Hœdick et Houat
4, Brehat et Chausey.
tranquille payx de dix années, remettant la navigation et ung gouvernail au pauvre navyre errant, suyvant les advis cy-après déclarrés, l’on poura rendre le roy maistre de la mer et redoutable par tout l’unyvers à toutes les natyons.
Et comment doncq faire ? Voyr la scituation de la France, et sçavoyr sy touttes choses nécessayres pour la navigation s’y trouvent; ce quy est très facille à prouver, car dans tout le globbe terrestre, il ne se trouvera pas ung royaulme quy se puisse esgaller à sa bonté.
Lequel est scittué soubs la zone tempérée quy a quatorze degrés de longitude et huit et demy de latitude, depuis Callays jusques à Bayonne. Il y a de costes troys cens soixante lieues, où la mer occéane cireuyt touttes les costes, scavoyr de Piccardye, Normandye, Bretagne, Poyctou, pays d’Aulnys, Xainctonge et Guyenne; dans lesquelles provinces, il y a quantitté de grandes rivyères portant batteaux quy traversent le royaulme de tous ayrs de vants. Les unes [ vienent à tomber dans la mer occéane, et les aultres dans la mer Méditeranée, quy ont la communiquation libre du traffic de marchandises par touttes les aultres provinces, comme la ryvyère de Loyre, le Rosne, la Garrone, la Dordone, qui randent presque par eau la Méditeranée communicable avec l’occéan.
Sy bien que facillement de touttes les costes d'Angleterre et Provance, quy sont bornées de la mer Méditeranée depuys le midy jusques à l’oryant, l’on peult facillemant fayrre transporter les marchandises d’une mer à l’aultre, par ces grands fleuves, que l’on peult dyre estre faits à souhait pour randre ung royaulme riche et puissant par le moyen du commerce.
Je diroy en passant de la mer Méditeranée que, pour la puissance du roi, il lui convyent tenyr à Marseille et à Thoullon 25 gallères quy seroyent capables de empescher la communiquation de l'Espagne et d’Itallye. C’est une des plus grandes apréhensions qu’ayt le roy d’Espagne de voyr la France en estat de luy rompre ses desseings de ce costé-là. Mays d’avoyr des gallères à la paye, comme celles de Marseille à neuf mil escus par an, elles ne peuvent fayrre aucun exployce de guerre. Il fault au moings quinze mil escus l’année pour chascune gallère, affin de les fayre servyr honorablemant et utillemant. Nos gallères de Malte ! coustent chacune vingt mil escus par an et sy les gallères de Marseille ne font des cources contre ceulx d’Arger et corçayres de Barbaryes l’on ne s’en doibt prendre à M. le général des gallères, d’aultant que tout son bien ne suffyroit pas s’il falloyt fayrre des cources tous les ans. Il ne pouroyt pas choysir en France ung seigneur plus digne et quy soit plus soigneux de sa charge que M. d’Empyerre, ayant touttes les vertus requyses pour bien commander. Mays sa puissance n'esgalle pas sa bonne vollonté. Pour les embarquements des vaisseaux ronds, je ne les trouve auculnement nécessayres, d'aultant qu'ils ne peuvent empescher les gallères d’aller où elles voudront socouryr des places, et sy des vaisseaux ne peuvent jamays prendre des gallères, mais des gallères prennent bien des vaisseaux. On peut juger, puisque le roy d’Espagne n'arme point de gallions dans laditte mer Mediteranée (au contrayre se rand fort de gallères), que c'est qu’il juge que les vaisseaux y sont inutilles, Au moings, c’est mon sentyemant, Les ports de Marseille et Thoullon
1, Nous rappelons que Isaac de Razilly était chevalier de Malte.
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ISAAC DE RAZILLY. 21
sont les meilleurs ports de la Méditeranée. Et pour les ports de l'Océan, sont :
Sçavoir en la Picardie :
Callays (Calais) ", Boullongue (Boulogne), Sainct-Vallery (Saint-Valery-sur- Somme), Estappe (Etaple).
Geulx de Normandye : -
Dieppe, Sainct-Vallery (Saint-Valery-en-Caux), Fescamp (Fécamp), Le Havre de Grâce, Honnefleur (Honfleur), La Hougue, Cherbourg, Grandville (Gran ville), l’isle de Chousé (Chausey).
Ceulx de Bretagne :
Sainct-Mallo (Saint-Malô), Breat (Brehat), Morlays (Morlaix), Roscou (Roscoff), Camaret, Brest, Conquerneau (Concarneau), Hodierne (Audierne), Plemar (Plæœmær), la rivyere de Quimperlé, le port Louys, Morbian (Morbihan), la Roche Bernard, la chambre d’Ouarcq, Le Croisic, Sainct-Lesere (Saint-Nazaire).
Ceulx du Poictou:
L’abbaye de Bourneuf (ainsi écrit), l’isle de Marmoutier (Noirmoutier), Bonyn (Bonin), Beauvais (Bauvoir), Sainct-Gilles (Saint-Gilles-sur-Vie), Les Sables d’Aulonne (Les-Sables-d’Olonne), La rivyère Sainct-Benoist, Lesguillon (PAiguillon).
Geulx du pays d’Aulnis, Xainctonge et Guyene :
Marrans (Marans-sur-la-Sèvre), trois ports en lisle de Rhé, La Charante (Uharente), Brouage, Suèdre (Seudre), Mornac (à 2 k. 1/2 de la rive gauche de la Charente), Merche (Méchers sur la Gironde, rive droite), Tallesmont (Talmont, id.), Mortagne (id.), Blaye, Bordeaux, Bayonne, Sainct-Jéhan-de- Luse (Saint-Jean-de-Luz).
Les meilleures havres sont :
En Bretagne, commoddes pour y mettre des navyres de telle grandeur que l’on vouldra.
Or, sy quelqu’ung demandoyt s’il y a en France nombre de forests et de boys pour bastyr navyres, et s’il ÿ a quantitté de chanvres pour fayre cables ei voyles, et du fer pour fayre la clousterye, je respondray : que l’on ne sçauroyt desduyre le grand nombre de forests et bons boys qu’il y a depuis Callays jusques a Bayonne, proches de la mer ou des rivyères, capables de bastir plus de navyres qu'il y en a dans l’Europpe, aussy de la chanvre et du fer à l’équipollant, dont nos voysins ne sont fournis que par nostre moyen.
L’on croyra peult-estre que c’est faulte de charpantiers que l’on ne bastit poinet de navyres, veu que l'on les envoye fayre aux Hollandoys, lesquels emportent l'argent de France, qui n’y vient plus, sy ce n’èst pour achepter de nobre boys, pour nous le revandre en vaisseaux ?,
Je ne croy pas que pareillemant l’on entre en doubte s’il y a en France du pain et des vyandes pour munitionner tant de vaisseaux que l’on voudra s’imaginer de bastir; car ung chascun sçayt que nous donnors la pluspart de nos bleds à l'Espagne, nos vins et sel à l'Angleterre et Hollande,
Pareillemant, cela ne peult estre en doubte sy les Françoys sont capables
1. Pour plus de clarté, nous restituons dans le texte l'orthographe actuelle. 2. Rapprocher l'opinion des négociants de Rouen, dont de Lauson rend comple en 1626 (Cf, notre article dans la Revue de géographie de novembre 1885),
| 2) DE Re inetintésine A OO
de naviguer, de planter colonyes et se battre hardyement. Ce serait offancer | cette brave nation quy de tout temps a faict mespris de sa vye pour acquérir | de la gloyre. 11 se veoid journellemant en se reyaulme qu’ung gentilhomme aymeroyt mieux paltyr toutte sa vye, n’avoyr jamays de bien, que de souffrir la moindre offense et injure, sans la repoulser par ung duel, d’aultant que l’on y a attaché l’honneur. Et que sy ceulx quy font cela avoyent la lumyere qu’il y eut de la réputation d’aller naviguer dans tout l’univers pour y planter des | colonyes à la gloyre de Dieu et service de son Roy, joint à randre leurs noms | immortels, une de ses considérations pourroyt esmouvoyr la noblesse françoyse d'aller libremant aux pays les plus esloigués pour y exposer leurs vyes et | leurs biens, affin d'acquérir une bonne renommée. Mays ce quy a empesché | que les personnes de quallitté ne se soyent mis sur la mer, ça esté que ceux ° quy ont gouverné l’Estat cey-devant se sont moqués de la navigation, et | tenoyent pour fols ceulx quy y alloyent, et ce, suyvant le précepte de Rabe-
lays quy dit qu'il fayt bon avoyz ung pied sur la terre et que l’aultre n’en soyt
pas loing!. Tellement qu'ung chascun, pour n’estre estymé fol et hipopon-
driacque n’a voulu aller sur mer jusques à présant, sy ce n’est aux pays étian-
gers, sous d’aultres princes, où il se trouvera plus de deux cens mille hommes
françoys, soyt en Espagne, Hollande, Itallye et Angleterre, lesquels sont des
premyers aux coups dans touttes les battailles quy se puissent trouver. Tous
les embarquemans en guèrre de la mer Méditeranée des vaisseaux ronds se
sont faicts par les Françoys, quy ont faict des combats admirables. Et mesme
du temps de Messieurs le commandeur de la Porte et le chevallyer de Beaure-
gard, ils se sont trouvés plusieurs fois qu'eux et tous leurs gens n’avoyent que
vingt-deux febves par jour et ung peu d’eau; et néantmoings, ils portoyent leur
faim patyemment, et vollontayremant, pour altandre le jour d'acquérir de l’hon-
neur et du bien. Et ne se trouvera pas que jamays Espagnol aye voullu partyr : de la façon. Il est vray que les Françoys pâtissent plus que touttes les nations du monde.
S'il fallait représanter tous les vaisseaux de la Normandye et Guyenne quy sont allés au longs cours, aux costes d’Affrique et de l'Amérique, la famyne, la peyne et le soing qu'ont tous les soldats et mathelots dans les voyages, lon ne le sçauroyt croyre, ayans esté contraints quelqueffois de manger jusques à leurs soulliers, se contenter d’une playne mayn de faryne, de racyne d'arbres par jour et demy plan verre d’eau; et quant l’on pouvoyt attraper quelque sourits ou rats, c’estoyt ung festin et resjouissance. Je me suys trouvé plusieurs foix en ses extrémitez là, et voir que tous mes solsdats suportoyent cette fatigue patyemment avecq de fortes résolutions. Néantmoings, il fault croyre que l’espérance que l’on a d'acquérir de l'honneur et du bien font oublier touttes sortes de travaux. Et est doncq très-certain que toutteffoix et quantes que le Roy et ; les ministres de so Estat donneront des honneurs aux naviguans, anobliront ë ceux qui trafficquent aux terres estrangères, que Sa Majesté tesmoingnera à
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