
[2) «L'an mil quatre cent septante et neuf, le jcudy vingt cinquième jour du mois de may, heure de midy, fut par les François et par trahison prinse la Ville de Dole, la plupart des habitans d'icelle occis, et les aultres prisonniers. Et en icelle heure, y mirent lesdits François le feu, et furent bruslées les ég.liscs Nostrc-Dame et de St-Georges, les halles, auditoires, chambre du Conseil et moulin dudit Dole. La plupart d'icelle ville extor-
soin, nous a livré, outre de nombreux articles des registres municipaux à partir des premières années du xvi^ siècle^ une liasse ne renfermant pas moins de trente pièces com.prenant une période de cinquante-huit ans, de 1532 à 1590, année de la suppression du Collège de grammaire.
Nous trouvons Fécole installée dans l'ancien hospice de Cîteaux. Cette maison, fondée par le comte Renaud III, de 1130 à 1 134^ dans un quartier proche des murailles au nord-ouest, et abandonnée depuis par les religieijx, était louée à un recteur d'écoles ou principal élu par le Conseil de Ville pour diriger le Collège avec quatre régents sous ses ordres. Jusqu'en 1531, les registres des délibérations ne nous donnent point de longs détails sur Técole : quelques lignes seulement de loin en loin, indiquant les résolutions prises ou à prendre, telles que choix d'un principal lorsque le poste est vacant, renouvellement du bail de la maison de
minée, captive, ne sera veue par ceulx qui cy après liront comme dessus. Et ce nous certifions sous nos seings manuels cy mis.
{Suivent trois lignes totalement effacées).
» De Boisset, Duchamp, De Sainct-Mauris. »
Cette note, d'un éloquent laconisme, fut écrite sur les registres de l'Hôtcl-de-Ville par trois survivants de cette catastrophe.
l8 UN COLLÈGE FRANC-COMTOIS
Cîteaux. Le Magistrat avait alors bien d'autres intérêts à débattre. Dole se relevait lentement de ses ruines, il fallait rebâtir les édifices publics et ceindre la ville de hautes et fortes murailles pour la mettre à l'abri d'un coup de main des Français. Nous avons jugé inutile de relever, pendant cette première période, excepté celui de Pierre Phœnix (15 14), les noms des principaux qui se sont succédé à Dole ; outre que la liste risquerait fort d'être incomplète, elle n'offrirait que bien peu d'intérêt au lecteur.
Au mois de décembre i 531, il n'y a au Collège ni principal ni régent. Le Conseil de Ville cherche quelqu'un qui veuille accepter la principalité ou principaulté^ comme on disait alors. Le 12 janvier 1531/2 (i), le scribe du Conseil nous annonce que « maistre Regnault Poinsot, maistre et recteur des escolles de grantmaire aud. Dole ouvrira lesd. escolles » le lundi suivant « et se pourvoyera de régens ». Au bout de peu de temps survinrent des difficultés entre le nouveau principal et la Ville. De quelle nature ? On l'ignore. Toujours est-il que le 15 mars suivant, Antoine de Brugnard est reçu, par le
(i) Nous indiquons de cette façon le millésime dans l'ancien style, lorsque la date est comprise entre le i«'' janvier et Pâques.
Conseil, principal du Collège, à condition de se pourvoir encore de deux bons régents, son prédécesseur n'en ayant retenu que deux. Toutefois le conflit avec maître Poinsot n^était pas terminé. Le bail de la maison de Cîteaux avait été dressé, non pas au nom de la Ville, quoique celle-ci eût fait le nécessaire afin d'assurer la location de cet immeuble pour les écoles, mais au nom de Regnault Poinsot. Or celui-ci, pour jouer un bon tour au Magistrat, refuse de quitter les lieux. Comme on ne peut trouver aucun local convenable pour le Collège, le Conseil par le ministère de Guy Quarré, procureur-syndic de la Ville, adresse, fin avril 1532, une requête à la Cour de Parlement, afin qu'il plaise à celle-ci d'ordonner que la maison de Cîteaux soit laissée libre par le sieur Regnault, attendu qu'Antoine de Brugnard « a fait venir régent propice de Paris et aultres », qu'il convient « avoir lieu suffisant et décent à loger escoliers comme aussi à faire lecture », que la maison de Cîteaux est « détenue par led. maistre Regnault qui fait les portes d'icelle maison fermées et clauses tellement que led. sieur maistre Anthoine et ses régens et aussi les escoliers sont empêchés de l'entrée d'icelle maison », et qu'il est impossible de trouver un
autre endroit qui convienne pour installer les écoles de grammaire (i). Le litige n'est tranché qu'au mois de juin en faveur de la Ville. On fait commandement à Poinsot de sortir de la maison à peine de vingt livres d'amende.
Les conventions faites entre la Ville et les principaux ne sont jusqu'ici que verbales : les parties contractantes s'en rapportent à leur mutuelle bonne foi. Pour la dernière élection nous savons seulement que le Conseil de Ville fit au principal la promesse d'intervenir auprès des distributeurs de l'Université, pour qu'en c:\s de vacance une lecture fût attribuée à l'un de ses régents (2). Des requêtes furent, en conséquence, adressées aux distributeurs à ce sujet (3). Quant à Antoine de Brugnard, il était déjà titulaire d'une chaire.
Le Collège resta pendant près de dix ans sous son intelligente direction qui prit fin en janvier 1539/40. En eff'et, à la date du 13, on lit dans les registres du Conseil : « A esté délibéré que maistre Michel sera pourveu principal desd. escoUes de grammaire de lad. Ville, auquel sera monstre et leu les statuz sur ce...
(i) Arch. mun., cote 1450.
(2) Délib., 23 septembre i532.
(3) Délib., 23 septembre et 5 novembre i532, 25 septembre i535.
faitz, pour les gardé et observé. » Michel n'est qu'un prénom^ le nom entier est Michel Jannet que nous trouvons dans la liste des professeurs de la Faculté des arts à l'Université. Les statuts soumis à l'élu, rédigés par les conseillers compétents, sont, très probablement, à quelques modifications près, ceux qui figurent sans indication de date à la cote 145 1. Nous reviendrons plus tard sur ces règlements et les reproduirons intégralement aux pièces justificatives .
Dès l'installation de Michel Jannet, on s'occupe du renouvellement du bail de la maison de Cîteaux qui va prendre fin. Les religieux ne sont pas disposés à prolonger la location de leur immeuble pour les écoles; on parvient cependant à les fléchir. Le principal paiera annuellement une somme de vingt-cinq fi'ancs et prendra Tentretien de la propriété à sa charge. Pendant plusieurs années à partir de ce moment, le choix d'un local pour le Collège de grammaire est l'une des grandes préoccupations du Magistrat. Dans le cours d'une même année, on ne trouve pas moins de sept délibérations ayant trait à cet objet. Afin de cesser d'être à la merci des Cisterciens, on entame des pourparlers successivement avec plusieurs par-
ticuliers pour l'achat de leurs maisons. Antoine de Brugnard^ qui a repris la direction du Collège, offre (déc. 1542) d'édifier une maison à ses frais; mais il faut trouver un meix pour bâtir. Les coffres de la Ville ne regorgent pas de ducats, aussi une solution se fait-elle attendre. C'est, croyons-nous, en ce temps^ 1541 à 1545, qu^on adresse à l'Empereur une requête dont le brouillon sans date figure aux archives (i), à l'effet de pouvoir appliquer à l'achat d'une maison pour le Collège, les cinq cents carolus (2) légués par la demoiselle veuve Vauchier pour être employés aux réparations de la Ville.
Sur ces entrefaites, la maison de Cîteaux passa en d'autres mains. Les religieux firent, le 14 février 1544/5, avec Henry CoUin, docteur es droits^ conseiller au Parlement, échange de leur propriété contre (c un quartier de puits à muyre » au Bourg-Dessous de Salins (3), et
(i) Arch. mun., cote 1449.
(2) Le carolus d'or de Besançon valait, en 1640, 7 livres 14 sols (D. Grappin).
(3) Le puits d'eau salée dont il est ici question est celui de l'établissement actuel des bains ; voir sa description dans Gollut, liv. II, chap, XXVIII. « On donnoit le nom de quartier à chacune des 419 parties 26 seilles 3/4 de l'eau des sources des petites salines de Salins, qui se partageoient encore en 1592 aux héritiers de ceux qui avoient travaillé à la découverte de ces mêmes sources, ou aux particuliers qui en avoient acheté le
une rente annuelle de dix sols estevenants (i) au profit de TOrdre (2).
Les édiles dolois, craignant que le nouveau propriétaire ne détournât l'ancien hospice de la destination qu'il avait depuis de longues années^ ce qui les eût mis dans un grand embarras, firent, dès Tannée suivante, des démarches pour s'en rendre acquéreurs. Après plusieurs offres de prix non acceptés, on finit par se mettre d'accord, et le 12 septembre 1546, Henry Collin vendit au Magistrat les bâtiments de Cîteaux moyennant seize cents francs monnaie courante du Comté de Bourgogne (3) et le transfert à la charge de la Ville de la rente de dix sols souscrite précédemment par le vendeur (4). Le prix en fut payé sur les revenus des moulins, prés et maisons de la Ville (5).
Au mois de décembre 1547, Antoine de
droit. Le quartier contenoit trente seaux d'eau sale'e. >»(D. Grappin.)
(i) Ce mot s'employait pour désigner les monnaies de l'archevêque de Besançon qui portaient le nom de Saint-Etienne sur l'une des faces. D'après D. Grappin, lo sols estevenants valaient 7 sols 4 deniers 8/9 monnaie de France.
(2) Arch. mun., cote 1450.
(3) Un franc monnaie comtoise valait i3 sols 4 deniers monnaie de France (D. Grappin).
(4) Arch. mun., cote 1450. — En avril et mai iSyS eurent lieu des pourparlers avec le chapitre ge'néral de Cîteaux pour le rachat de ce cens; nous ignorons s'ils aboutirent.
(3) Délib., 12 septembre 1546.
Brugnard annonce au Conseil qu'il délaissera ses fonctions de principal dès qu'on lui aura trouvé un successeur. Les Conseillers font des offres à maître Laurent Prynez (ou Prunet) habitant Salins, qui accepte la principalité et vient prendre possession de son poste à Quasimodo de l'an 1548. Sa direction fut de courte durée; car à la date du 20 mars 1550/1, sa veuve présentait au Conseil un mémoire des dépenses faites par son mari pour réparations. Les travaux furent estimés et le montant remboursé à la femme de feu Prynez.
Aussitôt Jehan Mathieu, maître es arts, adressa une requête au Magistrat pour briguer la succession de Laurent Prynez (i). Il fut élu, et en même temps on lui fit un prêt de la somme de vingt francs remboursables en quatre années, pour couvrir ses frais d'installation. Les statuts du Collège, revus et modifiés, furent mis entre les mains du nouveau principal (2), et les conseillers Boudier, Drouhot et Duchamp (( commis pour prier les distributeurs de rUniversité dud. Dole de bailler à maistre Jehan Mathieu^ à présent principal du Collège de grammaire aud. Dole^ la lecture et lesson
(i) Délib., 24 mars i55o/i.
(2) Id., 14 avril, 25 avril, 28 juin i55i, et 24 février 1 55 1/2.
e maistre aux ars en lad. Université (i) ». Le èglement corrigé dont il vient d'être parlé, .it complété par le plan d'études présenté par y^athieu au Conseil de Ville le 9 août 1553 (2). Les conventions étaient faites pour six ans, esquels expiraient en mars 1555/6. Dès le nois de janvier, les mayeur et échevins denandent au principal s'il a l'intention de con- ;erver sa charge pendant une nouvelle période le six ans. En présence de son indécision, la vaille lui offre remise de sa dette de vingt francs ion libérée encore, et en outre vingt autres rancs « s'il veult promectre de régenter et coninuer ausd. escoles trois ans devant (3) ». Quelques jours plus tard, le mayeur « fait rapport que maistre Jehan Mathieu, principal des escoles de grantmaire de ceste Ville, na l'in- .ention à ladvenir continuer à lad. régence, 3arquoy chascun desd. susnommés a esté adnonesté d'en proposer et treuver ung autre au Dlustôt qu'il sera possible (4) ». En récompense de ses services, la Ville le reçoit habitant. Les :ent sols dus pour sa réception et la créance de v^ingt francs lui sont abandonnés à condition
(i) Delih., 7 avril i55i.
(2) Arch. niun., cote 1451.
(3) Delib., 22. 24 et 29 janvier i>55/6.
(4) Id.. 5 février 1555/6.
de verser dix francs dans la caisse de la fabrique (i).
Jehan Bartheault, chanoine à TégUse Notre- Dame de Dijon et régent au Collège de la même ville fut présenté au Conseil de Ville par Charles Grandjean, sieur de Romain, le 17 mars 1555/6. « Après avoir entendu le propoz fait par discrète personne, messire Jehan Barteaul, prêtre chanoine de l'église Notre- Dame à Dijon, appelé au Conseil en présence de noble et égraige personne messire Charles Grantjehan, docteur esd. drois, sieur de Romain, premier avocat fiscal en la Court souveraine de Parlement en ce lieu, par lequel il a déclaré... qu'il estoit content d'accepter la charge de principal et régence des escoles de grantmaire de ceste ville en luy gratiiîiant de quelque somme pour payer les gaiges d'un régent soubz luy^ ont délibéré, lesd. sieurs de Romain et Barteaut estant retirez, que lesd. sieurs mayeur et eschevins conviendront avec led. Barteaut l'on accorderoit et promecteroit payer pour deux ans prouchains la somme de cent frans , quest pour chascun an cinquante frans pour les gaiges d'un notable régent. » De plus le receveur devra lui délivrer « la somme
(1) Dilib.. 23 juin i556.
de vingt frans monnayé et ce pour son viaticque et charroy de ses livres et aultres meubles en ced. lieu ». On résout enfin qu'après son installation, a Ton traictera et advisera avec luy comme il se debvra conduyre » dans le gouvernement des écoles (i). Et, en effet, au bout de peu de temps on lui demande de soumettre à l'approbation du Conseil le règlement concernant les études et la police dans l'établissement qu'il dirige (2). Le principal tarde à satisfaire au désir du Magistrat, puisqu'à la date du 10 février 1556/7, on charge le Conseiller Drouhot de « dire au principal des escoles de grammaire qu'il ait à rédiger par escript Tordre qu'il entend tenir à ses lectures et aultre police de sa maison pour sur ce le Conseil délibérer et adviser ce qu'il sera expédient ». Le 27 mars suivant, le nouvel ordre des lectures est enfin présenté à la ratification du Conseil.
Celui-ci ne fut pas longtemps à s'apercevoir que le choix de Bartheault n'était pas heureux. Nature violente, administrateur et éducateur pitoyable, le nouveau principal, au lieu de s'assurer le concours de régents doctes et expérimentés, 0: se contenta d'ung sien frère nommé
(1) Delib./^i7 et i8 mars i555/6.
(2) Id., 14 avril i356.
niaistre Gérard et aultres semblables à luy en érudition et non moins barbares que mal guidés et conduicts (i) ». Les régents convenables qui s'étaient par aventure fourvoyés chez les frères Bartheault, outrés de leurs grossièretés et de leurs mauvais traitements, avaient bientôt déguerpi sans même demander un règlement de compte.
Dès le mois d'août 1556, le mayeur fut obligé d'aller mettre ordre aux débats des maîtres du Collège ; au mois de janvier suivant, nouvelle intervention du Magistrat qui recevait des plaintes réitérées sur la direction et l'enseignement. L'École se dépeuplait : malgré les objurgations et les menaces du Conseil, les pédagogues qui avaient des enfants chez eux refusaient de les conduire au Collège ; les autres élèves restaient à la maison ou . émigraient au Collège de Pesmes dont le principal, Pierre Humbert, de Vosbles (2), faisait merveille.
Il fallait prendre un parti prompt et énergique. François de Marenches, avocat de la Ville, fut dépêché à Pesmes (3) pour offrir la
(i) Arch, mun., cote 1452.
(2) Vosbles, canton d'Arinthod (Jura).
(3) Délib., 28déc. ibb-j.
principalité à Humbert qui accepta et promit de venir s'établir à Dole pour la Chandeleur suivante ; puis, incontinent, il fut enjoint à Bartheault d'avoir à vider les lieux dans les huit jours (16 janvier 1557/8).
Celui-ci adresse coup sur coup deux plaintes au Parlement contre les Magistrats qui ripostent en lui administrant une bonne volée de bois vert dans une requête à la Cour intitulée : Resmontrances que font les s""^ mayeur et eschevins de Dole pour le reboutement des fins des deux requestes présentées à la Court souveraine par niessire Jehan Barteaut, prestre^ soy disant principal et recteur des escoles dud. lieu sur lesquelles advecque aultres pièces par eulx fournies^ ils requièrent appointement (i). Entière satisfaction est donnée à l'administration municipale (21 janvier 1557/8); Jehan Bartheault n'a plus qu'à sortir de l'Ecole.
On laisse à Pierre Humbert le temps de s'installer, de s'assurer de nouveaux régents et de remettre l'ordre dans l'établissement; puis on s'occupe du traité que l'on devra faire avec lui « pour le bien publicque, scureté de la Ville, et que l'on ne tombe en l'inconvénient de son
(i) Arch. mun., cote 1452.
3o UN COLLÈGE FRANC-COMTOIS
prédécesseur principal (i) )). Malheureusement, au cours de la discussion des articles qui se poursuit durant toute une année, le principal tombe malade et meurt (août 1559).
Immédiatement on écrit à Claude Convers, de Conliége, homme capable^ au rapport de plusieurs personnages de la Ville, pour lui offrir la direction du Collège. Convers entra en charge au mois d'octobre 1559. Le contrat préparé pour Humbert servit au nouvel arrivant ; et deux conseillers reçurent mandat d'aller prier les distributeurs de pourvoir le principal et son premier régent de lectures aux arts à l'Université.
Avec Claude Convers, et Biaise Contet de Chalon-sur-Saône qui lui succède en 1 566/7 (2), le Collège traverse une période de calme dont il a grand besoin pour son relèvement.
Au premier janvier 1 570/1, l'avocat au Parlement, le futur historien de la Franche-Comté, Louis Gollut, prend la charge de principal du Collège de grammaire (3). Pour obéir aux canons du concile de Trente (1563), lui et ses régents prêtent serment sur les Evangiles et
(i) Dclib., 29 juillet i558.
(2) Arch. mun.,cote 1454. — Le traité Contet est du 18 fe'vrier 1 556/7.
(3) Id., cote 1455. — Le traité Gollut est du 16 décembre 1570.
HISTORIQUE 3l
font une profession de foi catholique par devant le vice-chancelier « subconservateur des privileiges appostolicques yy de l'Université, suppléant le chancelier archevêque de Besançon, et en présence de témoins (3 octobre I57i)(i).
C'est la première fois que nous voyons rUniversité et l'autorité ecclésiastique intervenir dans les affaires de l'École. Nous ne pensons pas que cet acte se soit reproduit dans la suite ; on n'en retrouve aucune autre mention, ni dans les registres des délibérations, ni dans la liasse des documents concernant le Collège.
Par l'entremise du Magistrat qui a déjà pu apprécier ses talents, la chaire de « professeur latin en lettres humaines » à l'Université, nouvellement créée, est attribuée à GoUut en 1571. En même temps le Conseil^ désirant remplacer au Collège la grammaire du luthérien Rivius (2), lui confie le soin d'en composer une autre sur le même plan (3). Le travail est rapidement
(i) Arch. mun., cote i.pS. — Délib. 2 octobre 1571. — Voir aux pièces justif.
(2) Grammaticcc libri VIII. Lipsiaî, i543.
Jean Rivius (i5oo-i553), né à Athendorn (Westphalie), enseigna longtemps à Cologne, Zwickau, Annaberg, Schneeberg et Freyberg, devint ensuite conseiller d'Auguste, électeur de Saxe, et enfin inspecteur des écoles à Meissen , où il mourut (GoTTLiEB JoCHER, Allgcmcines Gelelirtcti Lexicoii],
(3) Délib., 3o octobre 1571.
mené à bien, car à la date du 21 décembre^ le manuscrit de la nouvelle grammaire est remis entre les mains des conseillers pour être revu et corrigé si besoin est. Comme il n'y a pas à ce moment d'imprimeur dans le Comté, l'ouvrage de Gollut est confié aux presses de P. Roussin de Lyon. Il est publié en 1572 sous le titre : Gymnasii Dolani grammatica latina in quatuor libros digesta (i), et vendu « cinq solz en blancs » l'exemplaire, chez Jehan Tarlot libraire à Dole. (( Et sur le tout du prix d'icelles » il est prélevé par « le sieur principal du Collège cinquante frans pour ses peines et labeurs (2) ».
Après trois années de gestion, Gollut demande à résilier son contrat avec la Ville, lequel était fait pour six ans. Les obligations auxquelles il est assujetti sont onéreuses^ et comme on traverse une période de mauvaises années, il ne peut, dit-il^ y suffire, car au lieu de faire des bénéfices, il est aujourd'hui en déficit. Le Magistrat répond qu'il a au contraire dû faire des gains, que sa chaire à FUniversité est due à l'intervention du Conseil de Ville plutôt qu'à son propre mérite et qu'enfin son traité n'est
(1) Se trouve à la Bibliothèque de Besançon. Dédié â l'archevêque Claude de la Baume.
(2) Délib., 4 juillet 1572.
pas expiré. La cause est portée devant le Parlement qui^ par un arrêt du 5 septembre 1573, condamne Gollut à continuer ses fonctions aux mêmes conditions ; mais l'administration lui permet de n^avoir que trois régents « jusques aultrement soit ordonné pour raison de la cherté et rigueur du temps (i) ».
A la fin de l'année 1575, on dut songer à pourvoir le Collège d'un principal pour une nouvelle période de six ans. Pierre Pastel, docteur es droits^ et le chanoine Vacherus, successivement élus par le Conseil, refusèrent d'accepter les clauses du traité Gollut. Etienne Sautheret, d'Ornans, docteur es droits et professeur à rUniversité, consentit enfin à prendre la direction du Collège (2) que la mort vint lui enlever quelques mois plus tard (mai 1576). Antoine Garnier, déjà professeur de grec à l'Université, lui succéda à la tête de l'École (3).
L'année précédente, Pierre Froissard, seigneur de Broissia, président du Parlement, avait, par son testament, chargé ses frères et héritiers, Simon et Jean, de disposer d'une partie de ses biens en faveur de la Ville à l'effet
(i) Delib., 2 octobre iSyS.
(2) Arch. mun., cote 1456. — V. aux pièces justif.
(3) Id., cote 1457.
de fonder au Collège six bourses pour des enfants pauvres de Dole, Sellières et Broissia. Une convention intervenue le 21 avril 1581 entre la Ville et les frères Froissard (i) stipula que les boursiers seraient choisis par les héritiers, leurs hoirs et successeurs, et changés de six ans en six ans; qu'ils seraient entretenus par le principal, lequel de ce fait recevrait une annuité de cinq cents francs, et enfin que dans le cas où l'on nommerait à ces bourses des enfants nés hors de la Ville et non pauvres, le Magistrat pourrait y mettre opposition.
C'est aussi pendant le principalat de Garnîer que les Jésuites appelés par le Conseil de Ville (1578) viennent s'établir à Dole. Nous avons raconté ailleurs (2) les différentes phases des négociations qui aboutissent par le traité conclu entre le Magistrat et le -Père Edmond Augerle 18 décembre 15825 à la fondation d'un collège de la Compagnie de Jésus. Aux termes de cet acte, les Pères se réservent l'entière charge « des lectures et tous exercices de lettres et de piété » qui se feront au CoUège de grammaire ; mais l'économie temporelle reste entre les mains des administrateurs de la
(i) Arch. mun.,'cote 149 1.
(2) Le Collège de l'Arc à Dole, Chaligne. 1887.
Ville, et elle « serat mise sous la conduitte de telles personnes vertueuses et capables qu'ils adviseront sans que lesdits Pères s'en empeschent en façon que ce soit, jusqu'à ce que leurs commodité porte de se charger encore de lad. œconomie... »
L'introduction dans le gouvernement de l'école de ce régime dualiste marque la fin du vieux Collège de grammaire ; désormais l'internat de la Ville où les Jésuites viennent enseigner s'appellera Collège des pensionnaires^ les bâtiments habités par ceux-ci de l'autre côté de la rue de Cîteaux formeront le Collège des Pères Jésuites, Il nous reste à suivre le premier dans son existence éphémère, absorbé qu'il sera bientôt par le second.
Dès le mois d'avril 1582, les conseillers de Ville avaient écrit au principal Garnier, alors en mission auprès de la Cour de Bruxelles, pour le prier de leur faire connaître si, à l'expiration de son traité, en juin, sa volonté était de prendre la direction des pensionnaires. Ne voulant pas être réduit à la condition de simple maître de pension, il 'refusa net, consentant toutefois à prolonger sa gestion jusqu'à la fin de Tannée. Le Magistrat se met alors pour le Collège des pensionnaires en quête d'un sujet
qui ait « les rangs et degretz accoustuméz de toute ancienneté au Collège de grammaire ». Par délibération du 29 janvier 1583, Claude Bricon, docteur es droits, est nommé économe pour six ans à dater du i^"" février suivant (i); et quelques mois après sont installés à son compte quatre préfets des études. D'après son marché avec la Ville, le principal-économe, privé de toute initiative et presque de toute autorité, n'était autre chose que le domestique du Conseil et le très humble et très obéissant serviteur des Pères à qui il était obligé de s'en référer pour l'appHcation des mesures disciplinaires et pour remploi du temps. Bricon gérait la pension depuis six mois lorsqu'arrivèrent pour faire lectures deux Jésuites. Le petit nombre des maîtres, le trouble jeté dans le Collège par la reconstruction des bâtiments éloignaient les pensionnaires. L'écoi:iome qui avait fait douze cents francs de frais pour son entrée en charge, voyait manger son blé par les rats et ses provisions de vin s'aigrir dans les vaisseaux. Au mois de juin 1584, il présenta au Conseil de Ville un mémoire détaillé de toutes les pertes et dommages subis depuis son entrée en
(1) Arch. mun.. cote 1458. — V. aux pièces Justificatives.
IHSTORIQUK 37
fonctions (i), ledit mémoire s'élevant à mille francs. Dans cette somme étaient compris le montant du déchet du blé et du vin, l'intérêt de l'argent emprunté ou fourni par lui pour l'achat des provisions et du mobilier, et enfin l'évaluation pécuniaire de son travail, de ses peines et même de ses inquiétudes. Il est vraiment dommage que ce dernier article n'ait pas été tarifé à part. En même temps il se plaignait de vive voix d'être contraint par la Ville d'entretenir quatre préfets pour les répétitions aux enfants, sans qu'aucune convention écrite l'y obligeât, de ne pouvoir se procurer que difficilement un jeune homme convenable pour enseigner les abécédaires, parce qu'un sujet instruit ne voudrait se consacrer à telle tâche, et que celui qui aurait besoin de poursuivre ses études ne le pourrait, les Jésuites refusant de le recevoir à leurs lectures. En outre, il ne pouvait, disait-il^ nourrir les boursiers comme les autres élèves^ puisqu'ils ne payaient que demi-pension. Enfin il trouvait exorbitant que l'on empêchât sa femme d'entrer même à la cuisine du Collège, car il lui semblait « expédient que sad. femme hantast du moins en lad. cuisine pour donner ordre à la conservation des viandes,
^i) Arch. mun., cote 1458.
et à éviter des lairecins ». Comme conclusion, il demandait la résiliation de son traité et une indemnité égale au chiffre total de son mémoire. Le premier point fut accordé, mais l'indemnité réduite à deux cents francs.
Quelques jours après, le Conseil concluait, pour la direction des pensionnaires, avec Pierre Jacquot, docteur es droits, un traité sur les bases du précédent (i). De plus l'économe acceptait les conditions qui avaient fait l'objet des plaintes verbales de Bricon. Sa gestion ne fut pas de longue durée, puisque nous voyons Pierre de Soye, prêtre et bachelier en théologie, lui succéder le 12 septembre 1585.
Cette fois, le Magistrat, dans l'espoir de mettre un terme à ce va-et-vient des principaux-économes, réduisit un peu ses exigences en permettant d'élever le prix des pensions (2). Les doléances n'en continuèrent pas moins. Le Collège, alléguait de Soye en 1587, n'était pas en bon ordre, les bâtiments restaient inachevés, ce qui l'obligeait, faute de place, à aller, quoique m.alade , loger en ville. Il demandait qu'on lui fît obtenir un bénéfice ecclésiastique et qu on lui accordât en raison (( de la cherté
(i) Arch. mun.. cote 1459.
(2) Id., id. — Délib., 8 nov. i585.
des temps et pauvreté des escholiers domesticques » quelque libéralité pour lui aider à nourrir un préfet. Le Conseil lui accorda la somme de quatre-vingts francs « de la pension appartenant à la Ville sur le prioré de St-Vivant (i) » et promit son appui auprès des distributeurs pour une lecture de théologie à rUniversité, lecture qu'il obtint en effet.
L'insuffisance du personnel avait seule empêché les Jésuites, en 1582, de se charger des pensionnaires ; mais comme après huit années écoulées leur nombre s'était sensiblement accru, ils acceptèrent, sur les pressantes sollicitations de la municipalité excédée par les ennuis et l'insuccès de sa tutelle administrative, d'incorporer le pensionnat à leur Collège. Avec le traité du 3 novembre 1590 (2), disparut à Dole le dernier vestige du Collège de grammaire. Les abécédaires dont la Compagnie de Jésus n'avait jamais voulu s'occuper furent transférés dans un autre local.
(i) Arcli. mun., cote 1465.
(2) Le Collège de l'Arc, p. 233.
L'ancien hospice de Tordre de Cîteaux, devenu le Collège de grammaire, se composait de deux bâtiments auxquels étaient attenants une cour et un jardin^ le tout occupant une superficie d'environ quatorze ares. Le terrain, ayant la forme d'un quadrilatère (voir le plan à la fin du volume), était limité au nord par une ruelle donnant accès de la « rue de Citeaulx ou des Vielles escoUes » (aujourd'hui rue du Collège) aux remparts de la Ville (i), au midi par des maisons particulières avec meix et jardins (aujourd'hui partie de l'école Notre-Dame de Mont-Roland), à l'est par la rue de Cîteaux et à l'ouest par le mur d'enceinte de la Ville. Sur ce même fonds se trouvent actuellement les bâtiments et la cour des classes du Collège de TArc.
Les deux bâtiments placés dans des directions à peu près parallèles offraient pignons sur la ruelle ; l'un, en bois, bordait la rue de
(i) Cette ruelle n'existe plus; sur son emplacement sont- construites les dépendances de la maison Ribeaudet,rue du Collège, n° 22 (aux Jésuites).
Cîteaux, l'autre, en pierre, était du côté des fortifications. Leur longueur n'égalait pas celle des bâtiments qui les ont remplacés. Entre les deux corps de logis se trouvait la cour, le jardin occupait le reste du terrain. Dans la construction en pierre étaient la cave, la cuisine, le four, la dépense, le réfectoire, les chambres affectées au logement du principal^ les études et les chambres des pensionnaires; les classes se tenaient dans l'autre bâtiment. Des galeries de bois s'adossaient aux deux logis et une troisième galerie établissait une communication entre eux en cas de mauvais temps.
Avant l'acquisition de l'immeuble, la Ville, avons-nous vu, en assurait la location aux principaux du Collège, Le prix annuel du loyer, de vingt-cinq francs sous le principalat de Michel Jannet (1540), n'était plus que de vingtdeux francs et demi lors de la cession à Henry CoUin ; de plus, les locataires devaient employer jusqu'à la somme de dix francs pour les petites réparations. Malgré une location sans chômages, cette propriété était une charge pour les Cisterciens, à cause, disaient-ils, des grands frais <x de réparacions et grand entretenement souvent imposez par les mayeur, eschevins et Conseil de la ville de Dole, tant pour les forti-
ficacions que reparacions et aultres affaires de lad. ville (i) ». C'est ce qui explique leur transaction avec le conseiller CoUin.
La maison de Cîteaux devait être dans un grand état de délabrement si l'on en juge par les registres de l'Hôtel-de-Ville qui accusent presque chaque année des réparations à partir du jour où la Ville en devint propriétaire. Il fallut onze ans pour mettre les locaux dans un état convenable. Nous lisons, en effet, dans l'une des pièces concernant le différend survenu en 1557 entre le Magistrat et le principal Bartheault (2) que l'École avait été « mise en telle réparation que honorablement luy estoit facile (àBartheault) en icelle recepvoirenffans de quelque grande quallité et maison qu'ils fussent et voire tels précepteurs qu'il eut choisi fut à Paris, Louvain et ailleurs ». Hâtons-nous d'ajouter que nous avons des raisons — raisons dans le détail desquelles nous ne pouvons entrer — de croire qu'on était comme ailleurs peu difficile sur le chapitre de l'aménagement des écoles. On sait quelle était l'installation de la plupart des collèges à Paris ; en province, c'était pis. A Troyes, par exemple, n' avait-on pas logé les
(i; Arch, mun., cote 1450.
(2) Arch. mun., cote 1452.
(( escholiers » dans une vieille grange agrandie d'une ancienne auberge où pendait l'enseigne de la Licorne? (i) A Verneuil, en 1599, le Collège est établi à l'Hôtel-Dieu « en attendant qu'il se pourra treuver lieu commode en lad. ville pour placer led. Collège et les régens » (2). Sans aller aussi loin, à Gray, en 1581, le collège est inhabitable et Ton est obligé d'en bâtir un nouveau (3).
Chaque principal s'oblige envers la Ville dans son traité avec celle-ci, à rendre les bâtiments (( en dehue et convenable réparation et entretien tant en couverture que aultrement ; et ainsi et par la forme et manière qu'elles lui seront baillées et que sera rédigé par escript pour mémoire et souvenance de ce, tous cas fortuitz toutesfois réservez ». Cependant en « icelle maison et classe, il ne pourra faire édifice ny nouvelle œuvre quel qu'il soit sans la permission et consentement dud. conseil, aultrement nen sera remborsé ny satisfaict » (4).
(i) G. Carré, L Enseignement secondaire à Troyes , du Moyen- Age à la Révolution. Paris. Hachette, 1888.
(2) Le Collège de Verneuil, documents publies par la Revue de l'enseignement secondaire et de l'enseigne?nent supérieur (!«'• janvier 1886).
(3) Ch. Godard, Histoire de l'ancien Collège de Gray. Gray, Roux, 1887.
(4; Arch. mun., cotes 1454, 1455, 1456, 1457, 1458. 1459.
Le mobilier scolaire était fourni par la Ville. Il ne se composait guère que de chaires pour les régents, de bancs pour les classes, « de poulpitres » (pupitres) et d'escabelles pour les chambres d'étude. Le principal à son entrée en fonctions achetait ce qui était nécessaire à l'entretien des pensionnaires. Lorsqu'il quittait le Collège, une commission du Conseil de Ville s'y rendait pour vérifier l'état des Heux et des meubles.
Le principal-économe Bricon, sur le point d'abandonner sa charge, dressait une liste des meubles, objets mobiUers et ustensiles qu'il demandait à la Ville de racheter (i). Nous y relevons, outre des provisions de bouche et de combustible (vin, blé, lard, charbon), deux cent soixante livres de vaisselle d'étain, des chaufferettes de laiton, un couteau à couper le pain, une marmite de la contenance d'un greau (seau) et demi, un pot de fer^ des tables et des bancs pour la salle à manger, la cuisine et la chambre du portier, une « mat » (2) de la contenance de sept mesures (3), un farinier tenant deux
(i) Arch. mun., cote 1458.
(2) Mait ou meit , pétrin supporté par quatre pieds et qui, muni de son couvercle, peut servir de table.
(3) La mesure de Dole valait environ t8 lit. 3/4, en établissant
bichets et demi (i), une arche à poisson^ des garde-robes, quarante-trois « chailliz » (châlits) pour le couchage des élèves, avec la literie comprenant lits de plume, <x lediers )î) (2), couvertures, « materatz, linceulx » et enfin des nappes et des serviettes.
Les Dolois, tout en poursuivant la réfection de leurs vieux bâtiments, comprirent que le progrès des idées dans le domaine éducatif comportait d'importantes modifications dans l'installation matérielle d'une école. Sans tenter de réaliser la conception de Tauteur de VHeptadogma — instruction en sept points sur rétablissement d'un collège^ parue dans la première moitié du siècle 3) — qui demandait pour le moins vingt ou trente chambres avec des bibliothèques, plusieurs cours^ une chapelle, une cuisine, une dépense, un bûcher, une cave, un jardin, une douzaine de classes spacieuses, une porte et un portier, les édiles
le calcul sur le poids d'une mesure de froment qui était de 29 livres d'après dom Grappin, (i) Le bichet ou 1/2 bichot valait 12 mesures.
(2) Un ledier, lodier ou encore loudier désignait un couvrepied ou une courte-pointe.
(3) Heptadogma seu septem pro erigendo gymnasio documenta ad generosos prudentesque dominos et cives eximios. (A la suite du Compendiiim de Robert Goulet. — Reproduit par M. J. Quicherat dans son Histoire de Sainte-Barbe).
voulurent du moins que TEcole de grammaire fit bonne figure à côté de celles des autres villes universitaires. Du reste, l'état des finances ne permettait pas de trop coûteuses constructions. Pour commencer on décide de clore le Collège avec des murs de pierre. La muraille du côté de la ruelle^ de deux toises de hauteur, est commencée en 1557; la clôture entière n'est terminée qu'en 1572.
Deux ans plus tard, on remanie complètement le bâtiment près des fortifications, et on décide^ en 1577, de construire à la partie supérieure quinze chambres pour les enfants riches qui travaillent sous la direction de précepteurs particuHers. Mais comme les fonds manquent, on a recours à un moyen assez ingénieux, sinon très pratique; il est convenu que « les estudes que l'on fera au galetas se pourront dresser aux frais des enfans qu'y vouldront estre^ lesquelx quant ilz s'en yront se pourront faire repayer de leurs frais par ceulx qui rentreront en leurs places » (1).
Après le sac de 1479, beaucoup de maisons furent à la hâte rebâties en bois ; de ce nombre était sans doute celle où les régents faisaient leurs lectures. En 1575, comme elle menaçait
(i) Arch. mun., cote 1455. — Dëlib,, 2 juillet iSyy.
de s'écrouler, on en vota la reconstruction. Le nouvel édifice, bâti de bonne pierre, devait être plus important que Tancien ; on lui donnerait douze toises le Comte en longueur et seize pieds en largeur dans œuvre (i) ; il aurait trois étages, le rez-de-chaussée logerait les quatre classes, on ferait des chambres au premier et une grande salle basse au deuxième (2) où plus tard se tinrent les abécédaires. Les dépenses de construction devaient être couvertes par un emprunt à la caisse de la fabrique (3). Malgré l'urgence, on ne put tout d'abord, faute d'argent, exécuter que la portion avoisinant la ruelle; les fondations de la seconde partie ne furent jetées que dans les premiers jours de l'année 1579 (4). Le bâtiment dont nous parlons est occupé aujourd'hui par une partie des classes du Collège de l'Arc ; le clocheton, le portail et les petites chambres au-dessus de l'entrée y furent ajoutés de 1583 à 1588.
(i) La toise le Comte se divisait en 7 pieds le Comte, et le pied le Comte valait i3 pouces 9 lignes 5 points et 3/4 de point de Roi ou de Paris. La .conversion en mesures métriques faite au moyen des tables de ÏAjinuaire du bureau des longitudes donne pour la toise le Comte 2™,485 , et pour le pied le Comte, o'".355.
(2) Arch. mun., cote 1455.
(3) Délib. 9 nov. 1576.
(4) Id., 4 février 1379.
Il n'y avait au Collège de grammaire ni chapelle^ ni oratoire ; le principal assistait le dimanche à la messe de TUniversité dans l'église du Collège St-Jérôme, il en était peut-être de même des élèves. L'inconvénient de déplacer les écoliers pour l'accomplissement de leurs devoirs religieux n'était pas sans avoir attiré l'attention du Magistrat. A différentes époques, la question de construction d'une chapelle fut agitée au sein du Conseil de Ville. La première délibération relative à cet objet est datée du 18 mars 1555/6. « Sur le propoz ayant esté tenu de faire une chappelle en la maison de l'escole de grantmaire en ceste ville, led. sieur Vurry a dict et déclaré à ce conseil qu'il consentoit que les matériaulx de la chappelle Sainct Claude estant demeurée en estât, de la vielle église, qu'il dict à luy appartenir fussent prins et transportez en lad. maison et illec redressés et formés en chappelle à condition que luy et ses successeurs soient et demeurent colateurs des fondations d'icelle. » Le projet pris et repris n'avait reçu aucune solution lorsque la Ville céda la vieille école aux Jésuites.
Les travaux se poursuivirent sous le régime inauguré en 1583. L'année suivante, le principal-économe Jacquet, dans une requête au Con-
seil (1)5 sollicite pour lui-même l'aménagement d'une chambre, celle qu'il occupait ayant été convertie en salle d'études. Il demande aussi l'agrandissement du four afin qu'on ne soit pas obligé de cuire du pain tous les deux jours. Les bancs dans les classes étaient insuffisants, il en fallait deux douzaines de plus.
De la même requête citons encore à titre de curiosité le paragraphe suivant : « En la chambre du vieux corps de logis proche les murailles de la ville, il convient bastir et dresser un bornevent, pour estre lad. chambre exposée aux ventz. Et ouvrant la porte d'icelle, le vent chasse le feu soubz les lictz en danger de brusler le Collège, lequel on ne pourroit détorner le cas advenant (que Dieu ne veuille) pour ny avoyr aud. Collège puys ny cisterne, qu'est une grande incommodité et grandz fraiz aud. principal pour estre contrainct d'entretenir ung homme avec ung asne pour servir les enffans deaut saine. » La citerne réclamée depuis longtemps par les principaux fut creusée peu d'années après.
Bien que de fréquentes et importantes réparations eussent été faites au logis des pensionnaires, les murs tombaient de vétusté, et en
(i) Arch. mun., cote 1459.
1584, il devint urgent de le démolir pour en opérer la réédificiuion dans de plus vastes proportions (i). Ce travail, avec la construction de chambres pour les boursiers au-dessus de l'entrée, est le dernier qui ait été exécuté avant la prise de possession du pensionnat par la Compagnie de Jésus, en 1590.
(i; Le bâtiment élevé en 1743, au fond de la cour des classes du collège actuel, occupe le même emplacement.
Nous possédons l'ordre chronologique des faits, les personnages et les lieux nous sont connus; il convient maintenant d'étudier avec quelque détail l'organisation de Técole de Dole et ses programmes d'enseignement.
Dans les pays de langue française, les collèges — à l'exception de ceux de Paris — étaient, en général, au ^n^ siècle, des établissements municipaux ayant un personnel composé indifféremment de laïques ou de prêtres séculiers. Anciennes écoles capitulaires transformées, quelques-uns étaient restés dans une sorte de dépendance à l'égard de certains dignitaires des chapitres qui étaient, comme on disait alors, les collateurs de ces écoles. Ainsi les abbés de Corneux avaient le titre de curés primitifs et écolâtres de Gray, et en cette qualité ils nommaient les recteurs d'écoles de la Ville (i). Mais le plus souvent il n en allait
(i) Ch. Godard, loc. cit. — ATroyes,le chapitre de St-Picrre participait à l'clection du principal (G, Carré, loc. cit).
pas ainsi, et les écoles étaient placées sous la suprême direction des administrateurs de la cité. C'était le cas à Dole.
Lorsqu'il y avait lieu de pourvoir au remplacement du principal (i), le mayeur priait les conseillers d'en trouver et proposer un autre le plus tôt qu'il serait possible. Il n'était pas toujours nécessaire de chercher bien loin. Des professeurs ou des régents de l'Université, des chanoines de la collégiale ne demandaient pas mieux que d'ajouter à leurs maigres émoluments ou à leur prébende les petits bénéfices du principalat. Un sujet distingué, ayant les grades requis, quoique simple étudiant à l'Université, était parfois accepté : Pierre Phœnix par exemple. Ne trouvait-on personne à Dole ? On ne s'adressait pas alors au premier venu. Il fallait se prémunir contre les doctrines hérétiques qui cherchaient à s'introduire subrepticement dans la Province^ et contre l'ignorance des pédagogues errants.
Le Magistrat, sachant par les conseillers au Parlement et par les professeurs de l'Université quels étaient les maîtres érudits et habiles en fonctions dans les Collèges du Comté, leur
(i) La dénomination de recteur d'écoles est à peu près abandonne'e à Dole à partir de i532.
dépêchait Tavocat de la Ville. La promesse d'une lecture à l'Université et la perspective pour plus tard d'un siège au Parlement ne les laissaient pas indifférents. Si l'on consulte la liste des principaux qui se sont succédé à Dole jusqu'en 1583, on n'en trouve qu'un d'étranger à la Franche-Comté, celui de Biaise Contet, de Chalon-sur-Saône. Pierre Bartheault, natif de Port-sur-Saône, mais régent à Dijon, ne fut admis que sur la recommandation de Charles Grandjean, avocat au Parlement, et l'on sait que le Conseil de Ville n'eut pas lieu de s'applaudir de l'exception faite à la règle qu'il s'était posée.
La conduite du Magistrat ne procédait pas uniquement du désir fort louable de ne confier l'éducation de la jeunesse doloise qu'à des hommes connus, de croyance orthodoxe et d'une capacité éprouvée, mais encore d'un autre motif non moins important à ses yeux. Le souvenir du barbare traitement infligé à la Ville par les Français en 1479 se conservait vivace dans le cœur des Dolois, et les guerres de rivalité entre la France et l'Espagne n'étaient pas pour l'éteindre. Bien que Marguerite de Bourgogne, souveraine de la Comté, eût, en 1522, par un traité fréquemment renouvelé
dans le cours du siècle, voulu assurer la neutralité de la Province (i), Dole, ville frontière qui avait appris à ses dépens la valeur d'un serment (2) , se tenait sur ses gardes. Les étrangers résidant intra muros étaient étroitement surveillés ; au moindre acte, à la moindre parole qui pût dénoter de sa part des sympathies pour la France, un individu recevait du Conseil de Ville l'injonction de passer les pontslevis dans le plus bref délai, faute de quoi, il y était pourvu etiam manu militari. Un des régents de Bartheault ayant, à Tinstigation de ce dernier, écrit à Paris pour demander un régent, « mandoit à un sien compagnon que Ion luy envoyât un bon François (3) ». Le Magistrat eut, grâce à une indiscrétion, connaissance du contenu de la missive ; le régent fut révoqué et jeté hors de la Ville. A la mort de Pierre Humbert, deux candidats briguaient sa succession : Claude Convers, de Conliége, mandé par le Conseil, et un prêtre de Dijon qui était venu s'offrir. Le Conseil n'hésita pas à arrêter
(i) Malgré cette neutralité, la Franche-Comté fut huit fois ravagée, sur divers points, de iSSy à iSSy, par des corps français, allemands et même espagnols.
(2) Georges d'Amboise n'avait pu s'emparer de la ville que par la trahison d'un corps de Ferrettois envoyé au secours de Dole par le comte Sigismond.
(3) Arch. mun., cote 1452.
son choix sur le premier, non seulement à cause de son <x idonéité et suffisance >^^ mais encore parce qu'il était du pays (i).
Pour être élu, il fallait avoir le grade de maître es arts ou celui de docteur de l'une des quatre facultés. Le postulant n'était soumis à aucune épreuve professionnelle ainsi que cela se pratiquait dans d'autres villes (2) : la raison en est facile à saisir après ce que nous avons dit plus haut. Il n'y eut d'exception que pour le « sieur d'église de Dijon » dont il vient d'être question ; encore est-ce lui qui sollicita la permission de prêcher à l'église et d'argumenter en public (3).
Jusqu'à l'époque où le Conseil de Ville, pour éviter des procès, traita par acte notarié avec les principaux (1559), l'élection se faisait à la pluralité des voix par le vicomte-mayeur, les échevins et les conseillers réunis. Aussitôt
(i) Délib., 9 septembre i55g.
(2) A Besançon, le Magistrat faisait la preuve des précepteurs (Police du collège de l'impériale citée de Besançon, dans les Mémoires et Documents inédits, publiés par l'Académie de Besançon). Il en allait de même à Gray (Ch. Godard, loc. cit.). A la fin du xvf siècle, les chaires étaient au concours au Collège de Digne (.T. Arnoux, Le Collège de Dig7ie).
(3) Pour le sermon qu'il fit en outre à l'église Notre-Dame, le 5 septembre, jour de la lete de Dole, le Conseil lui alloua deux écus soleil. L'écu soleil valait 3i gros (i gros =1 1/12 de IVanc^ monnaie comtoise en i562.
après, l'élu jurait sur les Évangiles de « loyalement régir et gouverner » les écoles placées sous sa direction. Le règlement du Collège, tiré du coffre aux archives, était revu et corrigé, puis porté à la connaissance du principal qui s'engageait à le faire observer ponctuellement.
A partir du principalat de Convers, le Conseil, suivant son habitude, dès qu'il s'agissait de délibérer sur une affaire de quelque importance, convoqua les notables qui prirent part aux élections. On dressait ensuite, par devant le tabellion de la Ville, le contrat préparé par les docteurs de l'Université et du Parlement.
Le principal s'engageait avec la Ville pour une période de six années (i j, et devait dénoncer le traité un an avant son expiration, au cas où il ne voudrait continuer ses fonctions pendant une nouvelle période. Il promettait de remplir son loyal devoir dans la conduite et direction du Collège, de fournir à ses frais quatre bons et suffisants régents et « ung jeusne homme pour monstrer à escripre aux enfans qui besoing en auroient pour mieulx former leurs lectres ». Lui-même ferait, selon la coutume ancienne, une leçon publique entre, cinq
(i) Le traité Contet seul est conclu pour sept ans.
heures et demie du matin et le déjeuner. Les clauses relatives à la concession et à l'entretien des bâtiments nous sont connues ; celles qui concernent les émoluments et indemnités seront examinées plus loin.
En même temps qu'il établissait les obligations réciproques du principal et du Magistrat, cet acte réglait fort sagement et minutieusement tout ce qui avait rapport aux devoirs professionnels du chef de l'établissement et de ses régents, à la discipline, à l'emploi du temps et même aux méthodes d'enseignement; on peut dire que rien n'y était oublié. On ne laissait guère au principal d'autre faculté que celle de choisir les livres et même ne pouvait-il en user en toute liberté, car il était tenu de soumettre chaque année une liste à l'approbation du Conseil et de ne prendre parmi les auteurs latins que ceux de la bonne époque.
Les archives municipales nous ont conservé les traités ainsi conclus jusqu'à l'arrivée des Jésuites, à l'exception du premier avec Claude Convers (i). Chose à remarquer et qui prouve avec quel soin et quelle compétence ils furent rédigés : le dernier n'oifre avec les autres que des différences insignifiantes. Bien plus, GoUut
(i) Arch. mun., cotes 1454, 1455, 1456 et 1457.
qui avait plaidé auprès du Parlement la cause des Graylois réclamant le droit de surveillance sur leurs écoles en dépit de Tabbé de Corneux, communiqua à ceux-ci les règlements du Collège de Dole. Ils furent en vigueur à Gray, sans notables modifications, de 1583, année où Ton changeait à Dole le régime administratif par suite de l'installation des Jésuites, jusqu'en 1653 (i); ce qui leur donne une durée totale de près d'un siècle.
Tant que vécut le Collège de grammaire, le Magistrat ne cessa de veiller à la rigoureuse observation des traités et à la bonne tenue de rétablissement. Tous les ans, le Conseil de Ville déléguait deux ou trois conseillers, docteurs es droits ou anciens principaux, chargés de faire au Collège de fréquentes inspections et d'en fournir rapport. Les registres des délibérations renferment de nombreuses mentions à cet égard. Voici en quels termes fut donnée commission à trois conseillers pour l'année 1579 : « Les sieurs docteurs Froissard, Héberlin et Perrot ont été commis avec charge expresse de par ensemble ou deux chascune sepmaine deux fois ou une au moings^ aller visiter lad. école et grimaulde pour entendre et
(i) Godard, loc. cit., p. 200 et sq.
LES PRINCIPAUX ET LES RÉGENTS 5g
sçavoir Testât et entretien des édiffices, s'informer des vies et meurs des régens et de leurs suffisances, sçavoir si par eulx ou aultrement se font aulcunes foules ou exactions, soit pour faict de reigles ou aultrement; s'ilz lisent aux heures accoustumées et quelx livres ; si les classes sont parfornies de régens, soit en grec, pour enseigner les enffans à escripre, ou aultrement, ainsi que plus amplement est contenu au traicté que lad. Ville a faict et passé avec le sieur principal de lad. escolle, afin d'y estre pourveu promptement. Et à cet eff"ect sera incontinent délivré coppie ausd. sieurs commis dud. traicté (i). »
Les Graylois, fidèles imitateurs des Dolois, avaient établi sur leur école le même contrôle, mais il paraît avoir été moins efi'ectif, puisque plus d'une fois des désordres se produisirent (2).
Les exigences du Magistrat dans le recrutement des principaux et Tétroitesse des règles qui leur étaient imposées, avaient-elles du moins pour compensation des avantages pécu-
(i) Arch. mun., cote 1457. — En tête d'une copie du traité Garnier, copie destinée à l'un des trois conseillers ci-dessus.
(2) Ch. Godard, loc. cit. — A Moulins, en i5g5, des officiers municipaux visitent le collège deux ou trois fois la semaine (Bouchard, Histoire du Collège de Moulins, p. 24).
6o UN COLLÈGE FRANC^COMTOLS
niaires sérieux ? HéLis ! il faut bien l'avouer, les fonctions de principal étaient plus honorables que lucratives. Honorables, certes : un principal faisait un personnage à Dole ; s'il n'occupait déjà une chaire à l'Université à son avènement, on lui réservait la première vacance à la faculté des arts. Dans les cérémonies publiques, il prenait place à la tête de ses régents parmi les membres de l'Université, Il avait droit aux mêmes immunités que ceux-ci : décharge de toute taxe et de tout service municipal, guet, garde urbaine et logements militaires ; comme eux, il jouissait de la noblesse personnelle. Quant aux profits matériels, ils étaient assez maigres. En effet, en face de lourdes charges — nourriture et honoraires des régents, entretien des bâtiments, et, avant l'achat de la maison de Cîteaux, paiement du loyer, — il y avait de modiques ressources. C'étaient d'abord les sommes provenant de la rétribution scolaire des externes, de la pension des internes et des punitions pécuniaires infligées aux mauvais élèves. Le monopole de l'enseignement de la grammaire assuré aux écoles municipales garantissait en partie cette première source de revenus (i). Puis venaient les allocations de la
(i) Sans parler des séminaires de religieux, dont le plus ce'-
LES PRIN'CliUUX ET LES REGENTS Gl
Ville. Jusqu'en 1558, le Conseil n'accorde aucun gage à ses principaux. Ceux qui sont étrangers à la localité reçoivent seulement 20 ou 25 francs à leur arrivée à titre d'indemnité de déplacement. En 1558, on vote 25 francs par an au principal Humbert jusqu'à ce qu'il soit pourvu d'une lecture aux arts; en 1566/7, 20 francs à Cornet dans les mêmes conditions. En 1556, il est alloué à Bartheault 50 francs par an pendant deux ans pour les gages de son notable régent ; à GoUut, Sautheret et Garnier, en 1570, 1575 et 1576, la somme annuelle de 80 francs pour leur aider à gager les deux premiers régents.
La fonction de lecteur à TUniversité ayant été^ pour ainsi dire, inhérente à celle du prin-
lèbre fut le collège St-Je'rônie, pour les clercs be'nédictins delà congrégation de Cluny, on ne trouve dans les Archives municipales aucune mention d'autre école, sinon de celle que fonda, en i565, Renobert Bernard, seigneur d'Authume. Par son testament, il réserva une maison qu'il possédait rue du « viez marchef » afin d'y loger un régent et quatre orphelins, et non davantage. Pour leur entretien, il fit don dune rente de 3oo livres prise sur ses biens. Les revenus étant devenus insuffisants, ils servirent, à partir de 1616, à ajouter deux enfants de chœur à la maîtrise de l'église Notre-Dame.
Nous ne citons que pour mémoire l'autorisation donnée par le Conseil de Ville, le 2 avril 1548/9, à un sieur Pierre de Cappy, natif de Paris, de tenir école pendant trois mois.
Même monopole à Besançon, à Gray et à Arbois.
cipalat (i), il convient d^adjoindre à ces revenus les honoraires de professeur. Avant 157I5 les régents es arts ne touchent que 25 francs et 20 francs (2). L'ordonnance du duc d'Albe, du 18 mai 1571 (3), augmente leurs traitements de cinquante francs. Ceux qui professent le droit canon comme Phœnix, la théologie comme Bartheault, le grec comme Sautheret ou les humanités comme Gollut sont mieux traités. Celui-ci devait recevoir annuellement cent cinquante francs^ Sautheret cent j francs. Nous ignorons quels furent exactement " les émoluments attachés aux chaires de théologie et de droit canon ; mais l'ordonnance citée nous apprend que les lecteurs en théologie 1 furent augmentés de deux cents francs (4), et ceux en droit canon de deux cents et cent francs. Empressons-nous d'ajouter que ces augmentations ne furent jamais payées régulièrement.
(i) Nous n'avons constaté sur la liste des professeurs à l'Université (Beaune et d'Arbaumont) que l'absence de deux principaux : Regnault Poinsot qui ne fonctionna que quelques semaines, et Laurent Prynez resté deux ans en charge seulement.
(2) Beaune et d'Arbaumont, Les Universités de Franche- Comté, p. CXII, note 2.
(3) Arch. du Doubs, Université, cart. i, cote 2.
(4) Une prébende à l'église collégiale de Dole était de plus attribuée â chacun d'eux. Bartheault ne fut pourvu de la'sienne qu'en i562, n'étant plus principal.
Tout compte fait, le chapitre des recettes compensait tellement peu celui des dépenses, que le Conseil dut, en 1575, procéder à trois élections successives pour donner un successeur à GoUut.
Une situation pécuniairement aussi modeste n'était, du reste, point particulière aux principaux de Dole ; il suffit pour s'en convaincre de feuilleter les nombreux travaux publiés sur les collèges dans ces dernières années (i). Pas plus qu^aujourd'hui, on n'avait l'habitude de faire des ponts d'or à ceux qui se vouent à la pénible mission d'enseigner les enfants.
Riches de science, mais légers d'argent, nos principaux firent plus d'une fois appel à la générosité du Conseil de Ville. En 1541, il fut voté 25 francs à Michel Jannet pour acquitter le loyer de la maison de Cîteaux (2) ; à Jehan
(i) A Arbois, le principal reçoit loo francs, ou i5o francs si sa gestion est bonne; on lui donne en outre 20 francs pour un régent fBoussoN de Mairet, Annales historiques et chronologiques de la ville d' Arbois, p. 217 et 257).
A Salins, en 1591, le principal Bonnet a un traitement de 3oo livres (J. Tripard, Notice sur Li ville et les communes du canton de Sali?is, p. 218).
A Troyes, à k fin du xyi" siècle, le principal n'avait aucun traitement, mais la rétribution scolaire lui appartenait (G. Carré, loc. cit.).
A Digne, il est alloue 75 florins au principal en i54()(J. Ar- Noux, loc. cit.).
(2) Delib., 28 juin 1541.
Mathieu 6 écus soleil pour lui aider à prendre le grade de docteur es droits (i). Par délibération du 2 octobre 1573, sur sa requête, il fut permis à Gollut en raison de la cherté des vivres de n'entretenir que trois régents ; deux ans auparavant, la Ville lui avait fourni une provision de bois pour le chauffage du Collège.
Plus favorisée que d'autres villes du Comté, ou bien plutôt grâce à sa vigilance constante, Dole, pendant toute la période que nous étudions, eut toujours à la tête de son École de grammaire, Regnault Poinsot et Bartheault exceptés, des sujets à la hauteur de leur tâche. Dans la galerie de leurs portraits, autour de ceP.e de l'historien Gollut^ connue de tous les lettrés Franc-Comtois, se groupent quelques figures qui ne manquent pas d'un certain relief.
C'est d'abord, en suivant l'ordre chronologique^ Pierre Phœnix, de Lure. Ses aptitudes remarquables le désignèrent au Conseil de Ville, bien qu'il ne fût qu'étudiant à l'Université, pour remplir les fonctions de principal du Collège, en 15 14. Pourvu d'une lecture à la faculté des arts, il devint ensuite, au rapport de
(il Délib., 20 février i553/4.
Gilbert Cousin qui avait étudié sous lui^ professeur en droit canon. Il occupa pendant les dernières années de sa vie un siège de conseiller au Parlement. Sa parole faisait autorité à Dole en matière d'enseignement. Les éditeurs de GoUut (Arbois, Javel, 1846), et après eux Beaune et d'Arbaumont {loc. cit.) font dater de Tannée 1556 sa nomination de conseiller au Parlement, alors qu'il était mort, ainsi que le prouve un passage du programme d'études soumis par Jehan Mathieu au Conseil en 1553 (i).
Vient ensuite Antoine de Brugnard que ses contemporains avaient surnommé le Grec, — c'est le plus souvent ainsi qu'on le trouve désigné dans les registres du Conseil. — Il était déjà en possession d'une chaire à TUniversité lorsqu'il prit pour la première fois (15 3 1/2) la charge de principal des écoles. C'est le même personnage que le professeur de droit dénommé Brugnario par Labbey de Billy (2). Beaune et d'Arbaumont l'ont également inscrit parmi les professeurs de philosophie et de belles-lettres. Peut-être, en raison même de son surnom, conviendrait-il de le ranger aussi parmi les professeurs de grec; car, bien qu'une chaire de
(i) Arch. mu 11., cote 145 i. — V. aux pièces justif. (2) Histoire de l'Université du comté de Bourgogne.
langue grecque à l'Université n'ait été fondée qu'en 1570, renseignement de cette langue y existait de fait depuis de longues années, témoin Hugues Babel qui l'enseignait vers 1520. De Brugnard ne fut pas seulement un professeur distingue, mais encore un bon administrateur. En 1539, lorsqu'il quitte momentanément la principalité, le Conseil de Ville prend une délibération pour le remercier « des bonnes diligences qu'il a prinse de son temps au gouvernement desd. escolles (i) ». Il passe le reste de sa vie à Dole où il fait partie du Magistrat ; et en raison de son savoir et de sa grande expérience, il est consulté au préalable sur toutes les décisions que les officiers municipaux doivent prendre au sujet des écoles.
On lit dans la nouvelle édition de Gollut, aux notes rectificatives (col. 1768) : « Antoine Brognard (2), originaire de Montbéliard, professait le grec à Dole vers l'année 15 10. De retour dans sa ville natale, il fut nommé chanoine de l'église collégiale Saint-Maimbœuf. Erasme correspondait avec lui, et l'on trouve dans le volumineux recueil de ses lettres, celle
(i) Delib., 3o décembre i53g.
(2) Brognard ou, d'après d'anciennes cartes, Brugnard est aussi le nom d'un village voisin de Montbéliard.
qu'il lui adressa le 27 octobre 1524 au sujet des tentatives de réforme religieuse faites alors dans cette ville par Guillaume Farel. »
S'il y a, comme le pense Ch. Duvernoy, identité de personne entre de Brugnard et Brognard, ce que nous n'avons pu vérifier, on est obligé d'admettre que la présence d'Antoine de Brugnard à Montbéliard ne fut pas de longue durée et qu'il dut pour revenir à Dole, renoncer à son canonicat (i), à moins toutefois qu'il n'eût été dispensé de la résidence.
Jehan Mathieu, docteur es droits^ était, dit Gollut, natif de Pohgny. Il fut pendant son principalat promu à une chaire à la facuhé des arts. Son plan d'études, document pédagogique important, dénote chez l'auteur^ en même temps qu'un jugement droit et un esprit sain, une intelhgence ouverte à tous les progrès de la science de l'éducation. Beaune et d'Arbaumont nous indiquent Jehan Mathieu comme professeur de philosophie à l'Université en 1583 ; mais un article du. registre des délibérations du Conseil de Ville (5 janvier 1 570/1), nous permet d'affirmer qu'il était mort en 157 1, et nous apprend en même temps qu'il avait
(i) L'abolition définitive du culte catholique à Montbéliard n'eut lieu qu'en novembre i338.
traduit rouvrnge de Constantin Lascaris, Carmina aiirea Pythagorea. D'après Chevalier, il aurait eu pour neveu le maître d'écoles de Vercel, Pierre Mathieu, devenu célèbre comme conseiller et historiographe de Henri IV.
Le Comté de Bourgogne prit une part active au mouvement littéraire du xvi^ siècle ; il fournit à la Renaissance un contingent respectable de poètes, d'érudits, d'orateurs, de philosophes et d'historiens. C'est parmi ces derniers qu'on peut ranger en bonne place Louis Gollut (i). Né à Pesmes en 153^, il vint de bonne heure faire ses études à l'Université de Dole où il se lia d'amitié avec Claude de la Baume-Montrevel^ qui fut placé peu après, malgré son jeune âge, sur le siège archiépiscopal de Besançon. Gollut accompagna le nouvel archevêque dans un voyage qu'il fit à Rome et y séjourna quelques années d'où il passa en Espagne. A son retour en Franche-Comté^ il suivit les leçons de droit à l'Université^ se fit graduer et recevoir avocat. Élu principal du Collège de grammaire, il fut, grâce à Tintervention active du Magistrat, le premier pourvu de la chaire de « professeur latin en lettres
(i) Nom qu'on trouve aussj f;crit Golut et Goulut. Il'existe encore à Dole une famille Goulut.
humaines >> créée par une ordonnance de 1 570. Après avoir quitté la direction du Collège, il continua à plaider au Parlement tout en faisant ses leçons à l'Université. Devenu membre du Magistrat de Dole, il en fut élu vicomte-mayeur en 1591, 1592 et 1595 ; il mourut de la peste à l'âge de soixante ans, au mois d'octobre de cette dernière année. GoUut fut marié deux fois. Sa première femme était fille de Jehan Mathieu, ancien principal du Collège; la seconde, d'Etienne Vurry, vicomte-mayeur, trésorier particulier de l'Université. Le gendre alla habiter la maison de son beau-père, Tune des plus belles de la Ville 'i); c'est là qu'il composa ses Mémoires des Bourgougnons de la Franche-Comté (2).
Malgré d'assez nombreuses erreurs, cet ouvrage n'en reste pas moins un remarquable travail d'ensemble sur Thistoire de la Franche- Comté. Gollut est le premier qui ait osé remonter aux antiquités séquanaises. Au mérite de la composition se joignent les quahtés du style : bonne foi, naïveté, simplicité. A l'apparition des Mémoires arrivèrent à l'auteur de tous les points de la Province des félicitations et des
(i) Rue Besançon, n° 7. C'est une des rares maisons qui aient échappé au sac de 1479.
(2) Dole, Ant. Dominique, 1592.
yO UN COLLEGE FRANC-COMTOIS
récompenses. Le Magistrat de Dole lui vota une gratification de cent francs.
Il ny eut pourtant pas unanimité. Gollut avait affirmé dans son ouvrage que les habitants de Besançon, jusque vers la fin du xn^ siècle, avaient été mainmortables et donnait à Dole le titre de capitale du Comté. Les Bisontins s'en irritèrent. La première assertion était pourtant vraie, et, d'autre part, Besançon ne pouvait prétendre au titre de capitale, puisque, ville libre et impériale, elle n'était pas sous la dépendance des Comtes de Bourgogne. Sur la plainte de leur syndic, les gouverneurs de Besançon prohibèrent sous peine d'amende arbitraire la vente du livre de Gollut dans toute retendue de leur juridiction. Exaspéré, l'auteur répondit par un pamphlet de la dernière violence : Apologie ou Deffence des Mémoires de la Franche-Comté de Botirgougne contre cela que la Maison de Ville de Besançon hat décrété (i). Le style emporté et même grossier de ce libelle contraste tellement avec le ton religieux et modéré des Mémoires que quelques-uns l'ont
(i) Une copie de cette pièce (54 pages in-folio) se trouve à la Bibliothèque de Besançon, collection Chifflet.
VApolo^ie a été publiée par l'Académie de Besançon dans ses mémoires annuels (année 1872, p. 107).
tenu pour apocryphe. Nous nous permettons de ne point partager cet avis. Gollut était loin d'être tout en douceur et en modération; la passion avait, au contraire, tellement d'empire sur cet homme qu'elle le poussait aux extrémités les plus violentes, ainsi qu'on va en juger. Sous la cote 1455, ^^^ trouve aux archives de THôtel-de-Ville de Dole une requête adressée au Magistrat en 1572 ou 1573 par Didier Grodare, maître es arts de l'Université de Paris et second régent au Collège de Dole, se plaignant des mauvais traitements du principal. Une première fois, le dimanche 5 décembre, en présence des élèves qui revenaient de vêpres, Golkit assaillit d'injures Grodare et le terrassa; il se préparait à le frapper lorsque deux régents vinrent au secours de leur collègue. Une seconde fois, le 23 janvier suivant, « après avoir souppé en compaignye, lui donna tel coup de poing sur le visaige qu'il fist sortyr le sang du nez et bouche dud. suppliant » et le jeta par terre « avec grand nombre d'injures atroces et intolérables, indignes de luy et de la personne dud. suppliant ». Le principal s'était-il, « en compaignye », piqué le nez ce soir-là ? 11 y aurait alors lieu d'attribuer dans ce dernier attentat une part de responsabilité aux vins de
GalIe-Perdrix ou de Jouhe (r) que Gollut mettait en comparaison avec les meilleurs crus de la Bourgogne. Quant à Grodare, loin d'admettre des circonstances atténuantes^ il conclut en demandant qu'on lui permît de résilier son contrat avec Gollut et de poursuivre celui-ci devant le bailli de Dole. Nous ne savons quelle suite fut donnée à l'affaire, les registres du Conseil n'en portent aucune trace.
Par ses intempérances de langage, Gollut, qui ne respectait pas même l'administration municipale, s'attira de la part du Magistrat, en 1575, une verte algarade. Pour « les irréverendz propos desquelx il avoit usé à l'endroit du sieur mayeur (2) x)^ peu s'en fallut qu'il ne/^ fût poursuivi.
Outre ses Mémoires, sa Gymnasii dolani grammatica latina et son Apologie, Gollut a laissé :
Paroles mémorables de quelques grands personnages, entre lesquels sont plusieurs mots joyeux et rustiques. Dole, Dominique, 1589 ; volume rare.
En manuscrit : 1° Dictionnaire des personnes et des choses nommées dans V histoire depuis cinq
(i) Galle-Perdrix, lieudit du territoire de Dole, aujourd'hui, par corruption, Caille-Perdrix; Jouhe, village à 6 kilom. N. de Dole.
(2) Délib., 28 juin \l^5.
cents ans ; 2° De veterum philosophorurn familiis^ siiccessionibiis et regtilis ; 3° Syntagmata etinstitutiones œconomia litterarice^ rerumqtic politîcaruni et militarhun ; 4° Commentaires sur Pomponius Mêla,
Ces travaux inédits ne nous sont pas parvenus. On pense qu*ils furent détruits dans Ténieute du 10 juin 1668, où la bibliothèque de son fils, conseiller au Parlement, fut jetée dans la rue et dispersée (i).
Antoine Garnier, iils de Hugues Garnier écuyer, et de Claudine Déchamps, naquit à Gy. Il était depuis quinze ans professeur de grec à l'Université lorsqu'il fut nommé principal du Collège en 1576. Dix ans plus tard, il obtint une charge de conseiller au Parlement. Les talents qu'il montra dans les diverses négociations dont il fut chargé en Flandre et en Suisse lui valurent dans la suite la vice-présidence de cette Cour, poste qu'il conserva jusqu'à sa mort arrivée entre les années 1620 et 1630. Sa famille, originaire de Besançon, subsiste encore.
(i) Pour plus de détails sur Gollut, consulter la notice biographique que lui a consacre'e Bousson de Mairet en tête de la nouvelle édition des Mémoires. On peut voir aussi letude de M. le président Ci^ekc, Louis Gollut ou l'Histoire en Franche- Comté au xvi« siècle [Mémoires de l'Académie de Besançon^ afince 1872).
On connaît l'existence aventureuse que menaient une foule de maîtres au xvi^ siècle. Tourmentés par le besoin de l'inconnu, ces hommes, comme les ménestrels des âges précédents, couraient les grands chemins de l'Europe occidentale colportant grec et latin au plus juste prix. Parmi ces semeurs d'idées, il en fut qui, dans la mêlée religieuse soulevée par les Luther et les Calvin, prirent position contre les antiques croyances. L'éducation ayant la reHgion pour fondement, on voit quel péril l'hospitalité accordée à ces maîtres nomades pouvait faire courir à la foi catholique dans une province comme la nôtre, aux frontières de laquelle s'étaient implantées les doci trines réformatrices. Ajoutons que si beaucoup^ d'entre eux étaient aussi lettrés que pauvres, on comptait dans le nombre pas mal d'ignorants, manœuvres besogneux plutôt" qu'ouvriers de la pensée, incapables d'inculquer à leurs disciples autre chose qu'un barbare latin n'ayant rien de commun avec la langue de Virgile et de Cicéron.
Pour conjurer ces dangers, les quatre régents choisis par le principal sous sa responsabilité devaient, disent expressément les traités, être J « de bonne vye, cathohcques, doctes et sça-
vans )) . Ce n'est pas tout, il fallait encore qu'ils fussent « personnaiges de réputation » afin d'augmenter le respect que devaient avoir d'eux les enfants. Il leur était prescrit d'avoir des vêtements convenables et décents, longue robe noire et bonnet carré. En tout et pour tout ils étaient tenus de donner le bon exemple à leurs élèves. Pour maintenir ceux-ci dans la crainte de Dieu et de son Église, les régents les accompagnaient à la messe, aux vêpres, aux processions et aux sermons. Recommandation leur était faite d'éviter la familiarité avec les enfants, de crainte que l'autorité du maître sur le disciple ne pût être diminuée ou même méprisée. Sur les questions de discipline et d'enseignement, les conseils et les préceptes ne leur étaient pas épargnés : nous traiterons plus loin de ces sujets.
Pour premiers ou notables régents, on prenait, autant qu'on le pouvait, des maîtres es arts sortis des Universités de Paris et de Louvain, établissements jouissant tous deux d^un grand renom. Ram us disait dans ses Advertissements sur la réformation de l'Université de Paris au Roy : « Le bruit et la renommée de l'Université de Paris court par toute l'Europe où le latin est entendu^ de façon qu'on n'estime point celuy
avoir esté bien institué aux lettres qui n'a estudié à Paris. Geste université n'est pas l'université d'une ville seulement, mais de tout le monde universel; quelle est la discipline de ceste université, telle est la discipline du reste du monde. » A leur défaut, et aussi pour les deux dernières régences, on s'adressait aux Franc-Comtois, moins savants peut-être, mais offrant de meilleures garanties de stabilité.
Il ne nous est guère parvenu que les noms d'une dizaine de ceux qui fonctionnèrent aux Écoles de grammaire de Dole. Gérard Bartheault de Port-sur-Saône, frère du principal du même nom, était premier régent en 1556. Nandoillet de Ghamplitte , Duval , Pierre Ghrestien de Port-sur-Saône, enseignèrent sous le principalat de Bartheault. Jehan Brulard de Ghamplitte, maître es arts^ fut premier régent de Gollut et lecteur à l'Université ; le parisien Didier Grodare qui fut aussi lecteur, Denis Vaichier prêtre, Jehan Bernard et Guillaume Lefort exercèrent également sous Gollut. Enfin le flamand Jodoc Vaiden de Guyle, eut la première régence sous le principalat de Garnier. En 1583, il passa préfet des études au, Gollège des pensionnaires et put, en cette qualité, conserver la lecture aux arts à l'Univer-
site qui lui avait été attribuée antérieurement. Les émoluments des régents se composaient d'un traitement fixe, et, comme nous disons aujourd'hui, d'un éventuel. Nous n^ avons que des renseignements incomplets sur la partie fixe de leurs honoraires. Le premier régent de Bartheault recevait cinquante fi-ancs annuellement. Un peu plus tard^ la Ville donna, avons-nous vu^ quatre-vingts francs par an aux principaux, pour leur aider à entretenir les deux premiers régents. Aucune autre indication ne nous est donnée sur ce point (i). Les ressources éventuelles comprenaient en premier lieu la redevance acquittée par les élèves au commencement de la lecture de chaque nouveau livre, ensuite le prix des chandelles qui n'était pas fixé par les règlements, les étrennes dues à la libérahté des parents, et enfin les règles ou amendes disciplinaires tarifées à raison d'un
(i) A Gray, en iSqS, le premier régent recevait 40 e'cus, le deuxième 20 et le portier 5o {Ch. Godard, loc. cit.).
A Arbois, la même année, l'unique régent était paye 20 francs (BoussoN DE Mairet, loc. cit.).
A Salins, en 1 591, les régents au nombre de quatre avaient un traitement variant de 60 à 1 5o livres (J. Tripard, /oc cï7., p. 218).
A Moulins, en 1595, on donnait au premier régent 40 écus sol, aux deuxième et troisième 3o,et au quatrième 2o(Bouchard, loc. cit.).
A Vcrneuil, en 1599, le premier régent avait 5o écus sol par an (Le Collège de Verneuil, op. cit.).
blanc par quinzaine lorsqu'elles étaient infligées par les régents. Le principal était tenu de veiller à ce que, de ce chef, il ne se commît pas d'exactions.
De même que pour le principal, toutes fois qu^un premier régent était nouvellement installé, le Magistrat, dans le but d'améliorer sa situation pécuniaire^ faisait auprès des distributeurs de l'Université des démarches afin de lui obtenir une lecture aux arts. Les registres municipaux contiennent maintes délibérations relatives à cet objet. Mais si le régent quittait son emploi au Collège, il perdait ipso facto sa lecture. Nous avons donné ailleurs le taux des gaiges d'un lecteur à la Faculté des arts.
A diverses époques et notamment en 1545 et 1554, le Conseil de Ville adressa des requêtes au Souverain à l'eff'et d'obtenir que les lectures d'arts de l'Université, qui se faisaient au moins en partie au Collège de grammaire, fussent toutes quatre attribuées par les distributeurs aux maîtres de cet établissement, de préférence à de simples étudiants, ainsi qu'il arrivait parfois. Le vœu de la municipalité ne paraît pas avoir jamais été complètement exaucé.
Le jeune homme chargé d'enseigner les petits enfants était ordinairement un pauvre diable
venu à Dole pour achever ses études à TUniversité. Le principal lui donnait le vivre, le couvert et un petit traitement. De 1583 à 1590, sous les principaux-économes^ il cumula les fonctions de maître primaire avec celle de portier (i). Auparavant celui-ci n'était qu'un simple valet et non, comme dans certaines écoles au xv^ siècle, à Troyes notamment, un fonctionnaire semblable à nos censeurs de lycées. En 1588, sur les doléances de l'économe de Soye, la Ville accorda dix francs, à prendre sur le revenu de l'hôpital, à Guillaume de Montgenet^ portier enseignant les abécédaires.
(i) Il en était de même à Gray en iSgS (Ch. Godard, loc. cit.)