Louis XVI [, par A, de Beauchesne, 1. 1, pp
et pouvait les reconnaître; leur nombre était de nature à éveiller l'attention partout, et le palais, à cette époque, était étroitement surveillé, car le bruit du départ du Roi s'était répandu déjà à maintes reprises, et le peuple tenait à son prisonnier. De plus, ils devaient se réunir tous en plein cœur de Paris, franchir les barrières, et continuer leur fuite dans une berline qui , par sa forme, sa masse imposante, et les voyageurs qu^elle contenait, attirait Jes regards et risquait, à coup sûr, d'exciter les soupçons même des plus indifférents.
Malgré tant d'obstacles, cette fuite avait réussi Malgré les obstacles, et malgré les maladresses, pourrait- on dire, car jamais on n'en accumula si grand nombre en si peu de temps. Ce ne fut ni sur un ordre, ni même sur un avertissement venu de Paris que l'arrestation du Roi eut lieu à Varennes... La sortie du Temple, avec l'aide de Toulan et de Lepître, se présentait dans des conditions beaucoup moins défavorables. S'il fallait une dernière preuve, qu'on se rappelle avec quelle facilité, dans les premiers jours du mois de février, M. de Jarjayes était librement entré au Temple, et librement en était sorti.
La fuite, hors de la prison, jusqu'à la mer, offrait moins de chances mauvaises encore. L'é-
lectricité, ni la vapeur n'étaient alors employées, et le seul moyen de rattraper des fugitifs consistait à leur courir après, ce qui, pour peu que les fugitifs eussent une certaine avance, devenait d'un succès fort problématique. Or, c'était ici le cas. Los précautions étaient bien prises, et ce même Lepître, dans les Souvenirs qu'il a laissés sur une partie de ces événements , les énumère complaisamment. Le morceau mérite d'être cité en entier :
c( Nos dispositions étaient telles qu'on ne pouvait se mettre à notre poursuite que cinq heures après notre départ. Nous avions tout calculé. D'abord on ne montait à la tour qu'à neuf heures du soir pour mettre le couvert et servir le souper. La Reine eût demandé qu'on ne servît qu'à neuf heures et demie. Frapper à plusieurs reprises, s'étonner de ne pas voir la porte s'ouvrir; interroger la sentinelle qui, relevée à neuf heures, ignorait ce qui s'était passé; descendre à la salle du conseil, faire part aux deux autres membres de la surprise qu'on éprouve; remonter avec eux, frapper de nouveau, appeler les sentinelles précédentes, ne recueillir que des notions vagues; envoyer chercher un serrurier pour ouvrir les portes dont nous eussions laissé les clefs en dedans; ne réussir qu'avec beaucoup de temps
et de peines, l'une de ces portes étant de bois de chêne et couverte de gros clous , la seconde de fer, et toutes deux ayant des serrures telles qu'il fallait les jeter en dedans ou faire au gros mur une entaille considérable; visiter les appartements des tourelles; secouer violemipent Tison et sa femme sans réussir à les éveiller; redescendre à la salle du conseil, dresser un procèsverbal, le porter au conseil de la Commune, qui, s'il n'eût pas été séparé, aurait perdu encore du temps en discussions inutiles; envoyer à la police et chez le maire, etc. . . Tout ce retard nous donnait les moyens de hâter notre fuite. Nos passeports bien en règle, puisqu'alors président du comité je les eusse arrangés moi-même , ne nous laissaient aucune inquiétude pour la route, tant que nous conserverions la supériorité de notre marche. »