‹ Un correspondant de Cicéron, Ap. Claudius PulcherChapitre 23 sur 106 · Cf. Ad fam., I · texte numérisé non relu

Cf. Ad fam., I

UN COnRESPONDANÏ DE CICÉRON 34

mais du côté des puissants. Une grande lettre' qu'il écrivit deux ans après à P. Lentulus Spinther, l'ancien consul de 57, et que probablement il destinait à la publicité, constitue un véritable plaidoyer justificatif de sa conduite. Ses anciens amis, à son retour, lui ont témoigné une jalousie mesquine; Pompée, au contraire, est son bienfaiteur, et, de plus, un homme éminent : la reconnaissance et l'admiration conseillent de se dévouer à lui. D'ailleurs, il n'y a plus de partis, plus de principes politiques : il serait également peu sage de vouloir sauver la république malgré elle et de s'opposer à des hommes dont la puissance est irrésistible. Il n'est pas défendu à un homme politique de changer sa ligne de conduite, quand les temps eux-mêmes sont changés. Enfin, Cicéron a assez fait pour la République, et il lui est bien permis à présent de songer un peu à son salut.

Ces pensées, parmi lesquelles la crainte de Clodius et le souci d'éviter une nouvelle disgrâce occupaient fort probablement le premier plan, rallièrent Cicéron aux triumvirs. Les discours qu'il prononça pendant l'année 56 se partagent, avant et après le mois de mai, en deux groupes, que distingue une différence de Ion très sensible-. Il est remarquable que l'on trouve, dans les discours qui précèdent cette date (mai 56), des allusions, souvent très violentes, à Appius, et qu'après cette date les allusions disparaissent. C'est une preuve évidente que les rapports entre Cicéron et Ap. Claudius ont été influencés directement par le succès des conférences de Lucques. L' « arrivisme » de l'un, l'opportunisme de l'autre les poussèrent également à s'attacher aux

i. C'est la lettre ad fam., I, 9.

2. Cf., d'une part, Pro Sestio, In Valhiium (prononcés l'un et l'autre dans la première moitié de mars), De ha)-uspicu}n respoiiso (prononcé, d'après Lange, 11. A., III-, p. 330, le 7 mai); d'autro part, Pro diflio. De prouxnciis connulurihas. On peut ajouter à ce groupe le discours In L. Calpurnium Pisonem, prononcé en 55 (cf. scoliesd'Asconius in Pisonianani ovalionem, Kiessling'-Schoell, p. 1).

3'2 UN GOllRKSPONDANT DE CICÉRON

triumvirs. Et cette cominuiianlé d'intérêts les [iinen a d'abord à une trêve, ensuite à la réconciliation.

Dans le Pro domn, prononcé le 29 septembre 57, Cicéron a pom" Appius, qui était encore préteur, des paroles très violentes : il le traite même, à un certain moment, de voleur^ Au mois de mars de l'année suivante, Cicéron défendit P. Sestius, tribun de 57, accusé de violence, et ne ménagea point Appius; il est vrai qu'il était absent de Rome : il était parti pour Lucques, auprès de César, et Cicéron ne se doutait pas encore de ce qui allait sortir de ces conférences. Le Pro Sestio nous a beaucoup servi, on s'en souvient, pour connaître le rôle d'Appius, pendant sa préture, dans les rangs des adversaires de Cicéron : c'est dans ce discours, notamment, que se trouve le si vivant récit des mésaventures d'Appius au forum pendant les jeux de gladiateurs. Mais Cicéron ne s'en tient pas à la raillerie. Il porte contre Appius, sous forme d'allusion rapide, une grave accusation d'immoralité. Le De haruspicum responso, prononcé le 7 mai 56"^, contient aussi une allusion de ce genre ^. Nous ne savons point quel cas il faut en faire. Mais cela montre à coup sûr combien était vif le ressentiment de Cicéron contre Appius.

Cependant, après le mois de mai 56, nous ne trouvons

Page 1