Mémoires de M. de Vaublanc, p
n'est point régente. Mais elle a recours à des moyens détournés; elle cherche à flatter, à séduire ces farouches républicains dont le nom seul fait tressaillir son cœur de mère.
Elle a conquis Barnave dans le retour de Varennes; elle entretient avec lui une correspondance suivie. Elle obtient que Guadet, le sévère girondin, vienne, une nuit, aux Tuileries, causer avec le Roi, et elle ne le laisse pas partir sans l'avoir conduit près du berceau de son fils et obtenu de lui qu'il dépose un baiser sur le front du royal enfant. Elle cherche même plus bas son salut, et elle a recours à de moins nobles séductions.
Tout ce qui est corruptible est tenté, et Danton, aussi vénal que Mirabeau, est acheté pour cent mille écus...
Mais pas plus que Mirabeau, Barnave, Guadet ni Danton ne peuvent arrêter le mouvement révolutionnaire. Barnave Tessaye sans conviction, et succombe du moins avec grandeur. Guadet et les Girondins sont impuissants. Danton ne se préoccupe même pas de gagner son argent ^
C'est à peine si la Reine, pendant ces longs
1. J'exposerai ailleurs les documents qui justifient cette opinion sur Danton. Je prie, en attendant, le lecteur, de vouloir bien se reporter, à ce sujet, au tome X de VHistoirede la Révolution française par Louis Blanc (pp. 409 et suiv.).
mois OÙ agonise la royauté, peut dormir quelques heures. Éveillée dès la pointe du jour, elle exige que l'on ne ferme ni volets nipersiennes : l'obscurité lui esttrop pénible. C'est alors, dans ces courts moments oii le calme de la ville lui permet quelques illusions, qu'elle rêve parfois d'une délivrance prochaine. Une nuit, oii la lune éclaire la chambre, elle la contemple longuement, puis, prenant pour confidente la femme qui veille près d'elle :
— Dans un mois, lui dit-elle, je ne verrai pas cette lune sans être dégagée de mes chaînes, et sans que le Roi soit libreM »
Le 3 juillet, quinze jours après le premier envahissement des Tuileries, elle écrit encore à son meilleur ami, le comte de Fersen : u Notre position est affreuse, mais ne vous inquiétez pas trop : je sens du courage et j'ai en moi quelque chose qui me dit que nous serons bientôt heureux et sauvés. Cette idée me soutient"'... »
Derniers et fugitifs instants, oii les folles espérances reparaissent avant de s'évanouir pour toujours !
A mesure que le temps s'écoule, le Ilot populaire monte avec ses colères et ses haines. L'in-