‹ Un complot sous la TerreurChapitre 96 sur 124 · C'est 1794 qu'il faut lire · texte numérisé non relu

C'est 1794 qu'il faut lire

trop après toi. Bichette t'embrasse de tout son cœur. Elle le recommande de te bien purger,c'est-à-d ire avec des huîtres, et de boire à nos santés. Adieu, je suis ta cousine Ricardo.

Cependant, tant en dévalisant la boutique de Paris qu'en achetant çà et là des marchandises avec leurs maigres ressources, et en se donnant de tout cœur à cette besogne, les deux femmes, fatiguées, éreintées, souffrantes même, étaient parvenues à munir suffisamment la baraque du quai de Royan, et Toulan parlait déjà de faire venir sa femme. Il envisageait la situation sous d'assez riantes couleurs, et, après les dangers qu'il avait courus, il jouissait de cette sécurité tranquille enfiu recouvrée. 11 ne dédaignait pas les bons repas, ou tout au moins les huîtres, faciles à se procurer au bord de la mer, et comme il n'était point un égoïste honteux il racontait ses petites débauches gastronomiques, en les assaisonnant de plaisanteries, oi^i sa verve habituelle, pleine de gaillardise, se donnait amplement carrière.

La cousine Ricard aurait voulu partager l'espoir qu'avait Bichette de quitter bientôt Paris, mais en femme intelligente elle comprenait que la chose n'était guère possible. Elle en parle avec un grand bon sens dans une lettre de la fin de janvier.

Son divorce venait d'être prononcé. Elle en informe son cousin. Est-ce cette pensée qui la ragaillardit? Mais la fin de sa lettre devient très gaie, et si elle adresse à Toulan quelques reproches sur les grivoiseries un peu salées, dont il n'est point assez ménager, elle ne s'en fait pas faute, elle non plus. Et comme elle se plaint de ne pouvoir, à cause de ces lestes propos, montrer les lettres du Gascon à ses amis, nous profiterons de cette leçon indirecte pour supprimer celles qu'elle se permet.

7 pluviôse (26 janvier).

Le frère d'Armandette demande à acheter la Eenriade^ de Voltaire, la Pucelle et l'Atlas national àe France. Il faut m'écrire le prixparce que j'ai aussi un marchand du Palais- Royal qui me le demande...

Pour moi, ainsi que Bichette, nous sommes malades. Hier, Bichette avait la migraine et une courbature d'avoir couru, et aujourd'hui c'est mon tour. Je ne puis porter ma tête...

Ta cousine Ricard est au désespoir de ne pouvoir suivre son amie Bichette; son moyen ne lui permet pas en ce moment d'aller près de toi. Si ses affaires finissent à son avantage, elle s'en fera un vrai plaisir. Si je n'avais pas d*enfant, je m'en trouverais assez avec le peu que je pourrais faire. Cela fait que je ne te serais pas à charge, car dans un commencement de commerce l'on est toujours très à court, et je profiterais du plaisir d'être avec toi et

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