‹ Un complot sous la TerreurChapitre 63 sur 124 · P]). 114 et suiv · texte numérisé non relu

P]). 114 et suiv

« — 11 le sera, ma sœur, répondit Madame Elisabeth en montrant à la Reine la figure douce et fière du Dauphin.

« — Toute jeunesse est courte comme toute joie, murmura Marie-Antoinette avec un serrement de cœur; on en finit avec le bonheur comme avec toute chose!

« Puis, se levant, elle fit quelques pas dans sa chambre, en disant :

« — Et vous-même, ma bonne sœur, quand et comment vous reverrai-je?... C'est impossible! C'est impossible!...

« La jeune Marie-Thérèse avait recueilli ses paroles, mais ce n'est que quelque temps après que le sens lui en fut expliqué par sa tante. Cette exclamation de la Reine n'était autre chose que le rejet du moyen de salut qui lui était offert. Son parti était pris : l'amour de ses enfants l'emportait sur toute autre considération, sur les prières de sa sœur, sur l'instinct de sa propre conservation, sur la parole même donnée au dévouement de ses courageux amis. Toutefois, se reprochant presque comme un parjure une promesse qu'elle ne voulait plus tenir, elle sentit qu'elle devait des explications et une amende honorable à ces âmes généreuses, résolues à s'exposer pour elle; et le lendemain, aussitôt qu'elle put parler à Toulan,

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qui arrivait tout ému de la grande action qu'il allait accomplir :

« — Vous allez m'en vouloir, lui dit-elle, mais j'ai réfléchi, il n'y a ici que danger : vaut mieux mort que remords..

« Dans le cours de la journée, elle trouva encore le moyen de glisser dans l'oreille de Toulan ces paroles :

(( — Je mourrai malheureuse si je n'ai pu vous prouver ma gratitude.

« — Et moi, Madame, malheureux si je n'ai pu vous montrer mon dévouement... »

Restait à prévenir Jarjayes. La Reine lui fit passer un billet par Toulan. Voici en quels termes d'une simplicité touchante et d'un courage admirable elle annonçait au chevalier son irrévocable résolution :

ce Nous avons fait un beau rêve, voilà tout; mais nous y avons beaucoup gagné en trouvant encore dans cette occasion une nouvelle preuve de votre entier dévouement pour moi. Ma confiance en vous est sans bornes^ vous trouverez dans toutes ks occasions enmoidu caractère et du courage, mais Vintérèt de mon fils est le seul qui me guide , et quelque bonheur que j'eusse éprouvé à être hors d'ici, je ne peux pas consentir à me séparer de lui. Au reste, je reconnais bien votre attachement à tout ce que

LE COMPLOT. lif

VOUS ni avez écrit. Comptez que je sens la bonté de vos raisons pour mon propre intérêt^ et que cette occasion peut ne plus se rencontrer, mais je ne pourrais jouir de rien en laissant mes enfants, et cette idée ne me laisse pas de regret^. •>■>

Le sacrifice était consommé. La Reine ne pouvait à ce moment prévoir que dans la suite d'autres tentatives seraient ébauchées pour sa délivrance ; il est donc permis de dire qu'en refusant de suivre le chevalier de Jarjayes et Toulan, elle perdait volontairement une suprême chance de salut.

Elle se montra là vraiment forte, vraiment grande. Au dévouement de ses amis, elle répondit en se dévouant aussi. La mort pouvait venir la prendre ; la mort, non la fuite, la séparerait de ses enfants.

La politique et les passions doivent ici se taire devant sa grandeur d'âme. Il serait puéril de la nier, injuste de la méconnaître.

1. L'original de ce billet a été doQné, en 1873, à Monsieur lo comte de Chambord. J'ignore entre quekes mains il se trouve aujourd'hui.

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