‹ Un collège franc-comtois au XVIe siècleChapitre 7 sur 25 · LA DISCIPLINE · texte numérisé non relu

LA DISCIPLINE

Voilà certes des journées bien remplies ! Nos modernes collégiens ne se plaindront assurément pas d'être nés trois cents ans plus tard. Outre qu'ils sont loin aujourd'hui de donner la même somme de travail, un mauvais plaisant n'avait pas alors inventerai usum delphiniylt mot qui a fait fortune depuis, le surmenage intellecttteL Ce surmenage nous fait, par parenthèse, à nous professeurs, l'efiet de cette planète intramercurielle dénommée Vulcain, mais sur laquelle aucun astronome n'a encore réussi à braquer un objectif (i).

Les règlements en français ne se contentent pas de fixer l'emploi du temps, Tordre et la forme des lectures, ils donnent aux maîtres des indications sur la direction morale des élèves. On prendra soin, est- il dit, que les enfants ne soient corrompus par de mauvais exemples et que leurs entretiens ne soient entachés de blasphèmes. Dans l'École^ devront être aussi défendues « les confabulations vilaines afin que les enfans ne s'accoustument à icelles et ne perdent temps )). Sous l'influence des Jésuites, les femmes seront plus tard bannies du Collège des

(i) Empressons-nous d'ajouter que, pour nous, le surmenage n'a rien de commun avec le problème de l'éducation physique ; la question est autre.

pensionnaires, pour éviter (( tout scandale et soubçon et aultres desbauches qui pourroient réussir »; le service sera entièrementfeit par des domestiques hommes. La femme de l'économe Bricon ne pourra même pas pénétrer au Collège. Les mœurs moins barbares tempèrent la rudesse de la discipline. Il est recommandé aux régents d'user à Tégard des écoliers d'une douceur relative, de se montrer réservés dans Tusage des punitions, de préférer les exhortations aux châtiments. « Que Tire ne les surmontera pour legière occasion afin d'estre trop rudes ausd. enfans. Que le chastoy et verges soient seulement préparez aux maulvais et trop négligens, veu que par honte, remonstrances, admonitions et libéralité, la jeunesse est plustôt retenue en debvoir d'ofiice (i). » On retrouve les mêmes conseils de modération dans les règlements de Besançon et de Gray, .ce qui prouve qu'il a été tenu compte des protestations des humanistes contre les « cris, et d'enfans sup-

(i) Au xiv« siècle, Gerson disait déjà : « Ne pueri caedântur verberibus ; minime iracundus sit praeceptor. » (Cité par M. G, CoMPAYRÉ, Histoire critique des doctrines de l'éducation, p. 58, note 3.)

« On obtiendra plus de bons résultats par l'espoir de l'honneur et des récompenses et par la crainte du déshonneur que par les coups », ajoutera plus tard le Ratio studiorum des Jésuites (V. CoMPAYRÉ, lOC. cit., p. 174).

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