‹ Un complot sous la TerreurChapitre 99 sur 124 · Archives nationales, W. 296, n · texte numérisé non relu

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trouvait par là même dérmitivement jugée et ils devaient bénéficier de ce dénouement favorable.

La femme de Toulan, qui connut le résultat et non les détails du procès, pensa que l'acquittement s'appliquait à tous les accusés indistinctement, et son mari sur ce point partagea son opinion. Il est juste d'ajouter qu'elle n'avait rien de contraire à la loi, et qu'elle était même conforme au bon sens. L'ancien commissaire se crut acquitté en même temps que ses collègues. Dès lors à quoi bon se cacher plus longtemps? A quoi bon risquer de se rendre suspect pour échapper à un péril qui ne le menaçait plus?

Ce n'était donc ni par imprudence ni par bravade qu'il avait repris son nom. Ce ne fut point là, d'ailleurs, la cause de son arrestation.

A cette époque la défiance populaire, violemment surexcitée, enfantait partout la délation. Le premier venu se croyait appelé à sauver la République une et indivisible, toujours en péril, et les dénonciations pleuvaient chez les autorités du Département et de la Commune.

Celles-ci n'en négligeaient aucune et procédaient au plus vite soit à une enquête, soit le plus souvent à une arrestation. Pour éviter aux patriotes, reconnus ou soi-disant tels, les ennuis de ces mesures préventives, les comités avaient

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créé une carte de civisme, qu'ils remettaient individuellement aux gens sûrs. L'absence de cette carte pouvait entraîner les plus graves conséquences.

Pour son malheur, Toulan fut signalé au comité révolutionnaire de Bordeaux. Est-ce à quelque excès de zèle d'un citoyen exalté, est-ce à quelque vengeance d'un voisin ou d'un client mal disposé, est-ce simplement à un fâcheux hasard qu'il faut attribuer cette dénonciation? On l'ignore; ce qu'il y a de certain, c'est que le comité révolutionnaire traita Alimestre-ïoulan comme suspect. On lui demanda sa carte de civisme. Il n'en avait point, et pour cause. Incapable de la produire, incapable de prouver qu'il était « bon citoyen » (quelles sortes de preuve exigeait-on pour cela?), il fut arrêté et incarcéré. Ceci se passait le 5 germinal an II (2o mars 1794).

Le bruit des accusations portées contre lui était vaguement parvenu jusqu'à Bordeaux; cet incident les réveilla.

Toulan, du reste, rassuré par le jugement du 19 novembre, ne songeait point à nier son identité, et dans son interrogatoire, le lendemain, il fit montre d'une franchise complète, sauf sur certains points où des réponses plus explicites eussent compromis les amis qui lui étaient venus en aide.

Les réponses, toujours habiles cependant, sont empreintes d'une grande sérénité. Évidemment il se croit victime d'un malentendu, mais, dans sa pensée, l'erreur sera bientôt dissipée. Il n'envisage pas le danger qui peut résulter de son arrestation.

Le comité révolutionnaire de surveillance de Bordeaux a désigné un de ses membres pour l'interroger; celui-ci, le citoyen Coste jeune, ne paraît pas lui-même très convaincu de la culpabilité de Toulan, et ce n'est pas sans une certaine bienveillance qu'il l'interroge, dès le lendemain de son arrestation (6 germinal an II, 26 mars 1794) .

Cet interrogatoire, sauf la forme, et encore celle-ci provient surtout de la rédaction qu'en a faite le greffier, semble plutôt une conversation, car il marche sans ligne fixe et sans plan établi.

Demande. — « Quel est ton nom, âge, demeure, profession, lieu de naissance et dernier domicile?

Réponse. — « François-Adrien Toulan, âgé de trente-trois ans, natif de Toulouse, écrivain public et marchand quincaillier à Bordeaux, demeurant rue Quay-Bourgeois, n° 20 \

« — S'il a toujours fait l'état de marchand- Quincailher ou d'écrivain public?

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