‹ Un compagnon du PéguyChapitre 14 sur 41 · PREFACE. XXI · texte numérisé non relu

PREFACE. XXI

La différence essentielle que nous entrevoyons entre sa Jeanne d'Arc de l'Ecole normale (1897) et le Mystère de la charité de Jeanne d'Arc de 1910, c'est que le Mystère est ce que le drame n'est pas, le Mystère est une contemplation, et une contemplation non plus de la vie de la bonne Lorraine, mais de la passion du Christ et du salut des hommes. Sans doute cette contemplation est prêtée à Madame Gervaise, et l'on dira que c'est une fiction littéraire, et que la manière populaire et archaïque dont s'exprime Madame Gervaise est un artifice, et que tout ce Mystère est une image peinte par un artiste d'une sensibilité tout à la fois subtile et paysanne. C'est vrai, mais ce qui est vrai aussi, c'est que ce Mystère n'est pas l'œuvre d'un pur lettré : au jaillissement des mots, à la vision des choses, se mêle un sentiment plus profond que la poésie.

Un jour viendra où Madame Gervaise se taira enfin, où le poète parlera seul et en son nom personnel : ce jour-là il écrira cette Présentation de la Beauce à Notre-Dame de Chartres, qui est bien son œuvre la plus achevée, la plus lyrique, la plus contemplative. Et ici Lotte est témoin de Péguy encore et plus à

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