Journal de Perlet
rappelle que Toulan venait très souvent au Temple, même quand il n'était pas de service. C'est ainsi d'ailleurs que les prisonniers purent échanger avec Jarjayes tant de billets. Il y avait entre Tintérieur du Temple et le. dehors un va-etvient constant, à la faveur duquel les fugitifs pouvaient fort bien passer inaperçus.
Il ne faut point oublier qu'à ce moment ni Toulan ni Lepître n'avaient été dénoncés, et qu'ils n'étaient pas même soupçonnés de connivence avec la famille royale. Pour donner une preuve de rhabileté et du succès avec lesquels ils avaient su, jusqu'à ce jour, jouer leur rôle, il suffira de rappeler que Michonis, leur collègue au Conseil de la Commune, commissaire au Temple comme eux, celui-là même qui secrètement se dévouait déjààlaReine captive, et qui devait par deux fois renouveler les efforts de Toulan, Michonis se défiait de son collègue, comme d'un républicain farouche, et ce ne fut que quelques mois plus tard qu'il apprit la vérité.
Oui donc, envoyant passer, protégés par l'ombre de la nuit, des officiers municipaux, munis de leur écharpe, accompagnés des patriotes Toulan et Lepître, eût conçu des soupçons? A moins de supposer un accès et un excès de zèle invraisemblable de la part des sentinelles ou des gui-
chetiers, la possibilité de sortir du Temple était certaine.
Qu'on se rappelle d'ailleurs une autre évasion autrement difficile, celle de la famille royale, s'échappant des Tuileries le 20 juin 1791. Pendant une nuit d'été, la plus courte de l'année entière, alors que le soleil, qui se couche après huit heures du soir, se lève avant quatre heures du matin, Louis XYI, Marie-Antoinette, les enfants royaux, Madame Elisabeth, madame de Tourzel et quelques amis dévoués trouvèrent moyen de déjouer la surveillance des gardes nationaux qui emplissaient le palais, surveillance plus étroite et plus active que celle des gardiens du Temple, les commissaires étant complices. On sait, en effet, qu'aux Tuileries, de 1789 à 1792, aussitôt la nuit venue, le Roi, la Reine, Madame Elisabeth étaient enfermés dans leurs appartements; les gardes mettaient un matelas en travers des portes, et les princes ne pouvaient sortir qu'en passant sur le corps de ces étranges défenseurs devenus des geôliers \
Ce n'était pas tout. Une fois sortis des Tuileries, il leur fallait s'enfuir par groupes séparés à travers un quartier où chacun les connaissait