NOGENT-JOINVILLE
A Fagus.
UNE longue salle rectangulaire décorée de peintures foraines qui ne sontpas sans rappeler — cactus en bois, daturas galvanisés — les œuvres du douanier Rousseau ou de l'école de Tahiti.
Des musiciens sont perchés sur une estrade et, si près du plafond, qu'ils ressemblent à des sauvages accroupis sur leurs tams-tams.
Un quarteron de danseurs, hommes et femmes, bostonnent une valse canaille de la Veuve Joyeuse.
D'autres couples, assis, rêvassent,, silencieux, les poings aux tempes, les coudes avancés sur la table où fleurissent les pippermints. La fumée des cigarettes monte lentement dans l'atmosphère humide...
Par une des fenêtres, du côté des tables, on aperçoit, sur l'autre rive, un bois maigrelet estompé par les brumes de la Marne. Des peupliers sans feuilles piquent de leurs pointes le soleil pâle comme un lampion.
— Clignotements, lumière vibrante des derniers jours d'été ; les ombres sont bleues sur la route
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rose ; la nature procède aujourd'hui par la division du ton.
Deux bouleaux, aux blancs dartres de mousse, sont de garde à l'entrée d'un chemin qui aboutit à une clairière minuscule. Le paysage a déjà sa tenue d'automne. Pourtant, le soleil s'essaie encore à percer la buée légère et les nuages. Mais il est bien faible, ses rayons sont sans force. Et, on devine que tout cela doit bientôt entrer en sommeil pour cinq mois.
Dans le bal, une vague torpeur ralentit aussi le giroiement des quarts d'employés, des faux canotiers et des petites ouvrières en rupture d'aiguille ou de sommier.
Ils se remuent sans joie : ils dansent comme s'ils avaient été payés pour
ça. La flème automnale les travaille...
L'orchestre termine la Veuve Joyeuse. Entr'acte. Les carafes se vident, les pippermints pâlissent.
Brusquement, une musique singulière a réveillé la salle. C'est un trois-quatre trépidant coupé de syncopes et plein de flons-flons langoureux. La Chaloupée ! — Deux «artistes» des restaurants de nuit montmartrois s'offrent la fantaisie d'étonner les indigènes de Nogentsur-Marne et viennent chez Convert danser la Chaloupée en costume...
Les tables sont abandonnées. Un grand cercle se forme autour d'eux.
— Ah ! ma chère, Alfred ma
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emmenée à Montmartre un soir...
fai vu danser au Royal... — Et moi à Marigny... — Par Max Dearly 7
— Oui, et Mistinguett. . . Épatante!. . .
— Cest cochon, hein? — Pour sûr !
— Ah! pas tant que ça! — Cest du chiqué ? — Non ! tu verras !. . .
— La ferme, vous, hé !
L'homme s'avance. Démarche dandinée, casquette aplatie sur le front, guiches ramenées et cosmétiquées:surla nuque les cheveux sont taillés en boule : un foulard rouge remplace le faux-col. Type mil neuf cent dix du souteneur pauvre.
Il s'arrête, siffle dans ses doigts.
« Sa femme » accourt.
Coiffure en casque. Caraco noir très simple, mais largement décolleté et découvrant les seins. Elle se
tient un peu courbée, les mains dans les poches de son tablier rouge.
Marcheuse des boulevards extérieurs, elle semble amener trois mètres de bitume avec elle, sous ses hauts talons.
L'homme a un geste impérieux:
appel d'argent. La femme ouvre les mains, étend les bras d'un mouvement las : «elle n'a rien fait».
Violences, menaces... iMais, il ne faut pas pousser les menaces jusqu'au bout... Frôlements, prélude de caresses... Attention! il ne faut pas aller jusqu'au bout des caresses.
D'une poussée, la fille est rejetée à gauche ; elle passe derrière l'homme et, tout de suite, aussi brutalement, est ramenée à droite. La valse les accroche, les unit. Lui, tient « sa