‹ Un contemporain aussi, Duchesne, le dentisteChapitre 6 sur 7 · DUHALDE DUHALDE · texte numérisé non relu

DUHALDE DUHALDE

« d. m. p. fils d. m.

« Vu par nous, maire de Beaumont, qui avons été présent à l’opération, pour légalisation de la signature de M. Duhalde père, docteur médecin en cette ville.

« Beaumont (Loiret), 2 mai 1836.

«LOCTON,

(Ici le cachet de la mairie) « maire. •

Malgré cet éclatant succès, DucLesne comprit bientôt la terrible responsabilité qui pesait sur lui.

Et d’ailleurs, il se dit que les yeux, qui sont exposés à voir les si vilaines gens et les si vilaines choses qui sont sur la terre, étaient loin d’être une des nécessités de la créature.

Et il laissa la cataracte s’étendre complaisamment sur l’œil comme un voile préservatif contre

les laideurs de la vie humaine, et il cessa d’être oculiste pour se vouer dès lors, d’une façon sérieuse, à l’étude de la dentition...

Voici, du reste, comment, dans une profession de foi lancée au public en prospectus, il s’exprime lui-même à cet égard. Laissons parler Duchesne, il sait se faire comprendre et surtout se faire croire.

a Notre profession, Irès-honorée chez les peuples les plus anciens, oubliée ensuite pendant plusieurs siècles, ne sortit de cet oubli que pour être exercée par des ignorants qui léguèrent à leurs successeurs l’héritage d’une réputation peu honorable; c’est ce qui a probablement contribué au discrédit dans lequel elle a longtemps vécu, et dont elle se relève un peu aujourd’hui.

« L’étude des maladies des dents et leur extraction est moins, chez moi, une spéculation qu’un goût, qu’une passion, pour la satisfaction de laquelle je ne crains pas de consacrer tous mes instants...: Je ne suis content que lorsque je me trouve entouré à mon cabinet d’un grand nombre de personnes et que je fais les opérations relatives à mon art; c’est mon champ de bataille, à moi ; c’esl là que j’interroge la nature sur le mystère de ses productions morbides, c’est là que j’établis des comparaisons entre les différents modes d’opération qu’il faut saisir spontanément pour obtenir des résultats-heureux dans l’extraction des dents. —Certes,

si je me borne à la spécialitédes maladiesdes dents/ c’est parce que je pense que cette branche de la pathologie et de rodoniotechnie est assez vaste, assez difficile, pour que la vie entière soit consacrée à son étude, et c’est aussi de ma propre volonté; car qui s’opposerait a ce que je fisse de la médecine générale? Si je refuse de m’en occuper, renvoyant à mes confrères les malades qui viennent me consulter pour des afiections autres que les affections des dents, c’est que chez moi la jalousie médicale n’existe pas, et que, par la même raison, je pense mieux traiter onôler une dent,parce quej’en fais une spécialité. — Sachant faire la part de l’âge, de la constitution, du caractère, je prends à tâche d’apporter, dans les soins que j’apporte à mes clienis, tout le tact, toute la douceur, toute la patience que leur état douloureux réclame.—C’est ainsi que chaque jour, de l’enfant au vieillard, je vois s’agrandir le cercle de mes clients et s’accroître la somme de gratitude dont ils veulent bien m’honorer.

« DÜCHESNE, médecin-dentiste. »

Ce speech écrit a étélâncépar Duchesne, tout récemment, après de longues études; il y constate son succès et y rend compte de sa pensée intime. Mais reprenons-le en Normandie. Je'veux, chers lecteurs, vous faire lire un article tout entier inséré dans le Haro. Il vaut la peine d’être lu ; c’est un plaidoyer comme celui que j’établis ici

en faveur de gens que l’on a trop souvent dédaignés de parti pris.

Je cède la parole à un journal de Caen, le Haro, numéro du 27 avril 1847 :

Chponiqrae âc Caen.

« Quelqu’un disait hier : « D’où vient donc que chaque année vous parlez des saltimbanques comme d’artistes en renom ? »

« — Sans eux, répondis-je, il n’y aurait plus de foire à Caen.

« Oh! mon Dieu, chassez les saltimbanques, et la foire est tuée à toujours. Par suite, diminution dans le budget de recettes de la ville ; pour la compenser, augmentation d’impôt avec une certaine nonchalance dans les affaires. Et puis, j'aime les spectacles forains, les saltimbanques... quand l’humanité ne s’y dégrade pas trop.

« M. Duchesne, qui a la langue aussi bien pendue qu’un candidat à la députation, vendant à la foule réunie autour de sa voiture, la Fleur-de-Marîe, qu’il déclare être un remède souverain contre les maux de dents, disait dimanche dernier ;

« Vous vous demandez à vous-mêmes, j’en suis sûr : Que peut valoir le remède de cet homme qui vient la sur une voiture, avec un chapeau à plumes, un pantalon rouge, un habit brodé sur toutes les

coutures, avec tout l’attirail d’un charlatan?.,

Soit! je suis un charlatan... Mais quel est celui de

voDs qui pourrait me dire où finissent l'art et la science et où le charlatanisme commence ? »

« M. Duchesne avait un peu raison; et quand j’entends prononcer le mot de saltimbanque, je me demande où finit l’art et où Bilboquet commence.

« Nous avons vu, ici, en pleine foire, l’homme à la poupée : quelque temps après, on faisait pour lui des vaudevilles, sur les théâtres de Paris : et Paris courait en foule voir le saltimbanque d’hier devenu artiste le lendemain.

« Il y atrois ans qu’on ne veut plus, à Ga^n, des poses plastiques : c’est la dernière chose que montrerait Bilboquet. On s’est battu, cette année, à Paris, à la Porte-Saint-Martin, au Cirque, pour aller voir des hommes et des femmes en maillot représenter les plus beaux chefs-d’œuvre de la statuaire.

(t Dites aux escamoteurs qui vont en pleine foire qu’ils sont des saltimbanques, ils vous répondront : Vous nous appelez des escamoteurs, soit; mais nous ne prenons que l’argent que vous voulez nous donner, tandis qu’il en est d’autres qui escamotent votre honneur.

« Dites à Piège, l’acrobate, qu’il est un sauteur de corde : il vous répondra qu’il a plus funambulê pour le peuple que pour les grands et que pour lui-même... 11 vous dira que son métier a été honoré par madame Saqui, et que c’est un art; que son agilité, à lui, son courage, lui ont servi à retirer des flammes une famille entière, que cela lui a valu le prix Monthyon.

«Oui, l’art, la science, le charlatanisme, la sal-

timbanquerie, qu’on nous passe le mot, se touchent de très-près.

«Et puis, après tout, il y a quelque chose de poétique dans la vie errante, vagabonde de ces hommes qui posent leur tente ici et là, selon les nécessités du temps.

«N’est-ce pas un peu l’image de bien des gens ? beaucoup de bruit, beaucoup de tapage au dehors pour faire voir ce que l’on sait faire. Cette discordance de tambours, de cimbales, de trombones, de grosses caisses, de clarinettes, de castagnettes, de trompettes qui chevrottent, de malheureux qui se déhanchent, s’égosillent pour faire entrer le public dans leurs baraques, afin de leur montrer, quoi? le résultat d’une étude de toute la vie : un tour de force, un chien dressé, une pièce mécanique, tout cela n’est-il pas la représentation vivante du milieu social dans lequel nous vivons?....

« Arrêtons-nous et gardons-nous de faire de la philosophie.

« Ajoutons seulement que l’homme est sur la terre pour travailler et pour se distraire; qu’il est trop heureux, quand il a tant de soucis pour rien, de pouvoir se procurer un plaisir à peu de frais.

« Le plaisir, vous savez bien que chacun le prend où il le trouve.

« On dit que Napoléon se plaisait à regarder Tes marionnettes des Champs-Elysées : Polichinelle surtout !

« Le roi, oui, le roi Louis-Philippe lui-même, la femille royale ont bien reçu aux Tuileries, pour les

voir, les deux petites filles jumelles de M. Cretot, Rose et Blanche 1 »

Qu’en dites-vous, lecteurs? vous voyez que je ne suis pas tout seul de mon avis; certes, je vous ai montré pas mal de noms sonores en contact avec ce Duchesne ; mais poursuivons, nous en trouverons d’autres. Voici, toujours en 1847, numéro du 19 mai, ce que l’on insérait dans le Journal de Vire (Calvados), à la suite d’un article fort élogieux que je ne reproduirai pas :

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