‹ Un complot sous la TerreurChapitre 106 sur 124 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

De tous les personnages qui avaient été mêlés au complot formé pour délivrer la famille royale en février-mars 1793, Toulan seul monta sur l'échafaud. Les autres, après avoir subi des fortunes diverses, se trouvèrent en France, au moment de la Restauration, et reçurent de Marie-Thérèse, devenue duchesse d'Angoulême, les marques de sa reconnaissance.

Avant d'arriver à cette situation heureuse, les tribulations ne leur manquèrent point.

Le chevalier de Jarjayes, resté à Turin, fut longtemps agité des plus grandes craintes à l'égard de sa femme : craintes trop justifiées d'ailleurs. On se rappelle que M"^"" de Jarjayes, arrêtée le 15 octobre, avait été conduite à la Force. Elle y demeura prisonnière six semaines, au bout des-

quelles on la relâcha. Mais, arrêtée de nouveau peu de temps après, elle fut enfermée au couvent des Anglaises. Pendant les neuf mois que dura sa détention, elle courut les plus grands dangers. Le moindre hasard mauvais pouvait la faire porter sur la liste des prisonniers appelés devant le Tribunal révolutionnaire, qui l'eût infailliblement condamnée. Elle fut sauvée par le Neuf Thermidor qui ouvrit définitivement pour elle les portes de la prison

Pendant ce temps, le général, malgré la protection du roi de Sardaigne, végétait dans un état voisin de la misère, et souffrait de Finaction où on le retenait. Le 18 février 1794, il écrivait à M. de Fersen :

... Mes vues (ainsi que celles de l'ami avec lequel je suis sorti de France et que j'avais attiré auprès de moi au dépôt général de la Guerre, dont j'étais directeur) sont d'obtenir du service dans l'armée du prince de Cobourg. J'ai été reçu parfaitement par le roi de Sardaigne, et cet excellent prince continue à me combler de bontés ; mais tous mes efTorts ont été vains jusqu'à présent pour lui être de quelque utilité, et il me paraît trop cruel d'être uniquement témoin d'un système d'inertie qui, sans des événements qu'on n'a pas le droit d'attendre, conduira infailliblement le Piémont à sa perte...

Vous imaginerez aisément, Monsieur le Comte, que ce n'est pas après du service que je cours, mais après une existence quelconque, qui puisse me mettre à même de retirer ma malheureuse femme de France, et de jouir,

LES SUITES DU COMPLOT. 32o

dans la retraite, de la seule consolation qui pnisse désormais nous convenir à l'un et à l'autre, qui est le souvenir des bontés de notre grande et infortunée souveraine. Aucune pensée d'intérêt ne s'est jamais mêlée à mon dévouement pour cette princesse; je suis resté auprès d'elle autant que j'ai pu la servir...

... Je ne peux concevoir quelque espérance de voir réaliser le seul projet qui me convienne qu'autant que vous déterminerez M. le comte de Mercy à présenter à l'Empereur la situation de ma femme et la mienne, de manière à exciter son intérêt et à engager ce souverain à nous donner, au lieu de l'emploi que je sollicite dans son armée, un asile et un secours suffisant pour nous y faire subsister, jusqu'au moment où je pourrai retirer mes biens de France, ou réaliser les billets sur Bruxelles dont je vous ai parlé dans ma dernière lettre...

... Quel attrait peut avoir pour moi la carrière militaire lorsque je suis poursuivi à chaque instant par l'idée que les scélérats, découvrant que je sers dans les armées coalisées, vont égorger ma femme et mes enfants?...^

Le Dix-huit Brumaire rendit enfiu à la France sa tranquillité et à tous les Français la possibilité de rentrer dans leur patrie. Le chevalier en profita bien vite. Il rejoignit sa femme et ses enfants ; et, comme sa fortune avait été considérablement diminuée par les sacrifices accomplis en faveur de Marie-Antoinette et par le malheur des temps^ il solhcita et obtint la vice-présidence des salines

1. Le Comte de Fersen et la cour de France, t. II, pp. 430432,

de l'P]!>t. Eii 18'lo, il fut nommé lieutenant général par Louis XYIII.

Il mourut à Paris le 11 septembre 1822 à l'âge de soixanle-dix-sept ans. M""*" de Jarjayes lui survécut quinze années, jusqu'au 23 juin 1837.

Que devint « la cousine Ricard »? On l'ignore, mais celui qui portait aussi ce nom, « le mari de jour », fut récompensé par une place dans l'administration de la Loterie royale, tandis que la veuve de Toulan, « Bichette » , recevait une pension.

Le dévoué Turgy, qui s'était maintenu au Temple après le transfert de Marie-Antoinette à la Conciergerie, dut enfin le quitter lorsque la captivité de Madame Elisabeth et des enfants royaux devint plus étroite. Le 13 octobre, à six heures du matin, les municipaux lui avaient signifié l'ordre de sortir du Temple sur-le-champ. Il fallait obéir cette fois : avec ses camarades Chrétien et Marchand, il avait dit adieu à cette dernière demeure de ses rois, et il s'était retiré à Tournans, en Brie^

Louis XYIII lui accorda des lettres de noblesse et le nomma officier de l'ordre royal de la Légion d^honneur. Malgré son âge avancé, il devint pre-

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