‹ Un correspondant de Cicéron, Ap. Claudius PulcherChapitre 58 sur 106 · Ad Att., V, 20, 1 ; Ad fam., XV · texte numérisé non relu

Ad Att., V, 20, 1 ; Ad fam., XV

4. Peut-être était-ce un monument à la gloire d'Appius? Mûuzer, dans Pauly-Wissowa, III, col. 2852, est de cet avis. Mais nous n'en avons point la preuve certaine. Le nom de ce peuple, Appiani, et l'intérêt qu'Appius leur porte, nous a amené à nous demander s'ils n'avaient pas pris leur nom de l'ex-gouverneur : voir Appendice III.

les frais de cette construction, lever de nouveaux impôts. Gicéron leur avait dit de ne rien entreprendre avant qu'il ne connût l'affaire. Alors les Appiani s'étaient plaints à Appius du mauvais vouloir de son successeur et Appius leur avait remis à l'adresse de Gicéron une lettre, plus qu'une lettre, un « volume », « plein des récriminations les plus injustes » '. Appius rééditait ce qu'il avait dit à propos des délégations : ajourner, c'était empêcher ; les Appiani ne pouvaient pas poursuivre Gicéron au delà du Taurus, et quand le proconsul serait revenu en Phrygie, la saison serait trop avancée pour qu'ils puissent commencer à bâtir. En conséquence, Appius demandait à Gicéron de leur accorder l'autorisation tout de suite, Gicéron n'y fit pas de dit'ficulLé. Mais il ne manqua pas de faire savoir à Appius que c'était pour lui être agréable, car la dépense ne s'imposait pas, et la majorité des Appiani tenait avant tout à ne pas succomber sous l'impôt. G'était, du reste, faire beaucoup de bruit pour peu de chose : les Appiani auraient bien pu venir le trouver, même au delà du Taurus ; car élail-ce à lui à aller chez eux faire une enquête, ou bien à eux à venir devant le procon. sul plaider leur cause? Au lieu de cela, ils se faisaient recommander par Appius : et la lettre qui demandait qu'on leur laissât commencer les travaux avant la mauvaise saison, c'était en plein hiver qu'ils l'apportaient.

Gette alTaire, qui paraît avoir été purement administrative (si toutefois il n'y avait entre Appius et les Appiani que le lien d'une homoiiymie accidentelle) "^, cette alTaire ne pouvait diviser sérieusement Gicéron et son prédécesseur. Tout autre est l'importance que prirent les propos tenus par Appius à l'alFranchi Pausanias, et rapportés par celui-ci à Gicéron. Appius s'était plaint que son successeur n'était pas venu au-devant de lui, dans la soirée du l«'' septembre. Et

i. Ad fam., III, 7, 2. 1. Voir Appendice III.

88 UN COHRESPONnANT DE CICh'flON

il avait aji)uté cette parole qui blessa profondcmeiU Cicéron : «Quoi! Appius est venu au-Jevant de Lentulus, Lentulus ft au-devant d'Ampius, et un Cicéron ne la pas voulu faire « pour Appius? » C'était reprocher durement à Cicéron sa qualité d'homme nouveau dont il était si justement fier. Pendant plus de six mois, il avait opposé à la mauvaise volonté d'Appius, à son aigreur, à ses colères mêmes, une doucein^ et une patience admirables; mais, cette fois, il se redressa : froissé dans ses sentiments les plus intimes, il sut dire les mots qu'il fallait. Le frémissement de l'orgueil en révolte donne à sa réponse un bel accent de dignité : « De « grâce, écrit-il, en étes-vous encore là? Un homme à « qui je sais beaucoup de bon sens, une culture très pous- « sée, un grand usage du monde, et, j'ajoute, de l'urba- « nité (qui est, au juste jugement des Stoïciens, une vertu), « un homme comme vous pense-t-il que je fasse plus de cas « de la misérable grandeur des noms que de la grandeur (n des mérites? Avant même que j'eusse atteint au rang qui « est, dans l'opinion des hommes, le rang suprême, je n'ai « jamais eu d admiration pour vos grands noms : les « hommes qui vous les avaient transmis, voilà ceux que je « trouvais grands. Puis, quand j'eus obtenu et exercé les « plus hautes charges, et que je pus penser qu'il ne man- « quait plus rien à ma dignité ni à ma gloire, sans jamais « me croire supérieur à vous, je me suis flatté d'être devenu « votre égal » '. Et il conseille à Appius d'étudier dans les livres du philosophe stoïcien Athénodore ce qu'il faut entendre par la vraie noblesse.

Il termine sa lettre en laissant entendre à son correspondant qu'il est excédé de ses tracasseries : s'il veut, en accusant Cicéron, se dispenser de lui rendre le bien qu'il a reçu de lui, ce sont précautions inutiles : d'autres amis prendront soin de ses intérêts ; s'il ne faut voir dans l'attitude d'Appius

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