‹ Un correspondant de Cicéron, Ap. Claudius PulcherChapitre 49 sur 106 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

UN CORRESPONDANT DE CICÉRON 7i

Sclliche* écrit, en s'inspirant de la correction de Manutius : cum cxercitu lustrato iter in Ciliciam facere coepissem II Kal. Sept., legati... Ainsi le texte est mis parfaitement d'accord avec Adfam., III, G, 6. — Mais on ne comprend pas que Schiche n'ait pas fait l'économie de cette correction, puisqu'il a eu l'idée que Cicéron pouvait bien avoir reçu des nouvelles de l'invasion des Parthes en Syrie avant l'ambassade du 3 septembre. On doit, en effet, tirer cette conclusion des textes suivants :

Ad fam., XV, 2, 1 : cum... nuntii et liiterae de bello a Parthis in proiiinciam Syriam illato cotidie fere adferrentur.

Ad fam., XV, 1,1: Etsi non diihie mihi nuntiabatur Parthos transisse Euphraten cum omnibus sais copiis, tamen statuebam...

Ad Att., V, 20, 2 : Ex his castris cum graues de Parthis nuntii uenirent, perrexi in Ciliciam par Cappadociae partem eam, quae Ciliciam atiingit"^.

Mais le texte qui prouve le mieux que Cicéron ait reçu des nouvelles des Parthes avant le 3 septembre, c'est précisément le texte Ad fam., XV, 4, 3, tel que nous l'offrent les manuscrits : cum... iter in Ciliciam facere coepissem^, Kal. Sept, legati a rcge Commageno ad me missi...

En refusant d'admettre ce texte, et en affirmant que les nouvelles qui parvinrent à Cicéron au sujet des Parthes avant le 3 septembre lui venaient (i'nilleurs que du roi de Commagène, Schiche non seulement se prive du témoignage le plus probant, mais encore se heurte au texte suivant, qu'il ne parvient pas à expliquer d'une façon satisfaisante :

1 . Schiche, Zu Ciceros Brieficeclisel wahrend seinev Statthalterschaft in CUicien, p. 15.

2. Les deux imparfaits nuntiabatur, uenirent, marquent une action qui se répète.

3. Il faut ponctuer ainsi, sous peine de s'embarrasser dans les contradictions que nous avons signalées. C'est la ponctuation qu'adopte G. F. W. Miiller.

Ad fam., XV, 1, 2 : Rrgis Antiochi Commageni legati primi mihi nuntiauerunt Parthorum magnas copias Euphraten transire coepisse.

Nous croyons que Cicéron reçut deux ambassades du roi de Commagène, l'une le i^^ septembre, cum iter in Ciliciam facere coepisset (Ad fam., XV, 4, 3), l'autre le 3 septembre, in casb'i^ ad Iconium (Ad fam., XV, 3, 1). Ces ambassades ne différaient pas seulement par la date et par le lieu où Cicéron les reçut, mais encore, dans une certaine mesure, par la nature des nouvelles qu'elles apportaient. Les termes mêmes des deux lettres ad fam., XV, 4, 3 et 3, 1 rendent difficile d'admettre qu'il s'agisse dans l'une et l'autre de la même ambassade. Les nouvelles apportées le ■1er septembre étaient confuses et brèves : ... pertumiiUuose, neque tamen non uere, Parlhos in Syriam transisse nuntiauerunt. Celles du 3 septembre étaient beaucoup plus claires et plus détaillées : « Le fils du roi des Parthes, qui était marié à la sœur du roi d'Arménie, s'était avancé vers l'Euphrate avec une grande armée de Parthes, renforcée d'une troupe importante formée par des peuples divers, et il avait commencé à passer le ileuve : on disait même que le roi d'Arménie se proposait d'envahir la Cappadoce ». Sans doute, Antiochus de Commagène avait voulu annoncer l'approche des Parthes au général romain dès qu'il en avait été informé, et sans attendre les détails. Puis, il avait reçu des renseignements plus précis, et il s'était empressé de les faire connaître à Cicéron par une seconde ambassade.

Il reste à expliquer comment Cicéron, après avoir quitté le camp d'Iconium le 20 août, se trouvait de nouveau, le 3 septembre, in castris ad IconiumK Cela tient, d'une part,

1 . Schmidt, qui adopte les corrections de Manutiiis, n'a pas à se poser cette question, l'ambassade dont parle la lettre ad fam., XV, 3 ayant eu lieu, pour lui, le 28 août. Ilofniann et MoU ont prétendu que Cicéron, jusqu'au 3 septembre, n'avait pas quitté le camp d'Iconium. Schmidt leur objecte victorieusement le texte ad fam., III, G, G : Iter m Ciliciam facio per Cappadociam : castra moui ab Iconio pridie h'al.

UN COHHESI'ONDANT DK CICÉPON 73

à ce que Cicéron modifia son itinéraire et revint sur Iconium après l'avoir dépassé; d'autre part, à ce qu'Ap. Claudius arriva sur ces entrefaites, et que Cicéron, pour le voir, immobilisa ses troupes pendant toute la journée du 2 septembre.

11 importe de remarquer que les castra ad Iconium dont il s'agit dans Ad fam., XV, 3, 1 ne sont pas forcément le même camp dont parle la lettre ad fam., III, 6. Cicéron, après avoir quitté ce camp le 29 août, se retrouva, le soir du ic- septembre, non loin d'Iconium (ad Iconium), mais d'un autre côté de la ville. Le camp que Cicéron quitta le 20 août devait être situé, comme le fait très justement remarquer Schiche', au nord-ouest d'Iconium, c'est-à-dire non loin de la route d'Iconium à Laodicea combusta-. Il y avait deux routes pour aller d'Iconium en Cilicie : l'une se dirigeait vers le sud, puis le sud-est, et atteignait Séleucie; l'autre allait vers l'est, franchissait la frontière de Cappadoce, et, passant le Taurus par les portes de Cilicie, descendait sur Tarse. Cicéron, après avoir passé devant Iconium, s'engagea sans doute sur la première route : mais, dans la journée du ler septembre, il reçut une ambassade du roi de Commagène qui lui annonçait l'invasion desParthes en Syrie. Cette nouvelle modifia ses plans ^ : il pensa que la Cilicie, glace à ses montagnes, était inattaquable du côté de l'est, mais que la présence des Parthes en Syrie pétait une menace

Sept. : nunc tu et ex diehus et ex ratio)ie itineris si putahis me esse conueniendum, conslilues quo îoco id commodissime fieri possit et quo die. Le texte est formel, et on doit en tenir d'autant plus de compte que Cicéron s'applique, dans cette lettre, à renseigner exactement Appius sur l'emploi de son temps : il est donc inadmissible que, restant au camp d'Iconium, il lui laisse croire qu'il l'a quilté avec son armée. Sans compter qu'on imagine difficilement pour quelles raisons Cicéron, après avoir envoyé son armée en avant, serait resté quatre jours durant dans un camp aux trois quarts vide.

Page 1