‹ Un compagnon du PéguyChapitre 36 sur 41 · ERNEST PSICHARI · texte numérisé non relu

ERNEST PSICHARI

Lî appel des armes (1).'

L'Appel des armes! Ce titre sonne comme un coup de clairon au point du jour — espoir, vaillance, allégresse — et je n'en sache pas qui s'applique mieux à l'œuvre qu'il annonce. C'est le livre d'un jeune et c'est un livre jeune. Tout y est neuf et frais — style, sentiments, pensées — d'une fraîcheur et d'une nouveauté inimitables. Admirable signe du réveil religieux et guerrier de la race que ce livre, où les valeurs guerrières et religieuses sont restituées à leur rang de grandeur propre, qui est le premier.

L'auteur, M. Ernest Psichari, lieutenant d'artillerie coloniale, est un soldat, un soldat qui a fait campagne en Afrique. Les journaux nous ont dit qu'il est le petit-fils d'Ernest Renan, ils nous

(1) L'Appel des armes portait en dédicace : A celui dont l'esprit m'accompagnait dans les solitudes de l'Afrique, à cet autre solitaire en qui revit aujourd'hui l'âme de la France et dont l'œuvre a courbé d'amour notre jeunesse, à notre maître Charles Péguv, ce livre de notre grandeur et de notre misère.

ont dit aussi qu'il s'est fait catholique. Quelle confiance dans l'avenir nous commande un tel retour ! Eût-on jamais osé espérer que le petit-fils de Renan, a l'âge d'homme, embrasserait le catholicisme? Voilà pourtant de ces réussites où excelle la grâce qui ne peut faillir, la promesse que toute cette enfance française, toute cette jeunesse, plus que jamais abusée, retrouvera d'elle-même la bonne route et d'elle-même sortira de ces basfonds où l'on prétend l'enliser. Le héros du roman, le jeune Maurice Vincent, nous fournit de cette évasion un émouvant exemple.

Trois personnages — trois types représentatifs — concentrent sur eux l'intérêt : le capitaine Nangès, l'homme du passé, l'instituteur Sébastien Vincent, l'homme du présent, le jeune Maurice Vincent, la promesse de l'avenir. C'est de Nangès à Maurice, par-dessus le pitoyable père, que s'établit la continuité de la tradition nationale et militaire.

L'instituteur Vincent, en effet, appartient à la génération de ceux qui ont vu, enfants, la défaite, et qui, hommes, l'ont oubliée. Il est de ces tièdes qui souffrent d'une pensée forte, de ceux-là qui veulent bien s'abaisser devant des hommes mais parlent de leur dignité lorsqu'il faut s'abaisser devant les grandes choses du monde : poésie, héroïsme, sainteté. Il est de la race des esclaves et il proclame l'indépendance de la raison anran-

chie. Guerre à l'Eglise, guerre à l'armée, guerre à la France. Il a foi au progrès. Le progrès! Que sont pour lui vingt siècles d'histoire devant cette force mystérieuse?

Mais l'histoire prenait sa revanche. En face de ce père se dressait un fils qui osait entendre, lui, la voix du passé, et suivre les paroles de son cœur. En lui revivaient vingt siècles de fine civilisation, de bonnes manières, de sérieux, de noblesse d'âme. Ce n'est pas seulement le père en effet qui éduque l'enfant, ce sont aussi les pères, les aïeux, les mille forces du passé, les conseils obscurs des forêts et des pâtis, mêlées aux voix innombrables des penseurs et des poètes. Élevé dans ce climat d'incroyance et de lâcheté qui est le climat de notre temps, cet adolescent retrouve peu à peu la foi de ses pères en même temps que leurs vertus guerrières. Cette ressaisie de la race au cœur du jeune homme est puissamment aidée par l'influence du capitaine Nangès. Chasses du Soudan, guerres africaines, plaines mornes sous le soleil, gens qui marchent accablés, les récits de l'officier éveillent au fond de lui l'âme héroïque et aventureuse de la France d'autrefois. Comme Nangès, il sera soldat, et, contre son père, Maurice s'engage dans l'artillerie coloniale. Là c'est le dur apprentissage du métier, c'est surtout, au contact de son chef, la lente et sûre initiation à ces vertus de discipline, d'abnégation.

d'honneur, qui sont moins un idéal qu'une profonde et substantielle réalité.

Nangès en effet est le type du soldat éternel. Homme du passé, perdu dans le monde moderne, l'armée est le milieu où il a pu organiser son existence autour de quelques réalités simples. Cette armée coloniale, surtout, cette armée de métier, pour qui la bataille est plus encore que la patrie, voilà pour lui l'école unique. L'armée ne transige pas : elle comporte en elle-même sa morale, sa loi, sa mystique. Et ce n'est ni la morale, ni la mystique de la nation. Elle n'est pas au-dessus de la nation, sans doute; mais dans la nation, par son jeu propre, elle apporte à la nation un principe utile à sa vie. De même que le savant, de même que le prêtre, l'officier, outre les obligations professionnelles tout court, a des obligations morales particulières, et c'est avant tout l'obligation de mettre son idéal dans le fait de se battre, et d'avoir le goût non de la victoire, mais de la lutte, comme le chasseur a le goût de la chasse, non du gibier. « Notre rôle est de maintenir un idéal militaire, non pas seulement nationalement militaire, mais, si je puis dire, militairement militaire. »

Un soldat militaire, nous ne connaissons plus cela.

Nos radicaux nous ont fabriqué un idéal d'officier instituteur, hygiéniste, moraliste, mutua-

liste, devant lequel le guerrier n'est plus qu'une brute galonnée.

Et pendant qu'ils peinturlurent cette contrefaçon grotesque, toute une école — on se doute bien que c'est encore et toujours la célèbre école Sorbonnique — s'efforce d'avilir les vertus qui sont le principe même de l'institution militaire. L'Armée!... Serait-il possible qu'il y eût là quelque chose de noble et d'élevé? Quelque chose de réfractaire à la commune vénalité, ce moteur unique et universel?

C'est pourquoi, dans l'augmentation des effectifs, M. Séailles, qui n'a pas de talent, ne veut voir qu' « une multiplication de pieds au profit d'une usine de godillots en simili », et M. Delaisi, qui a du talent, hélas! une source de commandes nouvelles pour la métallurgie. Notre amour du pays, notre volonté de rester Français, et pour cela de maintenir la France, ces sentiments qui sourcent du plus profond de nous, ne sont plus que sottise ou mensonge : il n'y a en fait qu'un patriotisme, le patriotisme des plaques blindées.

Il importe ici de dénoncer ce sophisme du patriotisme qui est au principe de toute l'action antimilitaire présente.

Je lisais dans le dernier fascicule des Cahiers du cercle Proudhon : « Croyez bien que ceux qui parlent au nom du syndicalisme attaquent actuellement beaucoup plus le patriotisme vrai que le

patriotisme d'affaires; celui-ci est le prétexte pour attaquer la Patrie. »

C'est l'évidence même. Ce sophisme du patriotisme est exactement superposable au sophisme du syndicalisme. Sous prétexte que la classe bourgeoise exerce un larcin économique perpétuel, ils veulent dresser la classe ouvrière à devenir bourgeoise, c'est-à-dire à exercer des larcins antithétiques, exactement équivalents. Le Jaurésisme, on le sait, et Péguy nous Ta assez répété, le Jaurésisme est une excitation des instincts bourgeois dans le monde ouvrier, un entraînement des ouvriers à devenir à leur tour de « sales bourgeois ».

De même dans cette affaire du patriotisme des plaques blindées, sous prétexte que les moyens bourgeois sont patriotes et qu'en effet de très gros capitalistes ne le sont pas, ils ne veulent plus que les ouvriers le soient.

Cela consiste à destituer le peuple de ses vertus les plus profondément populaires, sous prétexte que les gros capitalistes vantent ces vertus et ne les ont pas.

Ils opèrent une destitution constante du peuple. Ils destituent le peuple de ses grandeurs propres, sous prétexte que les gros capitalistes feignent d'avoir les mêmes grandeurs et ne les ont pas.

Avoir une patrie est une grandeur et une des premières, mais ils ne veulent d'aucune gran-

deur, surtout chez le peuple, source et racine de toute grandeur. Et c'est pourquoi c'est sur le peuple que s'exerce particulièrement leur système général de déperdition de valeurs.

On fait grand état que les agrégés d'histoire, et d'autres qui ne le sont pas, expliquent toujours qu'on fait la guerre pour des chemins de fer (ou comme les Serbes pour des cochons et des prunes !). Si l'on veut dire par là littéralement qu'on ne se bat que pour des lignes de chemins de fer, les faits apportent tous les jours des démentis et on l'a assez vu pendant la guerre des Balkans, où les questions de race, de religion, de liberté, de vengeance, d'injure, d'outrage, de recouvrance, de langue, de mœurs, ont certainement dominé.

Si au contraire on entend l'hypothèse au sens large, cela revient à dire que les peuples se battent pour le temporel, s'arrachent des morceaux de la terre ; et cela, nous n'avions besoin de personne pour nous le rappeler.

Quant à la liaison du temporel au spirituel, quant à la nécessité où est une race spirituelle d'occuper un certain temporel pour se produire, ces problèmes ont été résolus une fois pour toutes par notre maître Charles Péguy dans un certain nombre de cahiers, notamment dans V Argent suite où la question a été réglée pour éternellement.

RENE SALOME

Les chants de l'âme réveillée.

Depuis quinze ans les minces volumes de M. René Salomé se sont succédé à de longs intervalles, attestant l'artiste patient, le îin ouvrier de lettres, uniquement soucieux de perfection, et qui ne se décide à quitter un ouvrage qu'après avoir épuisé sur lui toutes les ressources d'un métier scrupuleux.

En ces temps de réclame grossière et de production forcenée, c'est un mérite rare qu'une telle réserve et qui retient d'autant plus l'estime que le talent est plus réel. 11 y a ainsi de nobles artistes qui, loin du bruit des foules, créent dans le silence une œuvre délicate et pure. Quand on les découvre, c'est une joie et un réconfort et Ton n'a plus qu'un désir, faire partager aux autres le bienfait de cette découverte.

Cette impression, nous l'avons ressentie très forte en ouvrant Les chants de l'âme réveillée. Rien dans les recueils précédents ne pouvait nous

faire prévoir l'heureuse surprise qui nous attendait. Ce poète délicat, cet alexandrin subtil, curieux de rythmes rares et d'images neuves, dont toute l'ambition semblait satisfaite quand il avait fixé quelque aspect fugitif des choses, voilà que la grâce l'a touché, et que de ses rayons elle a transfiguré le monde étroit où il se confinait. Ce sont toujours les mêmes horizons bornés : un intérieur, un enclos, un jardin, un village; c'est toujours le rythme des tâches bien réglées, des « longs jours cadencés » ; mais il y a ici une âme, une âme qui ne s'était pas révélée encore. Subsilire in coelum ex angulo licet, exsurge modo. De son enclos le poète voyait le ciel : un beau jour, il a pris son essor.

Si abondant qu'il soit en turpitudes, notre temps a néanmoins sa beauté, beauté singulière, beauté propre, et qui éclate précisément dans ce réveil des âmes que chante notre poète. Innombrables, chaque jour, des âmes se réveillent au choc des événements. Plus de mol oreiller, plus de lâches somnolences, plus de paresseuses abstentions. A toute conscience un choix s'impose qu'il est impossible de différer : nous sommes placés à la croisée de deux routes — et il n'y en a pas une troisième — et poussés par l'événement il faut prendre l'une ou l'autre, soit celle des faciles abdications où s'empressent sous des oripeaux humanitaires les malheureux

— catholiques, hélas, aussi bien qu'incroyants — qu'a pervertis le mensonge moderne, soit celle où se rangent les Français de bonne race prêts à tout pour sauver le pays. Or cette voie française va dans le même sens que la vieille voie catholique; dès qu'on s'y engage, on voit se dresser la Croix, et si, à la vue de la Croix tout à coup apparue, un dernier sursaut nous arrête, il est trop tard, impossible de reculer, car deux sentiments nous entraînent alors plus forts que les suggestions de Fimpiété, plus forts que les résistances de l'orgueil : l'horreur des maux présents, l'appel de la race.

Cette horreur du présent, « du siècle barbare qui menace nos cœurs, nos esprits, nos terroirs », plus que tout autre René Salomé l'éprouve, car plus que tout autre une nature comme la sienne souffre des laideurs qui s'étalent. Elles sont comme une injure personnelle à tout ce qu'il sent en lui de culture humaine, de dignité traditionnelle, de probité et de propreté françaises. Avec quelle vigueur il dénonce, ce qu'il nomme si bien le hideux travail de l'ennemi : la cité déchue, la famille ruinée, le sacré aboli.

Pressés par tant de maux, on cherche éperdument du secours, on ne veut pas croupir plus longtemps dans cette vase ; mais comment s'élancer? où le point d'appui? où le roc? où sinon en Dieu? Dieu nous apparaît comme le dernier

recours : hors lui, plus rien que les abîmes du désespoir et de la honte. Mais il est si loin, si haut, nos forces ne vont-elles pas nous trahir? Non! une fois l'élan donné l'essor ne retombe pas, car il est soutenu — aide inattendue — par tout ce que la race a accumulé en nous de vaillance, de fermeté et de foi, de foi pour ainsi dire habituelle et inconsciente. Une race comme la nôtre est dure à tuer. C'est merveille de voir comme elle se ressaisit au cœur de ses enfants. Rien n'est émouvant comme ce réveil des énergies ancestrales. Arrière-neveu de soldats et de paysans, René Salomé, des profondeurs de son être, a entendu monter l'appel de la race. Oh! la rude voix de ceux dont nous sommes issus, ces appels graves et ces mots brefs de chefs de guerre! Le présent dans sa lâcheté sale veut engluer nos efforts, mais les ancêtres veillent et parmi tant d'âmes de jadis qui vivent en nous, les âmes de soldats les premières ont fait sonner leurs cuivres.

Et les chants résolus qu'elles nous ont chantés Gadencent depuis lors nos bonnes volontés !

Les âmes sont venues des lointaines années : soldats obscurs des armées de la République et de l'Empire, soldats des siècles plus anciens aux uniformes rouge et bleu de roi, ils sont rentrés un soir au logis de leurs fils, colères et gron-

deurs, car ils méprisent « nos faibles cœurs apitoyés et nos bavardages d'idéologues ». Ce que leur épée et leur vaillance ont fait, nos rêvasseries d'humanitaires vont-elles le défaire?

C'est par eux qu'à la clarté fine de nos cieux Nous nous sentons si bien là où nous sommes nés... C'est par eux que paisiblement nos bourgs s'étalent Dans les nobles vallées ou sur les douces pentes.

11 est temps d'éveiller les vertus endormies et de sauver leur œuvre menacée. Dans une confrontation soudaine de sa mollesse avec leur force le poète aperçoit tout ce que le siècle malade a corrompu en lui. Qu'elle est touchante cette prière aux aïeux, et dans sa volonté de ne pas déchoir de quel cœur le fils se tourne vers eux :

Je prie tous nos aïeux qui furent à la guerre

Et moururent au loin sans gloire et sans éclat

De nous prêter un peu leur âme de soldats.

Je prie tous nos aïeux qui furent artisans

De nous prêter leur patience à toute épreuve

Pour rebâtir avec la pierre dure et fine

Notre conscience qui s'étale en ruines.

Je prie tous les aïeux et toutes les aïeules

Qui suivirent les voies d'allégresse et de deuil

En priant Dieu, Notre-Seigneur et Notre-Dame,

Je les prie de sortir un peu de leur grand calme

Et de s'approcher de leurs arrière-neveux.

Et comme au soir, effleurant des doigts les cheveux

De son enfant qui va s'endormir, une mère

Lui fait balbutier doucement sa prière :

De même ces revenants tendres et austères

Nous feront dire pieusement le Pater

Et Y Ave Maria qui détruisent les doutes.

Cet appel aux ancêtres, qui de nous depuis dix ans ne Fa lancé et combien de fois? Nos aînés nous ont trahis. La génération qui nous précède s'est appliquée et s'applique encore à détruire tout le passé, ou plutôt ce qui fait le tout de notre passé : l'amour de la France et l'amour de Dieu. Le mérite éminent de notre génération — et, dans notre génération, d'hommes comme René Salomé — c'est de renouer patiemment les fils brisés de la tradition catholique et française. Nous sommes tous comme le jeune Maurice Vincent de V Appel des armes qui avait pris « le parti de ses pères contre son père ». Des aïeux aux descendants, par-dessus les présents démolisseurs, nous assurons la continuité et quand nos fils passeront sur la route, ils ne sauront jamais quel abîme nous avons comblé.

Le poète a retrouvé la foi. Mais la foi n'est pas un trésor que l'on garde; dès qu'on la possède, on veut la partager. Voyez, jamais son cœur ne fut plus brûlant, ni plus tendre. Dans le silence épais de la crypte où il va prier le matin, il entend au dehors les pas de ceux qui « vont sans joie gagner leur pain ». Devant la Vierge qui sourit, dans la clarté tremblante des veilleuses, il est seul. Rapides ou traînants les pas se perdent au fond des rues brumeuses.

Madame, pourquoi mes frères s'éloignent-iis? Pourquoi n'en vois-je pas un seul en cet asile

De calme et de bonté où vous êtes présente? Il n'est point de journée maussade et rebutante Quand dès l'aurore on vous la donne avec amour...

Nouveau converti ivre de convertir, il veut ramener ceux qui ne prient plus. Car il faut ramener « les chers égarés ». 11 n'a foi ni dans les parlottes vaines, ni dans les froides raisons, ni dans les éruditions lourdes; il compte sur la prière, « La prière est semence et la grâce est moisson ». C'est elle, si on la fait assez fervente et assez impérieuse, qui décidera Dieu à venir, lui-même, parler au cœur des endurcis. Et quel cœur ne se fondrait pas à la voix de Dieu ?

Ghers incroyants, dit-il, chers infidèles. Je prie pour vous afin que Dieu vienne lui-même Vous dire : Heureux celui qui me connaît et m'aime. Je le prie de songer ainsi qu'un tendre père A ses enfants aveuglés qui se désespèrent Dans les ténèbres, loin des lampes tutélaires,

Et de faire briller une étoile des cieux Pour les guider le long des sentiers tortueux Vers le repas du soir qui fume au coin du feu.

Ainsi prie notre poète. Pas de gestes, pas de grands mots, une voix confiante, un regard ami et dans le cœur une immense charité. Il est de ceux pour qui

Les simples paraboles, Les histoires de pain, de grain, de blé, d'oboles, De dettes qu'on remet, de beaux lys dans leur gloire,

ont un sens infiniment riche, une inépuisable fécondité. Jésus humble et sans gloire, les apôtres

barbus, la Vierge souriante, voilà ceux vers qui vont ses regards et ses prières et son amour.

J'aime cette piété humble et simple, à la fois naïve et avertie. Elle a la candeur de l'innocence et en même temps toute la mélancolie de l'expérience. C'est la piété propre de notre âge, la piété de gens qui ont beaucoup vu. La foi qui dès l'enfance s'endormit en nous, s'est réveillée intacte dans des cœurs meurtris. Foi d'enfant, elle s'étonne de cette lassitude et de ce désespoir latent. 0 mon Dieu, c'est de ce désespoir que nous implorons la délivrance. Au dedans de nous tout est deuil, au dehors tout est ruine : quand verrons-nous luire l'aube de votre miséricorde ? Hélas, où sommes-nous emportés ? Que serons-nous demain? Nous ne savons qu'une chose, c'est qu'il faut tenir bon au poste où vous nous avez mis, et nous tenons de notre mieux.

Mais votre Église est là pour nous apprendre la constance. Elle a connu des temps plus lourds encore, traversé des désolations plus épaisses, et pourtant elle est là, toujours, elle est là tout debout

et veille dans la nuit Avec ses tours, avec ses nefs, avec son huis, Où figurent l'origine et la fin des choses, Avec sa crypte où des corps de martyrs reposent, Avec le corps et le sang de Notre-Seigneur.

Quel exemple, quel réconfort, quelle certitude de triomphe !

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