‹ Un complot sous la TerreurChapitre 9 sur 124 · Portraits et caractères, p · texte numérisé non relu

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avec la même fureur qu'il Favait aimée. Pour lui, elle était le mauvais génie de la royauté, l'origine et la cause des malheurs publics.

Pouvait-elle remonter un tel courant? Non, la chose était au-dessus des forces humaines. Elle comprit la situation ; elle fut à la hauteur des événements, dès que les événements devinrent périlleux et tragiques ; mais son impopularité paralysa ses efforts. Elle dut subir, résignée au dehors, frémissante au dedans, le sort humiliant réservé aux derniers représentants de la royauté par la faiblesse de son époux.

Ce que furent pour elle les mois qui suivirent le retour à Paris et précédèrent la chute finale, il est aisé de le deviner. Cette période, qui va du 26 juin 1791 au 10 août 1792, fut en effet, sinon la plus sanglante, du moins la plus agitée, peut-être la plus douloureuse.

Tout était incertitude et confusion: chaque jour voyait naître et disparaître dans l'esprit désemparé du Roi les résolutions les plus contraires.

Tantôt il semblait faire un pas vers la Révolution, et les royalistes fidèles blâmaient hautement sa faiblesse; tantôt, d'un retour brusque, il se rejetait vers eux, et les constitutionnels l'accusaient de duplicité... Au-dessous de ces partis, la masse, qui souffrait des suites d'un hiver rigou-

reux, de la disette, du déplorable état des affaires, acceptait également toutes les accusations et criait à la trahison. Pour comble de malheurs , l'émigration enlevait à la royauté ses défenseurs naturels, et la ruinait plus sûrement en la compromettant avec Fétranger.

Pendant ce temps, environnée d'ennemis, obligée de se défier de tous, la Reine n'ose plus correspondre ouvertement avec ceux qu'elle sait encore ses amis. C'est à peine si elle se risque à confier à quelque serviteur dévoué un billet non signé, où elle déguise les noms, où elle dissimule sa pensée sous un langage conventionnel et figuré...

Comme en tout esprit humain, les alternatives de crainte et d'espérance ballottent sa pauvre âme agitée. Elle tremble pour ses enfants ; elle redoute pour la royauté, sinon pour le Roi, les plus tristes humiliations; elle prévoit pour elle-même les plus affreuses destinées. Elle lutte néanmoins.

Elle ne peut pas se mettre à la tète des bataillons fidèles ni endosser ce costume populaire des gardes nationaux, que le Roi n'ose pas prendre, parce qu'il craint ainsi d'enfreindre la constitution^ ; elle ne peut parler à l'Assemblée ni faire entendre sa voix souveraine : elle est femme et

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