P, Dan : Histo’ re de Barbarie (Paris, 1649), pp
3, On en avait racheté 240 à Salé (ef, P, Dan, loc, cit.)
4, Cf, Voyage d'Afrique, déjà cité, et P, Dan, loe, cit.
5, Nous avons aujourd'hui, au Maroc, un envoyé extraordinaire ministre plénipotentiaire, résidant à Tanger, un vice-consul de Casablanca ct Kabat (près
Le succès de l’entreprise de Razilly lui en fit presque aussitôt confier une plus importante : il fut chargé de préparer une expédition pour enlever le Canada et l’Acadie aux Anglais, qui s’en étaient traîtreusement emparés en 16261, Mais avant qu’il eût appareillé, Richelieu gvait obtenu du roi d'Angleterre le désaveu du capitaine Kertk et la promesse d’une restitution intégrale. Le traité fut signé à Saint-Germain-en-Laye, le 29 mars 1632. Alors on confia à Razilly, le 27 mars, la mission d’aller recevoir des mains des Anglais les colonies usurpées. Il lui fut remis un inventaire détaillé des pièces nécessaires dressé par devant M. E. Ferraud, tabellion royal à Saint-Germain-en-Laye?.
L'expédition prenait ainsi un autre caractère. Mais, à la demande d’Isaac lui-même, elle subit une transformation plus importante encore. Une commission royale du 10 mai 1632, contresignée par l’intéressé, autorise le commandeur de Razilly à aller fonder une colonie en Acadie, avec le titre de licutenant-générel en la Nouvelle-France*. Le 19, un acte de la Compagnie des Cent associés lui donne la concession de la rivière et baie Sainte-Croix, sur la côte des Etchemins. « Donnons et octroyons, par ces présentes, dit l'acte, l'étendue des terres et des pays qui sensuivent, à savoir : la rivière et baie Sainte-Croix, isles v contenues et terres adjacentes d’une part et d’autre en ia Nouvelle-France, de l'étendue de douze lieues de large, à prendre le point milieu en l’isle Sainte-Croix, où le sieur de Montz a hiverné, et 20 lieues de profondeur, depuis le port aux Coquilles, qui est en l’une des isles de l'entrée de la rivière Sainte-Croix, chaque lieue de 4000 toises de long. pour jouir par ledit sieur de Razilly, ses successeurs et ayans cause, en toute propriété, seigneurie et justice à perpétuité... à la réserve de la foi et hommage que ledit sieur commandeur, ses successeurs et ayant cause seront tenus de porter au fort Saint-Louis de Québec... par un seul hommage lige, à chaque mutation de possesseur des dits lieux, avec une maille d'or du poids d’une once et le revenu d'une année de ce que ledit sieur commandeur se sera
de Salé), plus un consul à Mogador, Safy n'a qu'un agent consulaire, ainsi que Larache et Tetouan (note due à l'obligeance de M. Girard de Rialle, directeur des Archives aux AN, étr.
1. Champlain, Voyages : Relation de 1690, 2° partie, — Voyage de Daniel de Dieppe.
2. Cette pièce et la suivante sont aux Archives des affaires étrangères : Amérique, 1. — Elles portent la signature du chevalier de Razilly., — Le P, Fournier fait ici confusion (p. 267),
8, Affaires étrangères, Amérique, 1, f 98,
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ISAAC DE RAZILLY. 13
réservé, après avoir donné en fief ou à cens et rente tout ou partie des dits lieux... sans que ledit sieur commandeur puisse traiter des peaux et pelleteries qu'aux conditions portées par l’édit d’établissement de la Compagnie de la Nouvelle-France "7... »
Ainsi donc, Isaac de Razilly devenait un des principaux colonisateurs de l’Acadie. Il y devançait son frère Claude, dont on l’a fait à tort le concessionnaire pour un tiers de cette contrée*. Il donnait l'exemple du dévouement à la cause coloniale qu’il avait si chaleureusement plaidée dans son Mémoire de 1626. Il acceptait de la Compagnie les conditions qu’il avait en partie suggérées, et que, pour cela, nous avons lenu à donner complètes. Il mérite donc pour avoir mis ses actes d'accord avec ses principes (ce qui est toujours une vertu rare), l’estime de la postérité.
Mais il mérite mieux que de l’estime; les mobiles de sa conduite commandent l’admiration. Ce serait lui faire injure, bien que la chose ne soit pas honteuse, de croire qu’il est allé en Acadie par spéculation ou inquiétude d'esprit. [l’a fait par patriotisme ; car il était, comme Courbet qu'il rappelle, un grand patriote. Voyez comme il s'exprime dans une lettre à Richelieu, datée du fort Sainte-Marie-de-Grâce, province de Guyenne en la Nouvelle-France le 25 juillet 1634 : « Nous avons desja, dit-il, mes amys ot moy, avancé 50 000 escus pour le commeucement de ceste œuvre, sans en avoir retiré aucun proffict, sinon des bastiments et des forteresses, munies de 25 canons en batterie, en bonne (sic) estat de deffendre la croix et les lys, et j'employeray encore à cest effect, jusqu’à la dernière goutte de mon sang, attendant le secours qu’il playra au Roy de nous donner, par la faveur de vostre Eminence ”. » Ces paroles sont dignes de l'auteur du Mémoire.
Les actes répondent à ces sentiments. Razilly commença par sauver la colonie. Claude de Latour qui avait été pris par Kertk et emmené en Angleterre en 1628 était revenu en 1630 avec une colonie d'Ecossais!, et, traître à sa patrie, avait voulu faire un établissement au nom de l'Angleterre. Son fils Charles de Latour et Biencourt, fils de Poutraincourt, s'y opposèrent énergiquement;
1. Mémoires des commissaires du roi pour la délimitation de l'Acadie (1751), t, H, P, J., p. 491,
2, Guérin : Navigateurs français. Biographie Didot, ete, — P, Fournier (Hydrographie, p. 267).
J, Affaires étrangères, Amérique, E, & 106,
4, C'est Go co fait que les Anglais ont prétexié pour nommer l’Acadie Nouvelle= Écosse, et la dire anglaise, \Q
mais ils auraient eu le dessous, si Razilly ne fût arrivé. Il repoussa les Écossais et garda aux Français celte terre française.
Cela fait, il se consacra à l'administration de sa concession. Elle fut douce etiatelligentet et a laissé un souvenir cher aux Canadiens- Français. Ils le considèrent comme un des pères de la France d'Amérique, qui est restée si attachée de cœur à la vicille France?. Mais combien, dans cette vieille France, où l'on oublie vite et où l'on reste volontiers ignorant, connaissent seulement son nom ?
Razilly mourut au fort de la Hève en Acadie, à la fin de 1637. Louis XI, par lettre patente du 10 février 1638 ° partagea son commandement entre ses deux lieutenants Charles de Latour, qui eut l'Acadie, et Daunay-Charnizay, qui eut la côte des Etc} mins. Son frère Claude eut la nue-propriété de la concession et bientôl le titre de lieutenant-général.
Telle fut la vie d’un des plus importants el des plus dévoués collaborateurs de Richelieu dans son œu\re coloniale, Il importait de la restituer pour venger un brave d'un oubli immérité, et pour montrer que les leçons contenues dans le Mémoire émanent d'un homme qui avait le droit d'en donner.
Nos contemporains l’écouteront-ils? Peut-être que non. Au moins, ils le connaitront, et ce sera quelque chose.
1. 1 s'exprime ainsi dans sa lettre du 25 juillet 1634 : Lesquels (les Capucins), par leurs bons exemples, nous ont 8} bien conduits que par le grâce de Dieu le vice ne règne point dans cette habitation ot du depuys que j'y suis je n'ay presque pas trouvé lieu de chastiment... (A étr, Amér, 1, f 106).
9, Cf, Un Mémoire sur Pontraincourt, publié par la société royale du Canada, que son auteur, M. Benjamin Sulle, nous à fait la gracieuseté de nous adresser, avec une dédicace.