‹ Un complot sous la TerreurChapitre 70 sur 124 · Ibid., p · texte numérisé non relu

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La famille royale tout entière mit à profit cette occasion, la dernière peut-être, pour échanger quelques souvenirs douloureux et tendres avec ceux qui, plus heureux, se trouvaient au loin, à l'ahri de la tourmente.

Au comte de Provence, la Reine écrivit : (( Ayant un être fidèle^ snr lequel nous pouvons compter, fen jwofite pour envoyer à mon frère et ami ce dépôt qui ne peut être confié qii entre ses mains. Le porteur vous dira par quel miracle nous avons pu avoir ces précieux gages. Je me réserve de vous dire moi-même un jour le nom de celui qui nous est si utile. V impossibilité où nous avons été jusqu'à présent de pouvoir vous donner de nos nouvelles et l'excès de nos malheurs nous fait sentir encore plus vivement notre cruelle séparation. Puisse-t-elle nêtre pas longue! Je vous embrasse en attendant comme je vous aime, et vous savez que c'est de tout mon cœur.

Marie-Thérèse envoya aussi quelques lignes à son oncle. Sur le billet, le petit prince apposa sa signature d'une main inexpérimentée :

« Je suis chargée pour mon frère et pour moi de vous embrasser de tout notre cœur.

(( M. -T. » (( Loris. »

Madame Elisabeth joignit à cet envoi le billet suivant :

« Je jouis d'avance du plaisir que vous éprouverez en recevant ce gage de l'amitié et de la confiance. Êti^e réunie avec vous et vous voir heureux, est tout ce que je désire. Vous savez si je vous aime; je vous embrasse de tout cœur.

Au comte d'Artois était destiné l'anneau de mariage, avec ces deux billets :

De la Reine :

« Ayant trouvé enfin un moyen de confier à notre frère un des seuls gages qui nous restent de rétre que nous chérissions et pleurons tous, j'ai cru que vous seriez bien aise d'avoir quelque chose qui vient de lui. Gardez-le en signe de l'amitié la plus tendre avec laquelle je vous embrasse de tout mon cœur. »

Quant à Madame Elisabeth, la tendresse profonde qu'elle ressentait pour ce frère préféré éclate dans cette lettre où, avec la sincérité la plus parfaite, cette admirable princesse, s'oubliant tout à fait, ne parle que des souffrances à elle causées par les malheurs des siens, et ne songe à l'avenir que pour se préparer à de nouveaux dévouements !

(( Quel bonheur pour moi, mon cher ami^ m.on frère, de pouvoir, après un si long espace de temps, vous parler de mes sentiinents ï Que j'ai souffert pour vous l Un temps viendra, f espère, où je pourrai vous embrasser et vous dire que jamais vous ne trouverez une amie plus vraie et plus tendre que moi. Vous n'en doutez pas, j'espère? * »

Puis, elle confia encore une mission au chevalier pour sa sœur aînée, la princesse Clotilde, mariée au prince de Piémont, fils et héritier présomptif du roi de Sardaigne.

Cette mission détermina Jarjayes à quitter la France par le midi, et il se disposa à partir pour Turin dans le courant d'avril 1793.

Le chevalier se trouvait dans une situation pécuniaire fort amoindrie, grâce aux sommes considérables que son dévouement avait prodiguées pour la Reine. Celle-ci avait à cœur de s'acquitter de la dette d'argent, soucieuse seulement de conserver toujours la dette de reconnaissance. Elle conseille à Jarjayes d'aller trouver M. de Septeuil, qui, dans les temps heureux, occupait à la cour un poste de confiance, celui de trésorier de la liste civile, et qui, comme la plupart de ceux qui avaient reçu de la monarchie

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