XXII PREFACE
fond que jamais, car le commentaire de la Présentation est dans Y Entretien de Lotte et de Péguy du 28 septembre 1912 que nous avons la joie de publier plus loin, dans ce récit que Péguy fait à son ami de son pèlerinage à Chartres, récit d'un sentiment si vrai et si extraordinaire : « J'obéis aux indications, il ne faut jamais résister... J'ai fait un pèlerinage à Chartres. Je suis Beauceron. Chartres est ma cathédrale. Je n'avais aucun entraînement. J'ai fait 144 kilomètres à pied en trois jours... Mourir dans un fossé, ce n'est rien; vraiment j'ai senti que ça ii'était rien... » Et qu'on ne dise pas que ce pèlerinage est de la littérature, ce pèlerinage à pied d'un père dont le petit garçon est pris à la gorge par la diphtérie, et qui s'en va demander à Notre-Dame de Chartres de le lui conserver.
Ce même Entretien du 28 septembre 1912 révèle, dans une confidence qui est comme une confession, la contradiction intime de la vie catholique de Péguy : « Je vis sans sacrements. C'est une gageure. Mais j'ai des trésors de grâce, une surabondance de grâce inconcevable. Je n'ai pas une vie ordinaire. Nul n'est prophète en son pays. Mes petits ne sont pas baptisés... Je les ai donnés tous trois à Notre-