CHAPITRE II
Toulan aux alentours du Temple. — Signaux convenus. — Correspondance par l'entremise de Turgy. — Billet de Madame Elisabeth. — Produse. — Agitations politiques, — Comité des Douze. — Opposition de la Commune. — Pétition contre les Girondins. — Lepître refuse de signer. — Toulan signe. — Insurrection des 31 mai et 2 juin. — Toulan va dans la ban lieue, — Tentative du baron de Batz ignorée de Toulan.
Après leur tentative infructueuse pour rentrer au Temple le jour de Pâques, après l'espèce d'ostracisme prononcé contre eux par la majorité de leurs collègues, Toulan et Lepître comprirent qu'il fallait se soumettre sous peine des plus graves responsabilités. Le Tribunal révolutionnaire fonctionnait déjà, et ils n'y avaient échappé que par miracle.
Lepître se résigna à abandonner les beaux projets que son imagination toujours fertile avait enfantés, et, riche de souvenirs, il reprit tranquillement ses occupations habituelles, tout en
continuant à suivre assidûment les séances de la Commune.
Quant à Toulan, la résignation passive n'était point son fait. Méprisant les dispositions prises à son égard, il se jura à lui-même de continuer, en dépit de tout, ses relations avec les prisonniers du Temple, et il fit comme il voulait.
Il alla louer, aux alentours de la prison, une chambre aussi voisine que possible de la grande Tour; puis, profitant de ce qu'il était toujours en rapport avec Turgy, il se mit, grâce à lui, à communiquer avec la Reine et Madame Elisabeth.
Ce fut celle-ci surtout qui, moins surveillée que sa belle-sœur, dirigea cette correspondance. Tantôt elle écrivait directement à Toulan, tantôt elle lui faisait dire par Turgy ce qu elle désirait qu'il sût. Bien entendu, on se servait plus que jamais de noms supposés, et celui de Fidèle revient souvent. C'était ainsi que les prisonnières avaient encore des nouvelles de l'extérieur.
Yoici un de ces billets que Turgy nous a conservés :
(c Après souper j allez chez Fidèle^ demandez-lui s'il a des nouvelles de Produse (Produse désignait le prince de Condé). S'il en a d'heureuses, la serviette sous le bras droit; s'il n'en a pas, sous le gauche. Dites-lui que nous craignons que la dénon-
dation ne lui ait procuré des désagréments. Priezle, lorsqu'il aura des nouvelles de Produse^ de vous le dire ; vous nous instruirez par les signes convenus^. »
Mais ces moyens de communication n'étaient point encore assez rapides au grédeToulan. Turgy ne pouvait pas sortir aussi souvent qu'il aurait fallu, et, d'autre part, en cas d'événement grave ou de nouvelle inattendue, comment correspondre aussitôt? L'intrépide Gascon imagina mieux : il sonnerait du cor, et il s'entendit avec les prisonnières pour la signification à attribuer à chacune de ses sonneries. De sa chambre, il pourrait ainsi faire pénétrer dans le Temple quelques avis plus prompts. Et avec une audace incroyable, malgré les dangers de la chose, il usa fréquemment de ce singulier moyen.
Le temps le rendait nécessaire. Jamais époque plus troublée, plus mouvementée ne se rencontre dans l'histoire de la France.
Un corps d'émigrés à l'Est, des armées étrangères sur toutes les autres frontières, des soulèvements en Vendée, dans les Gévennes, à Lyon, à Marseille, enfin dans Paris, en dehors des royalistes cachés qui s'y trouvaient, la rivalité de la