PREFACE. XXXV
Combien l'Université de France, dans l'enseignement secondaire des garçons et des jeunes filles, un enseignement que je crois connaître un peu, compte de maîtres, d'une compétence éprouvée, d'une honorabilité parfaite, sans autre ambition que de remplir leur tâche professionnelle avec scrupule, et tout de même soucieux de s'entretenir perpétuellement au-dessus de la tâche de tous les jours? Et combien qui, la grâce de Dieu aidant, ont trouvé dans leur culture même et dans leur expérience le secret de la vie intérieure et de la foi? A eux tous nous dédions les pages de leur collègue du lycée de Coutances « mort au champ d'honneur ».
Pierre Batiffol.
Paris, 19 mars 1916.
Notre ami Joseph Lotte, professeur au Lycée de Coutances, fondateur et gérant du Bulletin des professeurs catholiques de V Université, est tombé à l'ennemi, sous Arras, le 27 décembre 1914, frappé d'une balle au front.
Les lecteurs du Bulletin ont souhaité la publication des meilleures pages de son œuvre, qui prolongeraient son apostolat. Nous avons préparé cette publication avec une piété fraternelle. Dans ce curieux témoignage sur soi-même et sur son temps qu'il intitulait : Victor-Marie, comte Hugo, Péguy reproche au grand poète de n'avoir pas eu d'ami : on n'a même pas donné de ses œuvres une édition exacte. Pour nous, dans le deuil de nos amis tombés au service de la France, nous ne nous pardonnerons de n'avoir pu mourir auprès d'eux qu'en travaillant à les faire durer.
Né à Rochefort en 1875, élève au lycée de Cherbourg où son père, officier mécanicien en chef de la marine, terminait sa carrière, Joseph Lotte acheva ses études à Paris, au collège Sainte-Barbe. Il essaya sans succès d'entrer à l'Ecole normale supérieure, et après son année de service militaire, accepta une place de répétiteur au lycée de Nantes. Il passe ensuite une année d'études à l'Université de Rennes. Professeur successivement au collège de Loudun, au lycée de la Roche-sur-Yon en 1905, puis au lycée de Brest en 1907, sur sa demande et pour des raisons de famille il vient en 1910 à Coutances où il devait fonder le Bulletin. C'est là que l'atteignit l'ordre de mobilisation.
Cette vie toute plane, sans réussite temporelle, si elle nous intéresse, c'est par l'histoire d'une àme et par une mort héroïque.