‹ Un complot sous la TerreurChapitre 64 sur 124 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

L'anneau et le cachet du Roi. — Procès- verbal de la Commune. — Séquestre de Cléry. — Rapt audacieux accompli par Toulan.

Le refus de la Reine rendait inutile et sans objet la présence du chevalier de Jarjayes à Paris. Elle ne cessait point pour cela d'être périlleuse, car le souvenir des postes de confiance qu'il avait occupés, aussi bien que des missions dont il avait été chargé, notamment avec Barnave à cette heure en prison, n'était point perdu, et il suffisait d'un hasard pour qu'il fut dénoncé. Marie- Antoinette résolut de l'éloigner de Paris pendant qu'il en était temps encore, et elle songea à profiter de son départ pour lui demander un dernier service, et lui confier une mission qui lui tenait fort au cœur.

Il s'agissait d'emporter hors de France et de

mettre en mains sûres les quelques objets qui avaient appartenu au Roi, et qu'elle considérait à la fois comme des souvenirs et comme des reliques.

La manière dont ces objets, après tant de péripéties, étaient venus entre ses mains, montre une fois de plus ce que peut l'audace dans les situations les plus dangereuses et les plus difficiles.

Louis XYI, lors de sa condamnation et alors que tout sursis à l'exécution lui avait été refusé, Louis XYI avait eu, le 20 janvier, une entrevue avec sa famille; puis il avait promis de revoir sa femme et ses enfants le lendemain 21, quelques heures avant le supplice.

Cette seconde entrevue n'avait pas eu lieu. Désireux d'épargner aux siens les affreux déchirements d'un nouvel adieu, il était parti pour l'échafaud sans les revoir. Mais il avait chargé Cléry de remettre à la Reine quelques objets, précieux pour lui à divers titres, et dont la mort seule pouvait le forcer à se séparer.

C'étaient son anneau de mariage, son cachet et un petit paquet renfermant des cheveux de la Reine, de Madame Éhsabeth, de Marie-Thérèse et du Dauphin.

Cléry, spécialement attaché au service du feu

Roi, n'était pas en rapports avec les autres prisonniers du Temple; il ne put donc accomplir directement la mission dont il avait été chargé et il dut en référer à la Commune.

Le Conseil général de la Commune, toujours soupçonneux et tyrannique, se refusa à laisser exécuter la dernière volonté du Roi, et il arrêta les objets au passage, ainsi qu'il résulte de la délibération qu'il prit à cet égard, délibération inscrite sur les registres du Conseil du Temple, le 21 janvier 1793, et dont voici l'extrait :

Conseil général de la Commune du 21 janvier.

Est comparu le citoyen Cléry, valet de chambre de Louis Gapet, et a demandé à faire sa déclaration des objets qui lui ont été confiés ce matin par Louis Capet, en présence de plusieurs commissaires qui nous l'ont attesté; lesquels objets sont un anneau d'or, en dedans duquel sont écrites ces lettres : m. a. a. a. 19 aprilis 1770^ et lequel anneau il l'a chargé de remettre à son épouse, en lui disant quHl s'en séparait avec peine. De plus, un cachet de montre en argent et s'ouvrant en trois parties, sur l'une desquelles est gravé l'écusson de France, sur l'autre LL, et sur la troisième, une tête d'enfant casquée ; lequel cachet il Ta chargé de remettre à son fils, et enfin, un petitpapier sur lequel est écrit de la main de Louis Capet : Cheveux de ma femme, de ma sœur et de mes enfans, et renfermant

1. Mairie -Antoinette, archiduchesse d'Autriche, 19 avril illO, jour de la présentation de l'anneau et du mariage de Louis XVI avec cette princesse, à Vienne.

en effet quatre petits paquets de cheveux, qu'il a ciiargé Cléry de remettre à sa femme, et de lui dire qu'il lui demande pardon de ne l'avoir pas fait descendre ce matin, voulant lui éviter la douleur d'une séparation si cruelle.

Le Conseil, délibérant sur l.a demande du citoyen Cléry, l'a laissé dépositaire de ces objets, jusqu'à ce qu'il en ait été autrement décidé par le Conseil général de la Commune, auquel il en sera référé i.

Cléry resta au Temple encore plus d'un mois, et garda ces objets d'autant plus fidèlement que la Commune le séquestra pour ainsi dire, et ne le laissa communiquer avec personne. A sa sortie le 1" mars^ les commissaires exigèrent qu'il les leur représenlât. Ils les mirent sous les scellés avec plusieurs autres effets qui avaient été à Tusage du Roi^

Ils les déposèrent dans la salle qui leur servait de lieu de réunion, au rez-de-chaussée du Temple. Toulan les vit et en parla à la Reine.

A ce moment, le complot formé pour la délivrance des prisonniers était fort avancé, et, grâce aux mesures prises, aux préparatifs accomplis, grâce aussi à la situation politique, le succès en était probable, sinon assuré. La Reine ne put

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