‹ Un correspondant de Cicéron, Ap. Claudius PulcherChapitre 48 sur 106 · Ad fam · texte numérisé non relu

Ad fam

OX UN COnitKSfONDANT DE CIGÉHON

ment comment les choses se sont passées. Malheureusement, la source de notre information est unique : ce sont les lettres de Cicéron; et l'interprétation en est sur ce point particulièrement délicate. Alors qu'on aurait d'abord besoin de savoir dans quel ordre exact les événements se sont déroulés, il se trouve que la chronologie de ces quelques jours est restée jusqu'à présent très incertaine.

Trois textes sont en présence, qui paraissent au premier aboi'd inconciliables, quand on garde la leçon des manuscrits :

l» Adfam., III, G, 0 : Ego in prouinciam ueni pridie liai. Sextiles : iter in Ciliciam facio per Cappadocimn : castra moui ah Iconio pridie Kal. Septembres.

'2" Ad fam., XV, 3, d : ... Cum ad me légat i missi ab AntiocJio Commageno uenissent in castra ad Iconium a. d. III Non. Septembres.

3" Ad fam., XV, 4, 3 : Intérim cum exercitu lustrato iter in Ciliciam facere coepissem Kal. Sept, legati a rege Commageno ad me missi poiumuUuose, neque tamen non uere, Parthos in Sijriam transisse nuntiaiierunt.

Manutius*, frappé de la contradiction des deux premiers textes, et ne pouvant expliquer que Cicéron lût au camp d'Iconium le 3 septembre quand il en était parti le 29 août avec son armée, corrige dans le deuxième texte Non. en Kal. — Mais le troisième texte, tel qu'il était, n'allait avec aucun des deux premiers : si l'on mettait ia virgule après Kal. Sept., on se heurtait au premier texte; si on la plaçait avant, on se heurtait au deuxième. Manutius fit une conjecture ingénieuse : il supposa, ce qui est, au point de vue paléographique, très admissible, qu'e le texte : COEPISSEM KAL SEPT n'était qu'une corruption d'un texte primitif :

1. Manutius, Commentarius in Ciceronis epistolas ad diveràOS, 2 vol. in-S", Leipzig, 1779-80. Commentaire de la lettre ad fam., XV, 3 (II, p. 860).

COEPISSEM III KAL SEPT, le voisinage des trois jambages de l'M ayant amené la disparition de III. Il écrivit donc :

Intérim, cum exercitu lustrato iter in Ciliciam facere coepissem, III Kal. Sept, legati...^.

Est-il besoin de faire remarquer la fragilité d'une correction qui se fonde sur une correction précédente, quand celle-ci est purement conjecturale? Mais il y a pire : les corrections de Manutius n'ont même pas l'avantage de lever toute contradiction entre les trois textes. D'une part, d'après le deuxième, Cicéron aurait été encore au camp d'Iconium le 28 août, quand il reçut les ambassadeurs, et, d'après le troisième, il l'aurait déjà quitté à cette date. D'autre part, ce même troisième texte, tel que nous l'offrent les éditeurs qui ont suivi Manutius, est en contradiction formelle avec le premier.

Il nous a semblé que nous ne devions abandonner le texte donné unanimement par tous les manuscrits que devant l'impossibilité absolue de toute explication raisonnable. L'exemple de Hofmann et de Moll"^, qui ont essayé d'interpréter le texte donné par les manuscrits, l'autorité de G. F. W, Mûller, qui, dans son édition critique des œuvres de Cicéron, conserve ce texte, nous ont encouragé à chercher dans cette voie. Hofmann ponctue, dans la lettre ad fam., XV, 4, 3 :

Intérim, cum exercitu lustrato iter in Ciliciam facere coepissem Kal. Sept., legati...

La date Kal. Sept, ne s'appliquerait pas à l'ambassade du roi de Gommagène. Gelle-ci aurait eu lieu, comme il est dit

1 . Les leçons de Manutius ont été adoptées par Baiter, par Wesenberg et par Tyrrel.

2. Hofmann, Ausgewàhlte Briefe (ne donne que la lettre ad fam., III, 6, et la lettre ad fam., XV, 4); Moll, De temporibns epistularum Tullianarum..., p. 24 et 25. — De même, plus récemment, L. W. Hunter, Cicero's journexj to his province of Cilicia in 51 B. C, dans Journal of roman sticdies, III (1913), p. 80 sq.

dans Adfam., XV, 3, 1, le troisième jour avant les Nones de septembre. Ainsi la contradiction est levée entre les textes 2 et 3*. Mais ce n'est point supprimer la difficulté, c'est simplement la déplacer, en même temps que la virgule. Car ce sont maintenant les textes 1 et 3 qui se trouvent en contradiction : Cicéron ne peut pas dire que le !«'■ septembre il a commencé à faire route vers la Gilicie, puisque c'est la veille qu'il a levé le camp (castra moui ab Iconio pridie Kàl. Septembres).

Schmidt- déclare qu'on ne peut mieux faire que de garder les textes tels que Manutius les a établis. Pour lever les contradictions que nous avons signalées entre ces textes, il donne à coepissem, dans Ad fam., XV, 4, 3, le sens de « préparer ». Le 28 août, Cicéron aurait passé ses troupes en revue, préparé son départ, et reçu la visite des ambassadeurs-*; le lendemain, 29 août, il aurait levé le camp''. Dans la nuit du 29 août au Jer septembre, Appius aurait passé devant le camp de Cicérone Mais, outre la défiance que doivent nous inspirer les deux corrections solidaires de Manutius, il nous paraît impossible de donner à cum iter in Ciliciamfacere coepissem un autre sens que celui-ci : « comme j'avais commencé à faire route vers la Cilicie ». Si, pour Schmidt, cette phrase désigne des actes qui sont seulement la préparation du départ, pour Hofmann, ainsi que nous l'avons vu, elle désigne des actes postérieurs d'un jour à la levée du camp. Ces deux interprétations opposées sont également arbitraires ; à les confronter on se convainc qu'il faut garder aux mots leur sens propre : il n'y a de sécurité que là.

1. La ponctuation d'Hofmann a été adoptée par Moll et par L. W. Hunter.

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