Mémoires de M^nc Ca.mpax, t. I, p. 218, note
méchant papier vert à grands dessins! Et quel ameublement! Un lit à colonnes et une couchette à deux dossiers, adossés aux angles des cloisons; un canapé, sur le côté, dans l'embrasure de la fenêtre; sur la cheminée une glace de 45 pouces et une pendule... Cette pendule, qui devait mesurer le temps à la veuve de Louis XYI, représentait la Fortune et sa roue ' !
Sans doute, le chevalier, si maître qu'il fût de lui, ne sut pas déguiser aussi bien ses impressions que sa personne, et sa contenance éveilla l'attention de quelques-uns des gens de la domesticité, car à peine avait-il quitté le Temple, que Marie- Antoinette, toujours craintive pour ceux qui se dévouaient à elle, lui fit tenir ce billet :
u Prenez garde à madame Archi. Elle me paraît bien liée avec Vhomme et la femme dont je vous parle dans l'autre billet. Tâchez devoir M'^'' Th.,,, On vous expliquera pourquoi. Comment est votre femme? Elle a le cœur trop bon pour n'être pas bien malade. »
On est réduit aux conjectures pour ce qui concerne les personnes désignées par ces mots : « M"^' Archi » et « M^"' Th. » Pour la première, il y a de grandes vraisemblances à ce que ce soit
1. Marie- Antoinette, par Ed. et J. de Gonxourt, pp. 393-394.
une femme employée près des prisonniers, la lingère probablement. Quant à « M™^ Th. » qui, elle, est une amie puisqu'on la met dans le complot, s'agit-il de M""^ Thibaut, première femme de chambre comme M'^^de Jarjayes, qui, après avoir suivi la Reine aux Feuillants et au Temple (10-13 août), après avoir été emprisonnée à la Force, avait miraculeusement échappé aux massacres de Septembre?...
' Le chevalier fut vivement touché de la sollicitude que témoigaait la prisonnière envers lui et sa femme^ sollicitude à laquelle les circonstances présentes donnaient tant de prix. Il répondit aussitôt , exprimant avec feu sa reconnaissance et sa foi dans l'avenir. Il saisit également cette occasion pour rassurer la Reine sur un de ses amis, dont le nom avait été prononcé dans leur courte entrevue, et que, par prudence, on ne désigne que sous le nom du « Nivernais ».
Le personnage dont il est ainsi question n'est autre assurément que le baron Françoii? de Goguelat, né à Château-Ghinon^ dans le Nivernais, lequel avait toujours montré à la famille royale un dévouement plus complet qu'heureux. Militaire rempli de courage mais d'une intelligence médiocre, il avait, à plusieurs reprises, compromis les intérêts confiés à ses soins , notamment
80 UiN COMPLOT SOUS LA TERREUR.
pendant la fuite du Roi, au mois de juin 1791. Trop facilement docile aux ordres du jeune Choiseul, il avait abandonné avec, lui le poste de Pont-Sommevesle , puis, arrivé à Yarennes deux heures après Farrestation des fugitifs, il s'était inutilement fait blesser d'un coup de feu alors que la volonté formelle de Louis XVI de ne rien tenter par la force pour sa délivrance rendait d'avance superflu cet excès de bravoure et de zèle.
Arrêté pour cette aff'aire, il fut relâché peu après, grâce à la soumission du Roi, qui se résigna à accepter la constitution de 1791 , et obtint par là une amnistie en faveur de tous ceux qui s'élaient compromis à son service.
Goguelat, guéri, rentra à Paris, et se mit à la disposition de ses souvet^ains. Pendant l'année qui suivit (de juillet 1791 au 10 août 179:2), il fut pour Marie -Antoinette le plus utile des auxiliaires. C'est lui qui transcrivit la plupart des lettres qu'elle adressait alors à M. de Fersen; c'est lui qui porta plusieurs fois dos missives importantes à Bruxelles. Il fut mêlé à ces négociations si curieuses, dont la découverte récente jette un jour tout nouveau sur les dessous de la Révolution ^
1. Le récit de cette période se trouvera dans le volume intitule : <i Un ami de la Reine. »
Après le 10 août, il émigra et s'eagagea dans les hussards de Bercheny^
Comme Jarjayes dont il était l'ami, il n'avait pas toujom'S été bien vu de l'entourage immédiat de la Reine. Le bruit en était parvenu Jusqu'à Marie- Antoinette, qui n'avait point pour cela cessé d'estimer un serviteur dont elle appréciait le mérite et les services. Elle s'en explique dans ce billet qu'elle adressa à Jarjayes, et où, avant de l'iustruire des résolutions prises pour le complot, elle le remercie du plaisir que son langage lui a causé, et témoigne de sa confiance dans le «Nivernais».
« Votre billet nïa fait bien du bien. Je n avais aucun doute sur le Nivernais^ mais fêtais au désespoir quon pût seulement en jjenser du mal. Ecoutez bien les idées qu'on vous proposera; examinez-les bien dans votre prudence. Pour nous., nous [nous) livrons avec une confiance entière. Mon Dieu, que je serais heureuse et surtout de pouvoir vous compter au nombre de ceux qui peuvent nous être utiles! Vous verrez le nouveau personnage : son extérieur ne prévient pas , mais il est absolument nécessaire et il faut l'avoir. T... [Toula?i) vous dira ce qu'il faut faire pour cela. Tâchez de vous le procurer et de finir avec lui., avant cjuil revienne ici»
1. Il rentra en France en 1813 etmouriit à Paris le 3 janvier 1831.
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8i UN COMPLOT SOUS LA TERREUR.
Si vous ne le 'pouvez pas^ voyez M. de la Borde de ma part, si vous VLy trouvez jp as de V inconvénient. Vous savez qu'il a de l'argent à moi. »
Les choses avaient marché. Yoici en quoi consistaient « les idées » de Toulan pour l'évasion de la famille royale.^