XIV PREFACE
jugement que porte sur elle le P. Léonce de Grandmaison.
Il ajoute, il est vrai, aussitôt, qu'en soulignant cette victoire il ne prétend pas approuver pour autant « la partie constructive, diverse d'ailleurs, selon les auteurs, de la philosophie nouvelle ». Des théologiens ne peuvent pas, en effet, ne pas s'alarmer d une théorie de l'intuition qui implique une critique radicale de la raison discursive, de la connaissance intellectuelle. Si l'intelligence ne nous apporte de la vie qu'une « traduction en termes d'inertie », la dogmatique n'est-elle pas du coup discréditée, éconduite? Mais, en 1907, Lotte ne considérait la philosophie nouvelle que comme l'antithèse du scientisme : par elle, il était libéré d'une tyrannie qui avait jusque-là opprimé sa pensée.
Dans une autre étude, écrite alors qu'il venait à peine de redevenir chrétien, Lotte revient sur ce qu'il nomme « une philosophie de la vie », mais cette fois il la dépasse, pour faire de cette vie une vie spirituelle. Il écrit : a Amour, abnégation, dévouement, charité, foi, voilà le flot montant de la vie : à la limite est l'éternité vivante de Dieu... La vie s'offre à nous comme une marche lente, pénible, mais
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héroïque vers Dieu. Nous avons à refaire pour notre part le même effort de libération que la vie a réussi en nous créant ». Ces maximes sont d'un Bergsonisme dépassé qui affirme Dieu et le droit de l'homme à trouver Dieu. Il s'en faut qu'elles soient d'ailleurs d'une exactitude théologique irréprochable, nous ne les donnons que pour marquer une nouvelle date dans l'évolution de Lotte, et aussi comme un indice de l'orientation philosophique de Péguy.
Il serait intéressant tout autant de noter l'a corrélation qui se révèle dans le militarisme ou le nationalisme de Péguy et de Lotte. Péguy n'était pas homme à faire violence à personne et n'exigeait pas de ses amis cette « adhésion parfaite » que lui reproche doucement André Suarès. Lotte cependant réglait son pas sur celui de Péguy. Sa conduite révèle la « direction » qu'il reçoit. Si cette vue est juste, on pressent l'intérêt qu'elle peut présenter dans ce qui a été la conversion de Lotte au catholicisme.
On verra dans les pages de Pierre Pacary les épreuves que Lotte traversa : la mort de sa fille Monique en 1907, la mort de sa femme Henriette en 1908. On devra compléter ces