CHAPITRE IV
Entrevues fréquentes de Toulan avec Jarjayes et avec la Reine. — Les prisonniers ne veulent pas être séparés. — Surveillance des commissaires du Temple. — Organisation du service de surveillance. — Les deux commissaires. — Nécessité de trouver des complices. — Choix difficile. — Désignation de la Reine.
Toulan et Jarjayes , bannissant toute défiance réciproque depuis que la Reine leur avait parlé, s'étaient mis à l'étude du projet d'évasion, sans perdre de temps. Le municipal servait de trait d'union entre le chevalier et la prisonnière. A ce propos , il est bon de dire que les commissaires s'introduisaient fréquemment au Temple en dehors de leurs jours de service. Le moindre prétexte suffisait, et l'écharpe tricolore ouvrait toutes les portes. Toulan ne se fit pas faute d'user d'une telle liberté. Et la chose était connue, puisque Marié- Thérèse rapporte que, dans son interrogatoire du 8 octobre 1793, on lui demanda si
elle connaissait Toulan, « ce petit jeune homme qui venait souvent pour le service du Temple ^..))
Le premier point convenu fut qu'on ne séparerait pas ce qui restait de la famille royale. Or, faire sortir quatre personnes du Temple était impossible si l'on ne trouvait un moyen de tromper la surveillance des gardiens ou de gagner ceux-ci.
La garde des prisonniers, confiée au début à quatre officiers municipaux, avait été uu moment portée à huit pendant le procès du Roi. Elle venait d'être ramenée à quatre, depuis le 21 janvier. Le service des commissaires durait quarantehuit heures. Tous les deux jours, dans le Conseil général de la Commune, on tirait les noms au sort.
Le service commençait à neuf heures du soir ; il était ainsi divisé : on passait vingt-quatre heures auprès des prisonniers et vingt-quatre dans la salle du Conseil. Celle-ci, située au rez-de-chaussée, était séparée de l'étage où se trouvait la Reine, par le premier oii se tenait le corps de garde, et le second, oii avait habité le Roi.
Lorsque les commissaires arrivaient pour prendre le service, ils commençaient par se mettre à table et par souper; puis ils tiraient au
i. Récits des événements arrivés au Temple, p. 58.
sort lesquels d'entre eux seraient placés les premiers auprès des prisonniers. Ceux que leur billet désignait pour la nuit montaient après souper et restaient chez la Reine jusqu'au lendemain onze heures ; après leur dîner , ils reprenaient leur poste jusqu'à l'arrivée des nouveaux commissaires. Le second jour on faisait encore quelques heures de service '.
Cette organisation ne dura guère, et le système de tirage au sort ne tarda pas à disparaître. Tous les membres de la Commune continuaient à être censés faire régulièrement leur service à tour de rôle; dans la réalité, il n'en était point ainsi. Le premier mouvement de curiosité satisfait, beaucoup d'entre eux cherchaient à esquiver ce qu'ils considéraient comme une corvée. La plupart se récusaient le vendredi, et le samedi surtout. « Ils n'étaient point curieux de passer au Temple le dimanche. Ce jour paraissait trop précieux à des hommes occupés toute la semaine pour vouloir sacrifier le plaisir et le repos qu'il leur procurait au soin de garder la famille royale , en restant enfermés avec elle ^ »
Il en résulta que les commissaires désignés pour le service du Temple furent presque tou-